samedi 30 juin 2012

Black Glass Encounters




La nuit tous les chats sont gris. Sauf les lucioles!


Membre de ce blog et elle-même blogueuse, Manon me fait parvenir ces photos d'insectes (et autres bestioles, une araignée en l'occurence) dans les vitres de la maison. La nature de proximité, version de nuit! Pas facile à photographier au flash avec la vitre qui fait mirroir!


Je l'invitais à le faire lui disant que tout résultat est un résultat et j'ai visé juste: voici ses photos d'une luciole (une Lampyride) proie d'une araignée. Des clichés intéressants avec des extraits de ses commentaires.





"Vous avez touché une corde sensible en mentionnant qu'un résultat, même décevant, est un résultat... Pour moi il faisait écho à ce que je disais au labo avant d'être maman à temps plein... un résultat, même contraire à l'attendu, est un résultat et il faut l'accepter tel qu'il est sans essayer de l'ignorer ou lui faire dire quelque chose qu'il ne dit pas."

"Alors donc... puisque le résultat est un peu décevant, ce sera un séquence de 3 photo pour tenter de voir la luciole prise au piège par l'araignée…




"Le première on y voir surtout la tache verte de luciférine utilisée par la luciférase, mais je n'arrivais jamais à faire le focus :(

La 2e et la 3e, je me suis résignée à essayer avec le flash (ça fait moins "black") et l'on voit beaucoup mieux la luciole et l'araignée en action.

En espérant que vous trouverez ça un brin sympathique de voir ainsi la vie en "black glass encounters"!!!"


Je suis très content de vos photos Manon (qui a même trouvé le titre, ç'est vraiment les vacances pour moi!) et j'invite évidemment tous les lecteurs à me faire parvenir des nouvelles et photos comme celles-là! Vous encouragerez ainsi ma farniente!

Merci Manon!


Voyez son site par ici : Savoir-Faire à Conserver



Flore des Bryophytes du Québec-Labrador






Bon mon silence radio est et sera relatif… je viens de recevoir cette nouvelle :

Vient de paraître : le volume 1 de la Flore des bryophytes du Québec-Labrador.






"La Flore des bryophytes du Québec-Labrador se veut un recensement, une description et un moyen d’identification de toutes les mousses, hépatiques et anthocérotes qui croissent spontanément sur le territoire du Québec et du Labrador. On y trouve des clés d’identification des genres, des espèces et des taxons infraspécifiques et, pour chaque taxon :

- une description suffisante pour sa reconnaissance, 
- au moyen de traits saillants et caractéristiques;

- une indication de l’habitat et des préférences écologiques;

- une carte de la répartition connue au Québec-Labrador;

- des commentaires additionnels;

- une ou plusieurs illustrations montrant les caractères servant à l’identification;

- des références permettant l’approfondissement 
- des connaissances.

Sont aussi discutés ou décrits plusieurs taxons qui sont encore inconnus sur le territoire considéré mais pourront un jour y être découverts. L’ouvrage inclut également des photographies montrant l’aspect général de chaque genre, des illustrations présentant une interprétation artistique de chaque famille, un glossaire illustré, une bibliographie et une annexe proposant des noms français et anglais."




Faubert, Jean, 2012. Flore des bryophytes du Québec-Labrador. Volume 1 : Anthocérotes et hépatiques. Société québécoise de bryologie, Saint-Valérien, Québec, xvii + 356 p., illus.


Trouvez ici le site de la Société Québécoise de Bryologie
Un aperçu du livre est disponible sur le site.


Un travail colossal, j'ai bien hâte de le voir!




Stabat Arbor, the Procédé




Planche 1. Esquisse : une espèce d'amélanchier.



Il y quelques semaines j'ai publié des billets (4 mai 2012 et 9 mai 2012) parlant de la cuisine d'un livre, plus spécifiquement de la détermination de la couverture. L'intérêt a été grand et ce sont deux des billets qui ont été les plus lus sur Flora Urbana… presqu'autant lu que celui sur Pripyat ou celui sur la forêt rouge de Tchernobyl.


Les catastrophes ont heureusement encore la cote. Nous voilà rassurés sur les humains!




Planche 2. Variation sur la planche de l'amélanchier


Aujourd'hui je vous montre un peu la genèse d'une planche botanique du style que j'utiliserai pour mes livres sur les arbres. (je dis "livres" car le projet comporte un album grand format et une guide de poche). Ce ne sont pour l'instant que des approches et des essais… 


Si les billets parlant de la couverture de mon premier guide avaient le libellé "auctor" celui d'aujourd'hui porte le libellé "illustrator". Peut-être un jour ferais-je aussi des billets sur "documentator" et "editor"?




Capture d'écran (Aperture en mode zoom...) Cliquez afin de voir en plus grand...


Cette capture d'écran vous permet de voir la technique que j'utilise afin d'avoir une bonne profondeur de champ même en macro-photographie. Si vous regardez attentivement, chaque photo a une mise au point différente. Portez votre regard sur la feuille dans le haut de chaque image, ici en vue rapprochée dans Aperture, le logiciel de gestion, d'archivage et de pré-traitement de mes photos. Sur l'image de gauche la feuille est floue et sur celle de droite elle est nette. Les fructifications du fongus (rouille du genévrier, Gymnosporangium clavipes) sur le fruit d'amélanchier sont nettes sur l'image de gauche et complètement floues sur l'image de droite. L'image du centre est intermédiaire dans les deux cas. En fait, vous l'avez compris, je fais le foyer sur le point le plus près puis je m'éloigne en m'enfonçant à chaque cliché. Une série de clichés au foyer différent (quelques fois jusqu'à cinq ou six) est ainsi produite.







Les vignettes 1, 2 et 3 sont les clichés avec foyer différencié. 4 est le résultat du logiciel malaxeur (Helicon Focus) qui ne prend que les éléments au foyer de chaque image et les recomposent en une seule image plus nette. C'est une façon de contourner les limites de la profondeur de champ. Puis en 5 je commence le découpage (contre un fond noir afin de bien voir ce que je fais) et en 6 vous avez le résultat. Voilà pour une des trois images qui composent la planche 1 pour l'instant… 

Ce ne sont que des essais et en fait à chaque étape il y toutes sortes de petits réglages, corrections, contraste et netteté, etc…


C'est la technique que j'ai utilisé pour le Guide de la Flore Urbaine. Même si le format réduit ne permet pas toujours d'en voir l'avantage de précision...


La planche 2 (avec l'écorce du tronc) montre une difficulté que je ne soupçonnait pas : avoir de bonnes photos de l'écorce, avec toute la profondeur de champ nécessaire... sans trépied (je suis déjà assez chargé quand je sors...mais faudra peut-être que je m'y soumette!). L'écorce de cet amélanchier sera à reprendre. Et ce doit être fait soit au printemps ou à l'hiver. L'été c'est presqu'impossible il y a toujours l'ombre des feuilles sur le tronc. C'est souvent joli mais c'est souvent aussi une perte d'information. C'est un guide d'identification, vous voyez.




 Capture d'écran : vue du dossier Amelanchier

Chaque élément d'une planche sera ainsi traité et découpé puis placé sur une grande page vierge. Ce travail de découpage permet de modifier la composition à volonté, déplaçant les images qui sont chacune sur un fond "transparent" (un calque dit-on dans Photoshop). Évidemment je ne fais pas ce découpage de précision avec la souris, je me sers d'une tablette à stylet Wacom. Tout le travail graphique se fait avec cet outil qui permet l'aisance de la main pour dessiner ou effacer...





Capture d'écran : vue du dossier Sorbus



Ce projet sur les arbres exige de jongler avec des centaines de dossiers. Pour l'instant j'ai environ 160 espèces, hybrides et cultivars d'arbres documentés suffisamment pour produire autant de planches. Photographe et illustrateur, je suis aussi auteur. De plus donc, à chaque dossier "images" correspond un dossier de recherche (avec références et bibliographie) et un de rédaction (en anglais et en français). Tous ces dossiers sont classés selon l'espèce, le genre et la famille... Je n'ai rien inventé! Merci Linné...

Un des plus gros dossiers est évidemment celui de la familles des Rosacées (environ 45 espèces et cultivars d'arbres et arbustes et il risque d'y en avoir plus...). Pommiers, poiriers, cerisiers, et, récemment abricotier... beaucoup de spécimens à trouver et à goûter! Les amélanchiers font partie de cette famille ainsi que les sorbiers. Je dois dire que le genre Sorbus m'a pas mal occupé, avec quelques difficultés. On trouve en effet pas mal d'hybrides et de cultivars peu connus ici. Je ne me rend pas au Jardin Botanique où une petite étiquette commode me donnerait le nom… et je ne contacte que rarement les proprios d'un jardin privé (jamais l'horticulteur responsable du parc public par exemple, quoique ça viendra probablement...). Le but de l'exercice est de découvrir et d'apprendre en me cassant la tête, mes publications ayant ensuite plus de chance d'être utile à l'amateur, ayant été fait par un amateur.


Enfin c'est la théorie... ou la façon commode de justifier mon ignorance! Celle-ci recule toutefois...




Capture d'écran : vue du dossier Populus


Le travail est de trouver des spécimens d'arbres et d'arbustes sur le trottoir, dans les parcs et les jardins ou dans les espaces naturels de la grande région montréalaise et les noter, souvent avec par une photo in situ, puis les revisiter trois, quatre ou cinq fois et plus afin de prendre des spécimens de feuilles (souvent de différents types selon la croissance ou la phénologie ou même une pathologie ou un insecte), de fruits et d'écorce.

Pour vous donner une idée d'un sous-dossier photo (dans le dossier de la famille Salicacée) bien avancé voici ci-haut celui du genre Populus, les peupliers, qui est maintenant presque complet, le peuplier noir avec ses deux sortes de feuilles (pré-formées et néo-formées) ayant été trouvé cette semaine en fait. Quelques photos de certains spécimens sont à refaire mais l'essentiel est là. Je commence à bien connaître les peupliers!






Pour les amélanchiers je dois refaire les photos de fleurs en studio (pas toujours facile ça!), elles sont trop abimées. Au prochain printemps j'espère!



Avec ce billet je vous annonce que je vais ralentir la cadence de publication sur Flora Urbana. Ce ne sera pas des vacances. L'été c'est la saison occupée pour moi... je dois avoir les photos de tous les éléments en main afin de travailler l'hiver venue. J'ai donc beaucoup de travail devant moi : ce travail sur les arbres, mes projets de livres en auto-publication (Trois Plumes, Le Bocage Urbain et quelques autres…).


La cour est pleine, le champ est libre, l'été appelle le naturaliste… Travail ou vacance nous en profiterons tous, le goûtant avec appétit!


Bon été!




vendredi 29 juin 2012

Glass Encounters 3






Encore quelques photos des insectes qui entrent dans mon bureau et peinent à ressortir par ce piège que constitue le verre de la porte.


Ci-haut : il n'y a pas assez de détail sur cette photo pour identifier cette abeille de 4 mm.






Ici c'est une guêpe probablement de la famille Ichneumonidae. Ne craignez rien, ce n'est pas un dard au bout de son abdomen. Il s'agit de l'ovipositeur, appelé aussi oviscapte ou dans ce cas-ci, une tarière, qui sert à "déposer" ses oeufs (c'est une femelle) dans la larve d'un coléoptère sous l'écorce d'un arbre par exemple. La larve de la guêpe se développe en se nourrissant ensuite des organes de la larve du coléoptère.






Un Bombus (bourdon) pris entre deux vitres. Ce qui permet cette vue ventrale.





jeudi 28 juin 2012

Salamandre cendrée






Dans la main de Charles L'Heureux : la Salamandre cendrée (Eastern Redback Salamander, Plethodon cinereus)


Petit animal qui vit sous les pierres et marche sous les feuilles… il fait le mort quelques instants quand on les voit ou les prend… seulement un court moment puis, avec plus de vitesse qu'on ne s'y attend, il retourne à ses affaires.







C'est dans un coin de la forêt du mont Royal assez bien préservé, un flanc à l'ombre, bien humide au sol. Cette humidité est vitale pour l'animal surtout nocturne. Pour le maintien de la population de salamandre la présence au sol des troncs d'arbres en décomposition est essentielle. Non seulement elle y chasse tous les invertébrés qu'elle peut consommer (vers, larves, insectes de toutes sortes), elle y hiverne et montre un préférence pour les troncs de chêne. Justement il y a pas mal de chênes par ici.






Les couleuvres et les musaraignes ou les renards la chassent à leurs tours. Même une plante en consomme! Je n'ai pas vu de saracénie sur le mont Royal toutefois...





mardi 26 juin 2012

Vigne vierge







La Vigne vierge, Parthenocissus quinquefolia est une Vitacée, la famille de la vigne. Elle fait de petits raisons non comestibles (les oiseaux s'objecteront à cette qualification toutefois). Elle a aussi de fleurs insignifiantes. 


Un peu moins vues de près...






De près ou de loin, les abeilles ne sont pas d'accord!


Ces fleurs insignifiantes (pour nous) donnent un peu de nectar et du pollen. La floraison est brève et les abeilles se pressent. Je devrais dire les Hyménoptères, parce qu'il y avait aussi des guêpes et des fourmis. 


Bien plus qu'il n'y paraît, avec un effort, vous pouvez constater  qu'il y a de nombreuses abeilles de toutes sortes qui s'intéressent à cette folle vigne, vierge et volubile : elle a atteint le troisième plancher où j'habite!






lundi 25 juin 2012

Isabelle, comme du miel!







J'aime bien quand Isabella Rossellini me parle de pollinisation!




Fruits permis, fruits défendus








Je suis repassé par le mûrier blanc (Morus alba). Il était occupé à servir la clientèle.






Les étourneaux ne manquent jamais une occasion. Et hop!






Les fleurs de la stramoine commune (Datura stramonium)...







... ne mangez pas les fruits qu'elle produit...





Micro-frugivorie urbaine






Boulevard Saint-Laurent, près de la rue Sherbrooke, Montréal. Des mûres.





Cet homme connaît les mûres, étrangement les autres nombreux passants ne les connaissaient pas... ou refusent de les manger quand je les y invitent.






L'arbre n'est pas aussi commun ici qu'en Europe ou en Asie ou en Afrique... Mais l'homme l'a connu en Italie.






Lui ne s'est pas fait prier... Tout souriant de rencontrer un autre qui connaissait...






Rendu chez moi j'ai pris les fruits mûrs des mûriers plantés au rez-de-chaussée (où ailleurs...)






 
Puis les trop peu nombreux petits fruits du beau petit amélanchier. Avec crème (si vous en avez) ou du lait, comme j'ai fait. Et un peu de cassonade. Ou pas. Au soleil.


Fin juin presque... mais quel extraordinaire juin on a eu cet année!






samedi 23 juin 2012

Les arbres du parc De Salaberry




Aller où on ne coupe pas l'herbe... étonnant de voir cette herbe haute... dans un parc...


La semaine dernière je suis allé visiter le quartier Nouveau-Bordeaux dans l'Arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, tout au nord de l'île de Montréal sur la Rivière des Prairies. Dans un billet précédent je vous parlais d'un parc inattendu que l'on a trouvé lors de cette sortie à la recherche de l'agrile du frêne. J'y reviens aujourd'hui en vous présentant quelques arbres qu'on y a vu. Et de l'expérience de gestion différenciée de cet espace vert bien spécial...



Un des frênes du parc, peut-être victime de l'agrile.


Le parc (de détente, selon la classification) De Salaberry a une superficie d'environ 40,000 mètres carrés. Il faisait partie des propriétés de Joseph-Marcellin Wilson, homme d'affaires, philanthrope et sénateur, qui a légué ce lot boisé en même temps qu'un autre plus au sud dans le quartier. Ce dernier, beaucoup plus grand, porte son nom et cache quelques autres boisés plus naturels.


Voyez ici une carte localisant le parc De Salaberry.



Un gros spécimen d'Érable noir, Acer nigrum.


Que trouve-t-on dans ce parc où ne passe plus la tondeuse depuis deux ans? Tout d'abord l'Érable noir (Acer nigrum) avec un spécimen massif sur la rue Frigon et quelques-uns plus jeunes mais de bonnes tailles, ici et là. Notable : en plus on trouve des semis spontanés. Puiqu'on qu'on ne passe pas la tondeuse…


Le feuillage de cette espèce est vert foncé, comparable en cela à l'Érable de Norvège (Acer platanoides) et bien plus sombre que l'Érable à sucre (Acer saccharum) avec qui on le confond. Le revers des feuilles est velouté, les veines et le pétiole sont pubescents.




Une planche vite faite...



Ces derniers caractères sont toutefois variables (et probablement fugaces) et quelquefois absents, peut-être à cause de l'hybridation avec les érables à sucre. Autre fait à noter, les érables noirs du coin n'ont produit aucune samare cette année. La production des fruits est en effet irrégulière chez certaines espèces d'érables. Les seuls fruits que j'ai trouvé sont ceux de l'an passé qui avait été une bonne récolte à en juger par les spécimens que j'ai vu alors.

Il faut savoir que ce parc est en fait le vestige d'une forêt originelle : une bonne partie des arbres qu'on trouve ici sont nés ici. Ils ne viennent pas d'une pépinière! La nursery est ici même... sur les lieux. Ces arbres sont ce qu'on appelle des écotypes, des vrais et authentiques arbres Montréalais, sauvages. Ils sont parfaitement adaptés au climat et à l'écologie générale de l'île. La biodiversité repose sur la diversité génétique et voilà exactement ce qu'on trouve ici! Ce bout de territoire n'a pas connu la hache du déboisement. Étonnant...

Il y a aussi des noyers cendrés (Juglans cinerea) dont la plupart, malheureusement, étaient atteints du chancre du noyer cendré (Ophiognomonia clavigignenti-juglandacearum ou  Sirococcus c. j.). Cette espèce d'arbre est maintenant en voie de disparition à cause de ce champignon. Peut-être trouvera-t-on un jour des arbres qui résistent naturellement à cette maladie. Peut-être que ce sera ici qu'on les trouvera? Sait-on jamais?




Charmes de la Caroline, Carpinus caroliniana.


Où ailleurs peut-on voir tant d'ostryers de Virginie (Ostrya virginiana) ? L'arbre de taille moyenne n'est pas si courant dans les parcs ou sur les propriétés privées. Puisque l'espace est souvent réduit en milieu urbain, c'est assez étonnant. L'ancienne forêt nous réservait bien d'autres arbres intéressants. Il y a aussi des spécimens de Cerisier tardif (Prunus serotina), Caryer cordiforme (Carya cordiformis), Chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa), Frêne blanc (Fraxinus americana) et Frêne rouge (Fraxinus pennsylvanica), Tilleul d'Amérique (Tilia americana) et même Thuja occidental (Thuja occidentalis). Une belle et riche forêt!


Le plus étonnant c'est sans doute la présence ici et là de groupes de charmes de la Caroline (Carpinus caroliniana). C'est sans doute la population la plus importante de ce petit arbre sur toute l'île de Montréal. Certains spécimens ont été planté mais d'autres sont des arbres libres, d'origine naturelle, et cette population s'y reproduit librement. Curieusement, ce simple phénomène de la vie des arbres est aussi rare que cette espèce qui prolifère pourtant si facilement! C'est ce qui arrive quand use de la tondeuse avec discernement!


Gestion différenciée des espaces verts, vous connaissez?




Autour du bosquet : deux espèces d'aubépines (Crataegus spp.). Notez la petite tache jaune sur la feuille.


Autre particularité du parc, les aubépines (Crataegus spp.) : ce sont trois ou quatre espèces qu'on y trouve. Pourtant si caractéristiques de la région montréalaise, les aubépines sont sous-représentées dans nos parcs et autres espaces verts. C'est probablement à cause de considérations strictement phyto-sanitaires dont il faudrait peut-être un jour refaire l'analyse coût/bénéfice. Ces arbres sont effectivement souvent des hôtes intermédiaires pour un champignon (rouille du genévrier, Gymnosporangium clavipes) qui attaque ces conifères (le coût). Mais en fait de source de nourriture, l'aubépine est un irremplaçable garde-manger pour quantité d'abeilles, mouches, chenilles et papillons, sans compter de nombreux oiseaux et les petits mammifères (le bénéfice). Cette rouille ne tue pourtant pas les genévriers mais en diminuerait la valeur esthétique. C'est apparemment suffisant pour avoir décrété indésirable l'arbre super-marché de la biodiversité. Tant d'espèces se trouvent exclues pour la protection d'une seule... Quel perte, ce jugement d'une autre époque!



Vue complète du bosquet, petit échantillon du passé et beau trésor!


Les aubépines croissent à la limite des boisés, en pleine lumière. Souvent les prolifiques nerpruns cathartiques (Rhamnus cathartica) prennent exactement cette place. C'est le cas ici dans un petit bosquet conservé dans le parc. Si les aubépines adultes survivent (quel petit arbre fort!) une masse de nerpruns empêchera par contre leur régénération. Bien que les oiseaux ne fasse pas toujours la différence (ces deux arbres produisent des fruits recherchés) la place écologique occupée par les aubépines est incommensurablement plus grande.

Si les oiseaux n'y prêtent pas attention, que dire des humains qui devraient en savoir un peu plus? Le gestion différenciée appelle notre judicieuse intervention.



Croissance naturelle d'un Charme de la Caroline.


Le bosquet est dans la section nord du parc. Malgré sa petite taille, il nous réservait bien d'agréables surprises! C'était une véritable pépinière spontanée, produisant presque toutes les espèces d'arbres et d'arbustes que l'on trouve dans l'ensemble du parc. Des charmes, érable noirs, chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa), ostryers et ormes (Ulmus americana) avec à son périmètre les quelques Aubépines.


Quand on sait l'origine des arbres de ce parc toute la valeur génétique de ces quelques mètres carrés ne peut que réjouir. Ou nous réveiller un peu de nos habitudes. Ici comme ailleurs je ne cesserai de m'étonner de la présence dommageable des nerpruns qui limitent la productivité des lieux et du peu d'empressement à intervenir... Il ne s'agit, après tout, que de l'affaire d'une grosse journée de travail à quelques employés afin de les retirer du bosquet et de favoriser la biodiversité des lieux.




Semis spontané de Charme de la Caroline. 

En terme paysager le bosquet offre bien sûr une diversité formelle mais tout son intérêt est au niveau biologique : la biodiversité s'y exerce!



Semis spontané d'Érable noir.


La naturalisation de la nature


L'Arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville fait une expérience de gestion différenciée dans ce parc. L'expérience de naturalisation qui a lieu est judicieuse quand on constate les espèces présentes et la grande valeur écologique du parc. Saluons la vigilance des responsables mais notons l'apparent manque de communication avec les résidents riverains. On ne fait pas un travail de communication suffisant. C'est assez habituellement ainsi qu'il en va. Des experts et des fonctionnaires sont occupés à leur travail et négligent d'expliquer aux résidents. Ils négligent ainsi de signifier et de signaler les nombreux arbres intéressants dans ce parc et d'indiquer que ces espèces s'y reproduisent… C'est pourtant le but de l'opération de naturalisation, permettre (entre autre) la reproduction d'espèces rares!




Semis spontané de Nerprun cathartique...



Tiré de la page "Cohabiter avec la nature" :


"Soucieuse de bien informer la population, la Division des parcs et des installations souhaite sensibiliser les gens sur l’entretien différencié de la végétation. Depuis plusieurs années, l’arrondissement a révisé les méthodes d’entretien de ses parcs et de ses espaces verts au profit d’un entretien différencié (…) Il ne s’agit pas de laisser à l’abandon ces zones, mais bien d’y intervenir différemment. Traditionnellement, l’entretien de ces zones urbaines consistait en la tonte complète et systématique, de façon régulière. Toutefois, cette méthode entraînait un appauvrissement de la flore, favorisait la présence de pissenlits et d’herbe à poux, tout en occasionnant des coûts élevés d’entretien."




Échantillons de feuilles des arbres du parc. Vous les reconnaissez? (Une autre planche rapido...)



Les personnes rencontrées ce jour-là n'étaient à l'évidence pas  parfaitement renseignées… ou d'accord… J'ai eu droit à deux points de vue bien différents, exactement opposés! Mais c'est probablement plus l'attachement de ces deux riveraines à cet espace par qui parlait… Chacune y voit son jardin en quelques sorte… La première que nous avons rencontré est totalement ravie de l'expérience. Devinez si je suis d'accord...




Signore Charles L'Heureux discutant avec Annie Geoffroy, une riveraine fleurie!



Du côté de l'opposition (assez formelle à mon avis) l'argumentation béton que l'on sert est toujours la même : depuis qu'on ne coupe plus l'herbe il y a eu des viols, des meurtres, des chiens se sont blessés sur du verre brisé. C'est connu, un buisson touffu ou de l'herbe haute sont certains de produire les pires monstres. On peut voir les données statistiques sur cette criminalité dans l'herbe folle? Des crimes se produisent dans les stationnements souterrains (ou de surface), des chiens se blessent sur les trottoirs et dans les ruelles. Même dans les maisons!  Il faudrait raser tout ça?


C'est évidemment le syndrome "Pas dans ma cour" contre celui du "Oui dans ma cour."


Le biais qu'induit la vision de chacun sur la question est incontournable : si la première me dit "de mon côté du parc nous sommes tous d'accord avec la naturalisation", la deuxième affirme "de mon côté du parc nous sommes tous contre". Cette distribution symétriquement heureuse des opinions convergents est un véritable miracle. Le hasard a fait s'installer du même côté du parc les gens partageant une même opinion. La nature est bien faite, non?


La conversation (animée!) entre nous quatre a quand même assez rapidement conduit à des compromis intéressants. La communication par l'Arrondissement serait assez efficace si on se donnait la peine...






Un intéressant casse-tondeuse. Mode d'emploi : installer ici et là.


Le discours actuel sur la protection des arbres (ou de la biodiversité) passe habituellement par la valeur des services qu'ils nous rendent : ils nous donnent de l'air frais et la filtrent, font de l'ombre et abaisse la température. Des machines à notre service, quoi! C'est un appauvrissement du regard par l'accessoirisation, la commodification, de la biodiversité. Où sont passé les sons et les odeurs, les formes et l'histoire de nos grands voisins? Oserons-nous prendre en compte leur propre vie et un droit à un peu d'espace! Même parmi nous... Les arbres auraient de plus une fonction assez exotique à mon avis : ils haussent la valeur immobilière de la propriété… Les deux riveraines était en effet très fières de posséder un grand chêne à gros fruits ou un beau grand caryer. 


Avec raison! Et leur valeur excède de loin nos représentations habituelles...

D'où viennent-donc ces grands arbres? Que font-ils là? Il viennent d'en face, dans ce parc qui était autrefois un forêt. Ils en font partie. Ils sont littéralement (génétiquement) de la même famille. Cette forêt est là depuis la fonte des glaces il y a 8-10,000 ans… Vous aimez l'histoire? Intéressez-vous aussi à l'histoire naturelle, faites place et soyez tolérants envers la biodiversité. Vous avez devant chez vous le Yellowstone ou le Serengeti.


Allez-vous vous plaindre de voir de girafes!





À gauche Quercus macrocarpa et à droite Carya cordiformis. Quel couple à couper le souffle!



La journée magnifique de juin magnifique (si, deux fois) n'était pas encore finie et nous nous sommes dirigés vers le parc Marcellin Wilson.


En chemin il y avait ce grand chêne ci-haut (si haut!) qui nous avait attiré de loin et nous avait fait découvrir le parc De Salaberry. Nous sommes maintenant devant et le ravissement est total. De loin nous n'avions pas vu son compagnon un beau Caryer cordiforme.


Que de beauté!




vendredi 22 juin 2012

Foins, Friches et autres nouvelles








Image prise sur la parcelle, © Minh-Xuan TRUONG, Vigie-Nature 
D'abord la friche... (texte d'après le site web)

"D'où viennent ces plantes "sauvages", et cette faune chassée de partout ailleurs par le béton, les pesticides, le désir d'ordre et de propreté d'une ville à jamais croissante ? Quelles sont leurs histoires ? Quels voyages ont fait les graines pour arriver ici, sur ce nowhere… ce wasteland. Quelles histoires renferment les murs au plâtre croulant, les troncs torsadés de vieux pêchés mourants, le sol tapissé de mousse et de lierre ? Et les voisins autour, enracinés, déracinés, de passage, flottants… quelles histoires et souvenirs emmènent-t-ils ? Et quelles connaissances sont en train de disparaitre…?" 

À Montreuil, la parcelle 343 est une friche protégée. Située dans la zone des murs à pêches, deux secteurs sont des "Espaces boisés classés" (EBC). Ce classement permet de protéger et conserver les boisements. Cela fait de cette friche urbaine un vivier pour la biodiversité. 






Des gens font la promotion du maintien de la friche, voyez leur blog :  parcelle343. Des visites et autres activités y ont eu lieu, dont celle-ci :  

L'ESPWAR EST UN TEMPS BOISÉ. C'est un projet de grand voisinage porté par Sarah Harper (au centre ci-haut) pour la compagnie Friches théâtre urbain.

La metteur en scène venue de Londres, est co-fondatrice de la compagnie avec Pascal Laurent, acteur. La compagnie exprime l'intérêt pour de nouveaux espaces, de nouvelles formes d’écriture, mêlant au jeu d’acteur les arts plastiques et la force expressive du mouvement.

"Poétique troublant, fantastique ou fantaisiste, déambule sur les terres citadines. Les rues, les places publiques, les terrains vagues et les lieux insolites de la ville se métamorphosent en scènes ouvertes et hybrides."

Voyez le site de la compagnie Friches théâtre urbain 



Briza maxima. Photo: liliane.pessotto


Et maintenant les foins (les graminées ou Poacées…)
Tela-Botanica et le Vote pour le Défi Images "Belles graminées", je vous présente quelques images. J'aime bien les espèces du genre Briza...



Briza maxima. Photo : francoisgery
Voyez toutes les images du concours ici : Défi Images "Belles graminées"







Houston? We have a problem!


Maintenant un peu de nouvelles domestiques :
Loplop le moineau est parti et s'est réfugié dans des arbres de la ruelle. Je l'entends chanter. Après quelques semaines en sa compagnie je connais bien sa voix…
J'ai entrepris une grande réorganisation des mes banques d'images et les différentes opérations ont été longues, frustrantes, complexes… Et un petit problème est survenu. Jugez la photo ci-haut, il semble que j'ai une corruption chaotique de mes images… J'essaierai de corriger la situation afin de publier le billet sur le parc De Salaberry visité la semaine dernière... 

Comme vous pouvez le constater l'interface Blogger qui me permet de mettre mes billets en forme est buggé ce matin! C'était un billet vite fait en remplacement de celui du parc que je ne peux faire à cause de la corruption des images... Quand tout va bien, tout va bien...


Et sans m'en rendre compte je suis maintenant rendu à mon 702e billet...