vendredi 11 octobre 2013

Place Gérald-Godin: bel ombre et moults glands



Coin Rivard: une bonne dizaine de Chênes rouges qui commencent à avoir de l'ampleur.

J'habite sur la rue Berri, près de la station de métro Mont-Royal, c'est ma station… je passe par là quelques fois par semaine depuis bien longtemps. Je me rappelle même très bien du temps où la Caisse Pop (photo ci-bas) était ici… Plus récemment je me souviens quand on a refait l'édicule du métro et toute la place autour (démolissant l'édifice de la Caisse). Je me souviens aussi quand on a planté tous ces arbres: des Chênes rouges (Quercus rubra, Red oak). Ceux-ci commencent à prendre de la maturité et produisent bel ombre et moults glands.


La murale peinte sur le mur de la Caisse Pop. Photo: François Déry, 1971.

À la faveur d'un projet d'une certaine importance, un groupe (ici) dit vouloir repenser cette place Gérald-Godin autour de l'entrée du métro sur l'Avenue du Mont-Royal, entre la rue Berri et Rivard. Comme c'est chez moi, ça… j'ai un mot à dire… Puisqu'il s'agit d'arbres je lève l'oreille. 

Après un argumentaire complexe et des statistiques presqu'intéressantes sur la nécessité d'une nouvelle Maison de la Culture/Bibliothèque, etc., le groupe annonce vouloir améliorer la place. Tabula rasa, évidemment. Hors la place est partiellement occupée par un groupe d'arbres planté en 1996 avec des bancs en-dessous. Voilà: ça gêne la nouvelle idée de la semaine. Parce qu'entre autre, on veut mettre en valeur le patrimoine architectural, dit-on. Ce sera apparemment au frais d'un autre patrimoine toutefois: les arbres qu'on vient d'y planter. Un patrimoine arboricole en devenir, tué dans l'oeuf… On me dira qu'on ne fait que les déplacer… ces arbres sont du mobilier, non? Drôle de perception... Moi je trouve que le mont Royal gêne ma vue sur la patrimoniale ville de Westmount. On peut arranger cela?


Je vous montrais cela il n'y a pas longtemps.

Je ne vais pas discuter du mérite ou non de ce projet immobilier. D'abord, moi ma bibliothèque c'est la Grande qui est à quinze minutes de marche sur ma rue. C'est comme ça: j'habite entre un petite biblio médiocre à 10 minutes et une Grande pas si mal. Alors une nouvelle bibliothèque, je sais pas. Quant à la salle de spectacle je n'ai pas d'opinion. J'aime pas les spectacles. Et la salle d'expo? Je serais pas mécontent d'accrocher mes machins sur les murs de l'actuelle salle. Mais on peut toujours faire mieux (pas que d'y d'accrocher mes oeuvres, malins!), je suppose.


Je ne crois pas qu'on pense à ce Chêne pédonculé sauvage... aucun intérêt!

On déplacera donc les arbres à grands frais et gros risques et pour compenser on mettra des minuscules toits verts! L'illustration ci-bas n'est pas assez précise sur les intentions: on trouve déjà cinq Chênes pédonculés plantés en ligne et deux autres (dont un sauvageon) près de la rue Rivard (photo ci-haut). Et quoi? on va y coincer les dix Chênes rouges en plus? Je suis pas sûr d'approuver cet empressement peu réfléchi! Mais comment être contre des toits verts? Hein? Comment? Quand on sait qu'ils n'auront la même (soyons technocrates) prestation de services (environnementaux) que celle de ces arbres! À mon avis c'est un bien curieux et médiocre calcul de green-washing… Comme on dit, pour la canopée urbaine, c'est pas d'avance...


Ci-haut, le projet. Faut-il vraiment minéraliser pour apprécier le patrimoine?

D'ailleurs pourquoi faut-il toujours concevoir les places publiques sous la forme de fours à convection? Retirer les arbres et les foutre là où personne n'ira puis minéraliser mur-à-mur. Ce n'est pas mon idée d'une place publique accueillante. Ce n'est certainement pas tenir compte de la variété des usages actuels de cette place. Si au moins on pensait à y mettre de l'eau! Par ailleurs les abreuvoirs (fontaine si vous êtes ailleurs qu'à Montréal) semblent avoir été totalement évacuées de la tête des aménagistes et autres designers. Comme les arbres, c'est probablement considéré accessoire...


Échangeur Turcot: ça circule magnifiquement!

En 1996 la Place Gérald-Godin a été entièrement refaite. Maintenant ces nouveaux gens affairés, à la sensibilité minérale excessive, veulent déjà la refaire. Réparer, bien sûr, on ne peut être que d'accord, l'usage est effectivement intense. Mais pour cette nouvelle mouture de la place les Chênes rouges gênent le schéma de la circulation, cette abstraction fantasmée, avec comptage de pas perdus sans doute. Cela ne se distingue pas des massives inventions modernistes pour la bagnole. La solution est toujours: du béton! Il faut que ça circule! Vite! Et puis les arbres et l'ombre ça favorise la farniente! Out, les arbres!

Dommage, les arbres commencent tout juste à avoir un peu d'allure. Je ne suis pas sûr qu'on puisse les déménager en criant: Toit vert! ou Culture!

J'ai lu quelques part la rengaine "Une place publique est davantage un lieu de circulation et de rassemblements ponctuels, ce n'est pas un parc de verdure pour se retirer et relaxer." Bon! Après celui sur le bon usage d'un Jardin Botanique, ya maintenant un manuel d'instruction sur le bon usage d'une place publique! Fini la flânerie! Soyez social mais pas trop longtemps! Ça me semble une courte-vue standard de designer: l'observation confirme (si on en avait besoin…) qu'en fait les gens s'assoient à l'ombre (ben oui) des arbres parce qu'ils ont le goût ou le besoin d'une pause à l'ombre. Ils ont le goût de prendre le temps et de discuter ou d'écouter les musiciens. C'est probablement tout un choc pour les concepts abstraits de circulation… ou d'appréciation du patrimoine! Comment arrive-t-on à réduire les humains à des entités sans vie qui passent en nombre abstrait sans besoins physiologiques de base? De l'eau? De l'ombre? Un peu de temps? Vous y pensez?


Une échelle qui convient aux usages actuels. Dans 10 ans ce sera parfait.

On ne veut donc pas d'obstacles ni à la vue ni à la circulation. On le sait, pour les Places, la tendance est à faire plat, comme à la Place d'Armes. À faire plat et enlever les gênants végétaux... les Places c'est du mètre carré signifié par du dallage carré. Idéalement sans ombre. C'est plus mieux. Ça ressemble au dessin.

La place Gérald-Godin fonctionne pourtant très bien il me semble… c'est constamment animé, les gens y prennent une pause et discutent, au soleil ou à l'ombre. Ils ont le choix. Vous voulez mieux? Mettez-y quelques abreuvoirs.
Dans une ville surchauffée, les gens, comme les chevaux, ont, des fois, ... soif! Et ils aiment souffler un brin. Circuler en ville, après tout, c'est passer du béton à l'asphalte, au béton. Puis à une place sans ombre? La ville est déjà bien assez minéralisée. C'est assez réussi. N'ajoutons pas de dallage bon tout juste à faire frire la foule.

Et, de grâce, apprennez-donc à respecter ce patrimoine vivant et signifiant qu'est celui des arbres. Il se construit avec le temps. Donnant tout au long bel ombre et moults glands.




12 commentaires:

  1. Béton et pognon.
    Faut pas oublier le pognon dans les solutions.
    Sinon à quoi ça servirait toutes ces fondations ?
    Et les places publiques, à quoi ça sert, dis
    Puisq' les rassemblements sont interdits

    signé le poête du vendredi qui ressemble beaucoup à celui du dimanche

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    1. Faut croire que le pognon, public ou privé, c'est toujours bête! Merci poète!

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    2. Savez quoi monsieur Latour...
      j'aime bien ma bagnole dans ma 3e couronne de Mourial...
      Mais j'aime pas le trop plein d'asphalte et béton...

      Ici ya des néningneurs qui ont décidé qu'un rond point c'était bien mieux que de mettre des panneaux d'arrêt pour toutes les directions sur un coin "légèrement plus achalandé" de la campagne.

      Voir si on avait besoin de 3 mois d'ouvrages et de détour pour faire un rond point au lieu de 3h pour poser 2 panneaux d'arrêt supplémentaire. Me semble qu'il y a de la logique qui se perd :(

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  2. Elle est bien bonne Manon! C'est doute pour divertir un peu les gens avec un manège dernier cri. Moi aussi j'aime les bagnoles... mais de là à s'en inspirer pour l'aménagement des places publiques...

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    1. En passant, je pensais à vous cette semaine.

      Mes yeux se sont ouverts... j'étais aveugle avant!
      Je passais souvent devant un noyer noir qui doit être proche centenaire sans jamais le voir.
      Trop occupé à regarder la maison du terrain (ou la route).
      Mais cette semaine les roues de ma bagnole ont écrapoutissé des cailloux verts. Je suis revenue sur mes pas et j'ai constaté. On peut donc être aveugle parfois!

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  3. Quand on est aveugle il vaut mieux porter un chapeau dur. Ou rouler en bagnole! J'ai déjà été bombardé par un de ces arbres. Sans chapeau. Toc! sur le coco! Il est où cet arbre?

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    1. Il est situé à St-Roch-de-L'Achigan. On peut le voir en photo par ici. Depuis j'en ai repéré d'autre.

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  4. «Un projet rassembleur» pour permettre aux gens de mieux «circuler». Y a pas contradiction dans les termes ? Est-ce que c'est dans Astérix et Cléopâtre qu'un centurion ordonnait à ses légionnaires : «Rassemblez-vous et dispersez-vous !»
    Ceci dit, votre billet dégage un certain fumet d'indignation. Est-ce l'automne qui vous fait passer du vert au rouge ? Peut-être que ces arbres ont été plantés au hasard et qu'il est temps de penser à les aligner ?

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  5. En europe, c'est tellement le contraire ! Les place publique sont générallement acceuillante, avec des arbres et des abreuvoirs qui semblent avoir 100 ans (surement rénové des dizaines de fois!) Barcelone est d'ailleurs la reine de l'eau à ce sujet !

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    1. Ici on préfère le beau design bien dessiné et impeccable sur les plans. Le reste, comme l'ombre par exemple, est secondaire. Montréal capitale du dezign.

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