mardi 6 mai 2014

Le Caulophylle géant



Caulophyllum giganteum, Caulophylle géant, Northern Blue Cohosh

Ce drôle de fantôme du sol de la forêt n’est pas aussi populaire que les plantes printanières qui fleurissent ces temps-ci. C’est que le Caulophylle géant n’a pas ces belles grandes fleurs éclatantes de fraîcheur qui nous soulagent de l’hiver. Bien qu’il soit de la même famille (Berberidaceae) que le Podophyllum peltatum (Podophylle pelté, May-apple) ses fleurs peuvent sembler inintéressantes et banales. Je ne suis pas d'accord! 

On ne le connaît pas aussi bien que les sanguinaires, les érythrones ou les trilles! Le caulophylle n'est pas très joli... Il serait moins spectaculaire. De plus on confond le Caulophyllum giganteum avec Caulophyllum thalictroides (Caulophylle faux-pigamon, Cohosh bleu, Blue cohosh). Pour apprécier une espèce, mal l'identifier, c’est bien mal parti! Le Caulophylle géant est une plante plus grande avec des fleurs plus grandes et moins nombreuses. Si les deux espèces sont présentes il fleurit en premier. 


Variabilité de la fleur: en cinq partie ou plus habituellement en six.


Toute la plante et même ses fleurs sont au contraire assez fascinantes. D'abord cette étrange coloration pourpre avec du jaune n'est certainement pas un habillement commun pour une plante. J'ai toujours cru que cette espèce qui surgit du long sommeil hivernal (et fleurit parmi les toutes premières) relevait plus d'une espèce marine et animale que d'une espèce végétale. Ce n'est pas une plante comme les autres à coup sûr!

Cette coloration pourpre de la tige fait par ailleurs penser que la plante est mycotrophe, terme à préférer à l'expression "saprophyte" que j'ai vu encore récemment et qui ne veut rien dire... La mycotrophie (pensez aux plantes non-vertes, "sans" chlorophylle comme certaines orchidées) est une association entre une plante et un fongus avec des échanges de minéraux, de sucre et d'eau, etc. Une plante mycotrophe peut se passer (en tout ou en partie) de la lumière et des pigments verts de la chlorophylle pour se nourrir par en-dessous (racines, rhizomes) en échangeant avec le fongus.




Répartition et fleurs du  Caulophylle géant



J'ai un peu modifié (coloré) cette carte tirée de Flora of North America qui nous montre la répartition du Caulophylle géant. L'illustration de droite nous montre:


a- les sépales (qui sont grands comme des pétales...)

b- les pétales réduits et modifiés (qui sont flabelliformes, en forme d'éventail)
c- les étamines (qui commencent tout juste à s'ouvrir et à relâcher le pollen)
d- le pistil (regardez les autres illustrations afin de le voir de côté) 

Dommage que je n'ai pas de spécimen du Caulophylle faux-pigamon! Mon billet serait bien plus informatif! S'il faut en croire cet auteur* les sépales du Caulophylle géant sont de 6 à 9 mm alors que ceux du Caulophylle faux-pigamon mesurent de 3 à 6mm. Il en va ainsi de toutes les parties florales, toujours plus grandes chez le premier. 




Le moyen le plus simple de les distinguer semble être le nombre de fleurs que porte l'inflorescence: le géant en compte de 4 à 18 alors que l'autre espèce en a de 5 à 70. Disons que la distinction n'est pas toujours assurée sur cette base!




Je l'ai dit cette plante fleurit très tôt alors qu'il n'y a que peu de nectar ou de pollen à se mettre sous le proboscis... ce sont donc les mouches hâtives, sortant elles-mêmes de l'hibernation, qui se régalent et apprécient ses fleurs qui nous laissent si indifférents. Comme il n'y a que peu d'insectes à la mi-avril quand la plante fleurit, les mouches assurent apparemment leur pollinisation. Un insecte peu populaire pollinisant une fleur pas populaire. La biodiversité et ses processus écologiques se passent quelque fois du charisme nécessaire pour notre attention!




Alors que les érythrones laissent à peine paraître leur feuillage, déjà les premières fleurs du Caulophylle géant s'ouvrent avec son feuillage qui commence à se déployer. Les fruits bleus de l'an passé, que vous reconnaissez sûrement si vous allez en forêt, sont alors encore présents sur quelques individus. Je ne recommande pas que vous les goûtiez...




Dans l'ombre humide et la faible lumière le Caulophylle émerge dans la froide ouverture du printemps. Ouvrez les yeux!




*Arthur Haines, Botanical Notes, num. 9, décembre 2003.



2 commentaires:

  1. Leçon retenue: je vais restreindre mon utilisation de saprophyte à l'essentiel. Est-ce qu'on peut considérer que le champignon qui nourrit le caulophylle est saprophyte ?
    La couleur de cette plante a un petit air de "n'y touchez pas" qui me plaît bien. À discuter avec un psy !

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  2. "Phyte" c'est pour "plante". On dirait plus justement d'un fongus qu'il est saprotrophe. Les plantes différentes sont vite remarquées et deviennent intéressantes. C'est peut-être pour cela que cette plante a connu de nombreux usages médicinaux. Je doute de la sécurité de l'usage de n'importe quelle partie de cette plante toutefois.

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