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mardi 19 novembre 2013

La moitié d’un géant : Sequoia sempervirens




Séquoia sempervirent, Coast redwood.

Si vous lisez bien la légende sous la photo, il s’agit de la moitié d'un arbre… sa tendre moitié prendra le train de jeudi.


vendredi 18 octobre 2013

Wizard tree



Detroit Photographic Co.


The Wizard tree, Cathedral Woods, Intervale, New-Hampshire. Vers 1900.



vendredi 11 octobre 2013

Place Gérald-Godin: bel ombre et moults glands



Coin Rivard: une bonne dizaine de Chênes rouges qui commencent à avoir de l'ampleur.

J'habite sur la rue Berri, près de la station de métro Mont-Royal, c'est ma station… je passe par là quelques fois par semaine depuis bien longtemps. Je me rappelle même très bien du temps où la Caisse Pop (photo ci-bas) était ici… Plus récemment je me souviens quand on a refait l'édicule du métro et toute la place autour (démolissant l'édifice de la Caisse). Je me souviens aussi quand on a planté tous ces arbres: des Chênes rouges (Quercus rubra, Red oak). Ceux-ci commencent à prendre de la maturité et produisent bel ombre et moults glands.


La murale peinte sur le mur de la Caisse Pop. Photo: François Déry, 1971.

À la faveur d'un projet d'une certaine importance, un groupe (ici) dit vouloir repenser cette place Gérald-Godin autour de l'entrée du métro sur l'Avenue du Mont-Royal, entre la rue Berri et Rivard. Comme c'est chez moi, ça… j'ai un mot à dire… Puisqu'il s'agit d'arbres je lève l'oreille. 

Après un argumentaire complexe et des statistiques presqu'intéressantes sur la nécessité d'une nouvelle Maison de la Culture/Bibliothèque, etc., le groupe annonce vouloir améliorer la place. Tabula rasa, évidemment. Hors la place est partiellement occupée par un groupe d'arbres planté en 1996 avec des bancs en-dessous. Voilà: ça gêne la nouvelle idée de la semaine. Parce qu'entre autre, on veut mettre en valeur le patrimoine architectural, dit-on. Ce sera apparemment au frais d'un autre patrimoine toutefois: les arbres qu'on vient d'y planter. Un patrimoine arboricole en devenir, tué dans l'oeuf… On me dira qu'on ne fait que les déplacer… ces arbres sont du mobilier, non? Drôle de perception... Moi je trouve que le mont Royal gêne ma vue sur la patrimoniale ville de Westmount. On peut arranger cela?


Je vous montrais cela il n'y a pas longtemps.

Je ne vais pas discuter du mérite ou non de ce projet immobilier. D'abord, moi ma bibliothèque c'est la Grande qui est à quinze minutes de marche sur ma rue. C'est comme ça: j'habite entre un petite biblio médiocre à 10 minutes et une Grande pas si mal. Alors une nouvelle bibliothèque, je sais pas. Quant à la salle de spectacle je n'ai pas d'opinion. J'aime pas les spectacles. Et la salle d'expo? Je serais pas mécontent d'accrocher mes machins sur les murs de l'actuelle salle. Mais on peut toujours faire mieux (pas que d'y d'accrocher mes oeuvres, malins!), je suppose.


Je ne crois pas qu'on pense à ce Chêne pédonculé sauvage... aucun intérêt!

On déplacera donc les arbres à grands frais et gros risques et pour compenser on mettra des minuscules toits verts! L'illustration ci-bas n'est pas assez précise sur les intentions: on trouve déjà cinq Chênes pédonculés plantés en ligne et deux autres (dont un sauvageon) près de la rue Rivard (photo ci-haut). Et quoi? on va y coincer les dix Chênes rouges en plus? Je suis pas sûr d'approuver cet empressement peu réfléchi! Mais comment être contre des toits verts? Hein? Comment? Quand on sait qu'ils n'auront la même (soyons technocrates) prestation de services (environnementaux) que celle de ces arbres! À mon avis c'est un bien curieux et médiocre calcul de green-washing… Comme on dit, pour la canopée urbaine, c'est pas d'avance...


Ci-haut, le projet. Faut-il vraiment minéraliser pour apprécier le patrimoine?

D'ailleurs pourquoi faut-il toujours concevoir les places publiques sous la forme de fours à convection? Retirer les arbres et les foutre là où personne n'ira puis minéraliser mur-à-mur. Ce n'est pas mon idée d'une place publique accueillante. Ce n'est certainement pas tenir compte de la variété des usages actuels de cette place. Si au moins on pensait à y mettre de l'eau! Par ailleurs les abreuvoirs (fontaine si vous êtes ailleurs qu'à Montréal) semblent avoir été totalement évacuées de la tête des aménagistes et autres designers. Comme les arbres, c'est probablement considéré accessoire...


Échangeur Turcot: ça circule magnifiquement!

En 1996 la Place Gérald-Godin a été entièrement refaite. Maintenant ces nouveaux gens affairés, à la sensibilité minérale excessive, veulent déjà la refaire. Réparer, bien sûr, on ne peut être que d'accord, l'usage est effectivement intense. Mais pour cette nouvelle mouture de la place les Chênes rouges gênent le schéma de la circulation, cette abstraction fantasmée, avec comptage de pas perdus sans doute. Cela ne se distingue pas des massives inventions modernistes pour la bagnole. La solution est toujours: du béton! Il faut que ça circule! Vite! Et puis les arbres et l'ombre ça favorise la farniente! Out, les arbres!

Dommage, les arbres commencent tout juste à avoir un peu d'allure. Je ne suis pas sûr qu'on puisse les déménager en criant: Toit vert! ou Culture!

J'ai lu quelques part la rengaine "Une place publique est davantage un lieu de circulation et de rassemblements ponctuels, ce n'est pas un parc de verdure pour se retirer et relaxer." Bon! Après celui sur le bon usage d'un Jardin Botanique, ya maintenant un manuel d'instruction sur le bon usage d'une place publique! Fini la flânerie! Soyez social mais pas trop longtemps! Ça me semble une courte-vue standard de designer: l'observation confirme (si on en avait besoin…) qu'en fait les gens s'assoient à l'ombre (ben oui) des arbres parce qu'ils ont le goût ou le besoin d'une pause à l'ombre. Ils ont le goût de prendre le temps et de discuter ou d'écouter les musiciens. C'est probablement tout un choc pour les concepts abstraits de circulation… ou d'appréciation du patrimoine! Comment arrive-t-on à réduire les humains à des entités sans vie qui passent en nombre abstrait sans besoins physiologiques de base? De l'eau? De l'ombre? Un peu de temps? Vous y pensez?


Une échelle qui convient aux usages actuels. Dans 10 ans ce sera parfait.

On ne veut donc pas d'obstacles ni à la vue ni à la circulation. On le sait, pour les Places, la tendance est à faire plat, comme à la Place d'Armes. À faire plat et enlever les gênants végétaux... les Places c'est du mètre carré signifié par du dallage carré. Idéalement sans ombre. C'est plus mieux. Ça ressemble au dessin.

La place Gérald-Godin fonctionne pourtant très bien il me semble… c'est constamment animé, les gens y prennent une pause et discutent, au soleil ou à l'ombre. Ils ont le choix. Vous voulez mieux? Mettez-y quelques abreuvoirs.
Dans une ville surchauffée, les gens, comme les chevaux, ont, des fois, ... soif! Et ils aiment souffler un brin. Circuler en ville, après tout, c'est passer du béton à l'asphalte, au béton. Puis à une place sans ombre? La ville est déjà bien assez minéralisée. C'est assez réussi. N'ajoutons pas de dallage bon tout juste à faire frire la foule.

Et, de grâce, apprennez-donc à respecter ce patrimoine vivant et signifiant qu'est celui des arbres. Il se construit avec le temps. Donnant tout au long bel ombre et moults glands.




jeudi 3 octobre 2013

Notman: un Jardin Historique 1



Le Jardin Notman il y a quelques années...

L'intérêt patrimonial des maisons bourgeoises du 19e siècle et leur protection n'inclût malheureusement pas les jardins qui les entouraient. C'est une petite charcuterie historique déplorable. La conservation des maisons historiques et leur protection par le Ministère de la Culture devrait inclure par défaut les jardins attenants. Le cas de la Maison Meredith-Notman est assez emblématique de décisions à courte-vue: la maison est protégée mais là ou elle est sise, le jardin, on (re)connaît pas!
 
Cette logique conduira peut-être un jour à déplacer tout simplement les maisons historiques afin de permettre à la spéculation immobilière de librement s'exercer...


Le trait rouge indique l'emplacement de ce jardin.

Heureusement, les temps changent: le patrimoine, ce n'est plus que le minéral! C'est bien beau la pierre grise, mais ya pas que ça! Même nos discours contemporains sur la canopée et les services environnementaux rendus par les arbres gagneraient de richesse à s'intéresser, non seulement au patrimoine vivant actuel, bien sûr, mais aussi au patrimoine vivant historique.

Et c'est ici que ce jardin devient intéressant.


Vue sur le Jardin depuis la rue Milton

Tout au cours du 19e siècle de nombreux essais d'introduction de nouvelles espèces d'arbres ont eu lieu. Si beaucoup de ces arbres sont aujourd'hui disparus, la plupart de ces nouveautés sont en fait aujourd'hui encore présentes et tout simplement oubliées… 

Le Jardin Notman est connu pour les colossaux Érables argentés (Acer saccharinum, Silver maple) que l'on voit bien sur la première photo. Le site est aussi connu pour les Chicots féviers (Gymnocladus dioicus, Kentucky coffee-tree) qui se reproduisent naturellement sur place. Cette dernière espèce est intéressante, à coup sûr, mais il y a bien autre chose que l'on trouve au Jardin Notman.


 Vue sur le Jardin depuis la rue Saint-Urbain.

Pensons au cas intéressant de l'Orme lisse (Ulmus laevis, European white elm) que l'on trouve (inconnu…) au parc La Fontaine ou au parc Jeanne-Mance pas si loin d'ici*. L'Orme lisse a justement été trouvé dans une ruelle pas loin du Jardin Notman. De plus, un échantillon laisse croire qu'il se trouve très probablement sous une forme juvénile dans le Jardin Notman. Il faudra confirmer.

Trouvez à la fin du billet une liste faite à partir d'un échantillonnage imparfait que Charles L'Heureux et moi avons fait il y a quelques mois. L'accès au jardin n'est pas facile...

*Pour rappel, voyez la série de billets sur cet arbre: ici, ici et ici.


 Vue sur le Jardin depuis le boulevard Saint-Laurent.

Par son emplacement le Jardin Notman est représentatif (sous un forme encore à révéler…) d'une époque. Les propriétaires successifs de la maison faisaient partie de l'élite anglophone du 19e siècle. Une des plus importantes caractéristiques des jardins de ces villas était le choix des arbres qui étaient mis en valeur. La présence du Chicot févier est justement emblématique de la volonté d’apparat par le choix d'arbres exotiques, venant de plus au sud (États-Unis ou Ontario) ou souvent européens, qui signalaient le raffinement et le confort matériel.  


La rue Clark: perso j'agrandirerais le Jardin Notman de ce côté...

Tout à côté de la maison Meredith-Notman se trouvait la maison Torrance-Molson (aujourd'hui disparue). Je ne sais pas encore très bien ce que contenait autrefois le Jardin Notman. Par contre le spectaculaire jardin Molson (en 1834) peut nous en donner une idée:

"Dans le jardin de M. Molson on trouve une grande variété de fruits tels que Pêche, Nectarine, Abricot, Pomme, Poire, Prune, Cerise et Raisin. M. Molson a aussi un Arboretum canadien et son jardin est extrêmement bien soigné sous la direction de M. Millan"

Chez les Molson je sais par ailleurs que l'on trouvait un Platane occidental (Platanus occidentalis, American sycamore). Un siècle et demi plus tard nous commençons à  planter à nouveau cet arbre à Montréal... Ces maisons étaient le site d'expérimentation et d'introduction d'espèces que nous redécouvrons aujourd'hui. C'est le cas du résistant et adaptable Chicot févier évidemment. Mais c'est le cas de bien d'autres! 


Cet été au Jardin Notman...

Notre patrimoine arboricole est bien mal connu il me semble. Nous ré-écrivons l'intérêt pour les arbres avec des préoccupations contemporaines: la volonté d'augmenter la canopée pour réduire les îlots de chaleur par exemple. Cela nécessite un catalogue élargi d'arbres résistants en milieu urbain. Nous redécouvrons ainsi des arbres qui étaient à l'essai il y a 100 ou 150 ans... Nous découvrons alors que même les jardins peuvent avoir un intérêt historique et, sauf erreur, nous n'avons aucun jardin du 19e siècle à Montréal.

Alors pourquoi ne pas faire du Jardin Notman un jardin historique typique du 19e siècle? Nous pourrions y avoir des arbres indigènes ou exotiques et des arbres fruitiers extraordinairement variés. Avec l'intérêt renouvelé pour les arbres fruitiers en milieu urbain, ce serait un succès! Assurons-nous toutefois de corriger d'abord la situation: qui a eu l'idée saugrenue de percer le site avec un bout de la rue Clark!?

À la Maison Notman, le Jardin Historique est bien là, à nous attendre. Nous avons une occasion rare de le révéler et de le valoriser.


Liste des espèces ligneuses (arbres, arbustes, etc.) au Jardin Notman

Nous n'avons pas eu accès au jardin proprement dit. Certaines espèces ne peuvent être confirmées, d'autres étaient reconnaissables même de loin. Le rapport d'expertise de 2004 parle de l'If du Canada. Nous pensons qu'il s'agit d'une autre espèce*. La liste est dressé par Charles L'Heureux et Roger Latour.

Cerisier de Virginie, Chokecherry, Prunus virginiana
Cerisier de Virginie, Chokecherry, Prunus virginiana 'Schubert'
Amandier de Chine, Flowering Almond, Prunus triloba
Pommetier, Crabapple, Malus sp.
Chèvrefeuille de Tartarie, Tatarian honeysuckle, Lonicera tatarica
Vigne vierge à cinq folioles, Virginia creeper, Parthenocissus quinquefolia
Frêne rouge, Red ash, Fraxinus pennsylvanica
Lilas commun, Common lilac, Syringa vulgaris 
Chicot févier, Kentucky coffee-tree, Gymnocladus dioicus 
Érable argenté, Silver maple, Acer saccharinum
Érable de Norvège, Norwegian maple, Acer platanoides
Érable négundo, Manitoba maple, Acer negundo
*If commun, English yew, Taxus baccata
ou
*If du Japon, Japanese Yew, Taxus cuspidata
Orme d'Amérique, American elm, Ulmus americana
Orme lisse, European white elm, Ulmus laevis (à confirmer)
Orme rouge, Red elm, Ulmus rubra
(à confirmer)  
Nerprun cathartique, Common buckthorn, Rhamnus cathartica
Épinette bleue, Colorado spruce, Picea pungens
Marronnier d'Inde, Horsechestnut,  Aesculus hippocastanum


Je vous reviens sur ce sujet samedi...

 

samedi 28 septembre 2013

Le collège Gérald-Godin




Tour, moulin à vent?

Je dois donner une visite guidée fin novembre au CEGEP Gérald-Godin, un collège dans l'Arrondissement de L'Île-Bizard-Sainte-Geneviève. Je suis souvent passé devant mais je ne m'y étais jamais arrêté et une visite exploratoire s'imposait. Je ne savais pas que j'y trouverais ce morceau d'architecture de la fin 18e début 19e siècle!

Ce matin j'ai cherché un peu d'information sur cette tour ou moulin (ci-haut) mais sans grand succès… Si c'est un moulin à vent, il n'apparaît pas sur la liste des 18 moulins à vents au Québec (liste PDF ici et ici pour des photos). Tout ce que j'ai pour l'instant c'est le nom du "manoir Pillette" qui était ici autrefois. 


Vue sur l'île Bizard depuis la presqu'île.

Les Pères de Sainte-Croix achètent le manoir en 1887 et installeront plus tard le noviciat des Pères de Sainte-Croix, dessiné par Lucien Parent en 1932. Le collège public s'y installe en 1999 et l'annexe contemporaine (dernière photo du billet) est l'oeuvre du bureau Saucier+Perrotte. 


J'étais accompagné de Barry qui échantillonne ici l'air horizontal du coin.

Le collège est situé sur un beau site avec promontoire donnant sur la rivière des Prairies et l'île Bizard juste en face. Derrière l'édifice on trouve une presqu'île où j'ai fait un inventaire sommaire des arbres et arbustes. Avec quelques belles surprises! (je vais pas vendre la mèche...)



Le centre de la presqu'île est recouvert d'asphalte, j'imagine qu'un terrain de tennis s'y trouvait autrefois. Quelques plantations (en 1999?) ont été faites en accord avec les arbres déjà présents.



Sur le site web du CEGEP aucune mention n'est faite du passé d'institution religieuse des lieux. Ni du reste de son histoire! C'est assez curieux... Sur place toutefois on ne peut guère se tromper: il y a comme des signes religieux en voie de verdissement... cette vigne semble chatouiller l'aisselle du Roi des Juifs... qui reste de pierre.




Un collège à une échelle enviable: 1100 étudiants. Quelle chance! Avec un si beau site qui mériterait une valorisation de son patrimoine historique (religieux et autre) et arboré. Je crois que le propos de ma visite est choisi...





mercredi 25 septembre 2013

Le Chêne pédonculé, espèce naturalisée?




Je sais pas pour vous mais pour ma part je constate que la production de glands par les différentes espèces de chênes a été assez extraordinaire cette année. Bonne récolte quoi! Et les récolteurs, en ville du moins, ce sont les écureuils qui ont tôt fait razzia… Le Chêne rouge (Quercus rubra, Red oak) ci-haut est au métro Mont-Royal où il y a toujours beaucoup de monde sur la place. Les écureuils, habituellement sans gêne, hésitent peut-être un peu d'y aller… les arbres sont donc encore chargés de glands. Quelques autres arbres du quartier n'ont plus un seul gland en branche, depuis longtemps…




Comme le Chêne rouge, le Chêne pédonculé (Quercus robur, English oak) a produit des glands (la photo ci-haut) à la tonne cette année. Vous vous rappelez que nous avons trouvé ce Chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa, Burr oak) qui se reproduisait spontanément (avec l'assistance de quelques écureuils oublieuses) dans une ruelle tout près. Voyez ce billet ici.

Alors que penser de tous ces glands du Chêne pédonculé? L'écureuil en oublie?

Charles L'Heureux me demandait si j'avais déjà vu un Chêne pédonculé  spontané. L'arbre est après tout abondamment planté, habituellement sous sa forme fastigiée. Par ailleurs on sait que l'espèce est naturalisée sur la côte Est américaine mais aussi au Canada: en Ontario et dans les Maritimes. Alors pourquoi pas par ici?

 

Sur la photo ci-haut on voit deux Chênes pédonculés: l'un à l'arrière-plan (pas très visible…) étroit et plus haut est un cultivar fastigié et l'autre à l'avant-plan (on voit son tronc au centre de la photo), tout en rondeur, n'est pas fastigié. Il y a par ailleurs un alignement de quatre ou cinq arbres tout à côté. Mais que penser de ces deux arbres? A-t-on planté ainsi côte à côte, à moins d'un mètre, deux chênes? L'un fastigié et l'autre "normal"? Ou s'agit-il d'un sauvageon, issu d'un gland oublié par un écureuil?

Le cultivar fastigié ne se reproduit pas par les glands, puisqu'une pollinisation croisée donne des glands produisant des individus "normaux", ronds. Le cultivar Chêne pédonculé 'Fastigiata' est en fait une greffe d'une branche d'un individu fastigié (un clone donc) sur un pied d'un arbre issu d'un gland "normal" à cause de la pollinisation croisée.
 
Je ne suis pas certain de pouvoir l'affirmer et je ne sais pas comment le démontrer parfaitement: cet individu est possiblement un Chêne pédonculé spontané. Ce serait un ajout à la flore de Montréal et du Québec...



mercredi 18 septembre 2013

La fin d'un Carolin ou deux…



 (le même arbre en trois temps). Adieu Pachydermes...

Les grands, gros, centenaires Peupliers carolins (Peuplier de Caroline ici) du parc La Fontaine atteignent la fin de leur durée utile… Le mur de l'espérance de vie s'effondre. Deux sont présentement abattus.

S'agissant d'arbres éminemment remarquables, on a eu la prévenance de mettre des affiches et d'expliquer la raison de leur abattage. Il s'agit d'une élémentaire attention de bonne relation publique et, surtout, d'un respect minimal pour la relation des humains et de ces peupliers qui sont présents depuis le tout début du parc. 



L'utilité spéciale des peupliers.

On a pas eu la prévenance d'en planter de nouveaux toutefois! Il y aura malheureusement un grand trou, grand comme la négligence devant l'inévitable. Ces beaux arbres ne vivent pas très longtemps, c'est connu. Planter des peupliers n'est toutefois guère compliqué. Outre les efforts de comm, pour le remplacement, imaginez un peu que l'on ai songé, à faire des boutures (je sais que c'est beaucoup demander…) avec ceux qui sont déjà présents. Nous aurions eu une continuité génétique et historique d'un seul coup! Je sais, c'est beaucoup demander...

On nous dit ce que l'on fait mais il est dommage que ces nouvelles pratiques en matière de communication n'inclut pas une quelconque annonce de ce que l'on fera... Ça aussi ce serait une bonne pratique de communication...



En effet, ce qui sera planté en remplacement est aussi intéressant et signifiant que le trait de peinture orange fatale ou le petit papier plastifié. Voyons un peu ce que nous dit ce dernier:

3. Évaluation des conditions permettant la plantation d'un autre arbre. 

Check! Les conditions sont very excellentes. (temps de réponse: .0001 seconde)

4. Plantation d'un nouvel arbre si les conditions le permettent.  

Check!
 
Euh... ça n'a pas été fait??? (temps de réponse: dix ans de retard…)




La planification des soins et les relations publiques devraient être à la pleine mesure de la relation des humains avec ces arbres, véritables génies des lieux. L'entretien de notre canopée urbaine et le remplacement d'arbres historiques aussi importants dans un parc lui-même culturellement important ne peut donner une impression d'improvisation ou de "pour la suite, on verra"...

Un siècle d'histoire... 


Si ça avait été une maison centenaire, Héritage Montréal ce serait peut-être mêlé de la partie. Mais des peupliers? On s'en fout...




mardi 10 septembre 2013

Le Chêne de Jack




Le grand chêne inconnu

Tôt en février je suis allé avec Charles L'Heureux au parc Westmount pour voir un curieux chêne à côté d'un Chêne bicolore (Quercus bicolor, Swamp white oak). Peut-être était-ce un hybride? Les arbres n'avaient évidemment pas de feuilles et on devait en quelque sorte se fier aux maigres échantillons abimés que l'on trouvait au sol. Ce n'était pas tout à fait suffisant pour identifier ou même clairement distinguer les deux arbres. Une feuille semblait assez différente en effet (voyez-la à la toute fin du billet) mais ce n'était pas satisfaisant.

Trouvez le parc Westmount sur cette carte Google

L'examen des bourgeons des deux arbres du parc me laissait encore plus perplexe. L'un avait bien les bourgeons un peu plus gros, l'autre plus pointus… rien de déterminant! En ce qui regarde les autres caractères (couleur, lenticelles, etc.) toutefois, c'était assez similaire… Il faudra attendre de voir les feuilles et les glands.


Les deux spécimens en question: 1 au Parc Westmount, 2 sur une rue à côté.


Depuis quelques jours sur le Facebook Arbres remarquables et boisés du Québec il y avait une intéressante discussion sur l'identité de cet arbre inconnu. Charles venait de le visiter à nouveau et il avait partagé une photo des feuilles. On indiquait le Chêne chevelu (Quercus cerris, Turkey oak) mais je remarquais que la base des feuilles de ce dernier a de petits lobes de chaque côté du pétiole… Ce n'est pas le cas des feuilles affichées sur le Facebook. Ni de celles que j'allais échantillonner. Je me devais de déterminer l'identité de cet arbre!


Les deux spécimens: 1 au Parc Westmount, 2 sur une rue à côté.


La semaine dernière donc j'ai eu enfin l'occasion de retourner au parc Westmount. La première fois que je suis venu ici c'était pour une conférence devant la Westmount Horticutural Society en 2010. Si vous ne connaissez pas ce parc, allez-y! Quel bel arboretum! Un ensemble de très gros Chênes rouges autour d'un beau bassin, des Crataegus crus-galli (armés! pas comme le médiocre et inaccessible spécimen "inerme" (sans épine) du Parc Lafontaine!) et bien autre chose… dont un Métasequoia… passons…


Au centre: quatre feuilles de l'hybride entre les parents.


En m'y rendant depuis le métro Vendôme je rencontre justement sur une propriété privée un chêne qui a l'air d'un Chêne bicolore mais qui n'en est pas vraiment un… je prends quelques feuilles sans avoir accès aux bourgeons trop hauts et je ne vois aucun gland dans l'arbre ou au sol. Je suis néanmoins bien content de trouver, avant même d'arriver au parc, ce qui semble être un autre spécimen de ce chêne inconnu.

J'arrive ensuite au parc Westmount et devant l'arbre tout en feuille il n'y avait pas de doute: ce n'est pas le Chêne bicolore. Ici aussi je ne vois aucun gland, ni dans l'arbre ni au sol. J'ai donc deux arbres similaires et je ne sais toujours pas ce que ça peut bien être!
    
Mais j'ai des feuilles fraîches...


Mes deux spécimens correspondent assez bien à cette illustration de Hardin, 1975*.


Entretemps la discussion allait bon train sur le Facebook… On remarque justement que les chênes hybrides ne produisent pas toujours, ou peu, de glands. On propose toutes sortes de noms, etc. Quelqu'un propose même un hybride entre le Chêne blanc (Quercus alba, White oak) et le Chêne bicolore. Pour ma part à cause de l'absence des "oreilles" (les petits lobes de chaque côté du pétiole) je savais que ce n'était probablement pas un hybride avec une espèce européenne, Chêne pédonculé (Quercus robur) ou Chêne chevelu par exemple. Voyez l'illustration sur ce billet. Il fallait plutôt chercher du côté des hybrides avec des parents indigènes. La forte ressemblance des rameaux et des bourgeons observés en février indiquait un hybride du Chêne bicolore. Et maintenant la pubescence du revers des feuilles appuyait cette hypothèse. C'est en cherchant de ce côté que j'ai trouvé le nom de cet arbre:

Quercus x jackiana C.K. Schneid. 1904. Chêne de Jack, Jack oak, voilà notre arbre!

Les caractères des feuilles de cet hybride viennent d'un parent et de l'autre. C'est quelque chose comme: le Chêne bicolore détermine le nombre de lobes et le Chêne blanc détermine la profondeur de ceux-ci. Sur ma planche montrant les parents et l'hybride vous constatez que le Chêne blanc a des sinus (le creux entre les lobes qui projettent) profonds, touchant presque la veine centrale, alors que le Chêne bicolore n'a souvent qu'une vague ondulation sur le bord des feuilles avec des sinus peu prononcés. Le Chêne bicolore compte habituellement plus de lobes (ou quasi-lobes…) que le Chêne blanc. Ce dernier est aussi glabre (sans poils ou pubescence) au revers de la feuille si tard en été.



Carte tirée de Hardin, 1975*.


Le Chêne de Jack, c'est une grande rareté! Fait intéressant, cet hybride a été remarqué la première fois près de Châteauguay par un certain Monsieur Jack en 1894 et il a été ensuite formellement décrit par Schneider en 1904. Puis il a ensuite apparemment été oublié... passant probablement pour un drôle de Chêne bicolore jusqu'à ce qu'un certain Monsieur L'Heureux le remarque!

La carte ci-haut nous montre en trait noir la répartition naturelle du Chêne blanc. En grisé c'est la répartition du Chêne bicolore. Les points noirs indiquent où on a trouvé l'hybride. Par la flèche rouge j'indique la localisation du premier arbre trouvé à Châteauguay.


La feuille de février.

Sans même parler du deuxième Chêne de Jack (très possiblement) que j'ai trouvé dans les parages, il nous reste à expliquer la présence de ce vieil arbre au parc Wesmount! Y a-t-il été planté? Le site était une terre boisée, traversée de vallons et ruisseaux lorsqu'on en a fait l'acquisition en 1898. Peut-être que notre Chêne de Jack était déjà là? C'est déjà un spécimen rarissime et en plus il y serait chez lui, naturellement? Un vestige d'une forêt disparue?

Assez fascinant!
 

Je suis en total accord avec Charles sur ce point: les arbres de nos parcs sont mal connus et peu valorisés! Nous avons un patrimoine architectural bien défendu qui ne manque pas de place dans les médias. Les parcs et autres espaces verts trouvent toujours des gens prêts à les protéger. Le riche patrimoine vivant et historique des arbres lui...


*Hardin, James W. Hybridation and introgression in Quercus alba. Journal of the Arnold Arboretum. Vol. 56. 1975.


samedi 24 août 2013

En descendant Saint-Dominique




Coin Napoléon.

La rue Saint-Dominique s'entend. Parallèle et tout juste à l'Est du Boulevard Saint-Laurent (la Main, en anglais, pour les Montréalais) cette rue compte toutes sortes de petits trésors.


Coin Prince-Arthur.

C'est l'arrière-cour, le dos délaissé de la grande rue commerciale dans le coin. On y trouve pas mal de stationnements et l'ensemble a un air négligé.


 Dans la côte, au sud de Sherbooke.

Les lieux négligés sont justement la prédilection des mauvais arbres urbains! On trouve alors des petits bosquets ou presque-boisés depuis la rue Duluth jusqu'au Chinatown où j'allais hier.

 
 Au sud de Ontario.

Derrière ce petit boisé sauvage on a planté des conifères. Dans ceux tout à gauche il y avait une vingtaine de moineaux domestiques. Tous bien calmes et à l'abri. Un refuge pour cette espèce qui se fait rare en ville.


Près de Maisonneuve.

Il y avait aussi quelques potagers installés le long des clôtures et des stationnements.







Au sud de René-Lévesque.

J'approche de ma destination. Et je trouve encore des arbres spontanés, régulièrement placés au périmètre de ce stationnement à l'entrée du Chinatown. Un ami m'interroge justement sur l'origine des haies en milieu urbain. En voici un cas, même si la haie est bien minimale... nous sommes au centre-ville après tout... la minéralisation atteint les 95%...

En résumé: les arbres ci-haut font trois des quatre côtés du parking. Aucun n'a été planté. Autour de cet endroit il y avait une clôture basse en bois autrefois. Le vent a poussé les graines de frênes rouges, ormes de Sibérie, érable negundo, peupliers deltoïde ou Carolin (les seules espèces immédiatement présentes dans les environs) contre cet obstacle, parmi les débris ou dans la fente entre le bitume et le béton du trottoir. Les graines germent. L'hiver on déblaie la neige en évitant la clôture ou l'été l'entretien (ou la tondeuse ou l'inattention) évitent aussi la même clôture. Comme ce sont des arbres à croissance rapide, nous avons vite toute une plantation... à peu de frais...


Au sud de René-Lévesque.

 ... à peu de frais mais avec beaucoup de fraîcheur! Service de la flore spontanée, des mauvais arbres urbains. Laissés à eux ces arbres feront tout doucement du sol avec la décomposition des feuilles chaque année. Avec le temps l'asphalte se désagrégera, découvrant encore plus de sol et ce verdissement se complexifiera, d'autres espèces végétales arrivant par le vent et les oiseaux...

Ces bosquets ou ces haies hyper-minimalistes spontanés sont une co-production. Les processus spontanés de la biodiversité ont rencontré nos soins ou absence de soins de nos installations et infrastructures.

Ce n'est guère différent de la génération des haies en milieu agricole! Les espèces seront toutefois différentes puisque la source des graines sera les boisés naturels des environs. Aux limites des soins et besoins de l'agriculteur, le long du chemin ou d'un fossé, les haies s'installent. Avec le temps elles gagnent en densité, seule possibilité de croissance vu le travail ou le passage des humains de chaque côté...


J'ai été absent du blogue à cause de différents projets et surtout de la rédaction d'un document visant l'aménagement minimal du Champ des Possibles. Il s'agissait d'une adaptation de ce livre en préparation: Le Bocage Urbain. Il n'est pas facile de résumer un livre qui n'est pas encore terminé! Mais voilà je crois que c'est pas trop mal. Enfin si jamais vous vouliez une copie de ce document expliquant l'usage de la haie comme forme paysagère pour la biodiversité en milieu urbain, écrivez-moi à l'adresse courriel qui apparaît dans la colonne de droite.