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jeudi 3 octobre 2013

Notman: un Jardin Historique 1



Le Jardin Notman il y a quelques années...

L'intérêt patrimonial des maisons bourgeoises du 19e siècle et leur protection n'inclût malheureusement pas les jardins qui les entouraient. C'est une petite charcuterie historique déplorable. La conservation des maisons historiques et leur protection par le Ministère de la Culture devrait inclure par défaut les jardins attenants. Le cas de la Maison Meredith-Notman est assez emblématique de décisions à courte-vue: la maison est protégée mais là ou elle est sise, le jardin, on (re)connaît pas!
 
Cette logique conduira peut-être un jour à déplacer tout simplement les maisons historiques afin de permettre à la spéculation immobilière de librement s'exercer...


Le trait rouge indique l'emplacement de ce jardin.

Heureusement, les temps changent: le patrimoine, ce n'est plus que le minéral! C'est bien beau la pierre grise, mais ya pas que ça! Même nos discours contemporains sur la canopée et les services environnementaux rendus par les arbres gagneraient de richesse à s'intéresser, non seulement au patrimoine vivant actuel, bien sûr, mais aussi au patrimoine vivant historique.

Et c'est ici que ce jardin devient intéressant.


Vue sur le Jardin depuis la rue Milton

Tout au cours du 19e siècle de nombreux essais d'introduction de nouvelles espèces d'arbres ont eu lieu. Si beaucoup de ces arbres sont aujourd'hui disparus, la plupart de ces nouveautés sont en fait aujourd'hui encore présentes et tout simplement oubliées… 

Le Jardin Notman est connu pour les colossaux Érables argentés (Acer saccharinum, Silver maple) que l'on voit bien sur la première photo. Le site est aussi connu pour les Chicots féviers (Gymnocladus dioicus, Kentucky coffee-tree) qui se reproduisent naturellement sur place. Cette dernière espèce est intéressante, à coup sûr, mais il y a bien autre chose que l'on trouve au Jardin Notman.


 Vue sur le Jardin depuis la rue Saint-Urbain.

Pensons au cas intéressant de l'Orme lisse (Ulmus laevis, European white elm) que l'on trouve (inconnu…) au parc La Fontaine ou au parc Jeanne-Mance pas si loin d'ici*. L'Orme lisse a justement été trouvé dans une ruelle pas loin du Jardin Notman. De plus, un échantillon laisse croire qu'il se trouve très probablement sous une forme juvénile dans le Jardin Notman. Il faudra confirmer.

Trouvez à la fin du billet une liste faite à partir d'un échantillonnage imparfait que Charles L'Heureux et moi avons fait il y a quelques mois. L'accès au jardin n'est pas facile...

*Pour rappel, voyez la série de billets sur cet arbre: ici, ici et ici.


 Vue sur le Jardin depuis le boulevard Saint-Laurent.

Par son emplacement le Jardin Notman est représentatif (sous un forme encore à révéler…) d'une époque. Les propriétaires successifs de la maison faisaient partie de l'élite anglophone du 19e siècle. Une des plus importantes caractéristiques des jardins de ces villas était le choix des arbres qui étaient mis en valeur. La présence du Chicot févier est justement emblématique de la volonté d’apparat par le choix d'arbres exotiques, venant de plus au sud (États-Unis ou Ontario) ou souvent européens, qui signalaient le raffinement et le confort matériel.  


La rue Clark: perso j'agrandirerais le Jardin Notman de ce côté...

Tout à côté de la maison Meredith-Notman se trouvait la maison Torrance-Molson (aujourd'hui disparue). Je ne sais pas encore très bien ce que contenait autrefois le Jardin Notman. Par contre le spectaculaire jardin Molson (en 1834) peut nous en donner une idée:

"Dans le jardin de M. Molson on trouve une grande variété de fruits tels que Pêche, Nectarine, Abricot, Pomme, Poire, Prune, Cerise et Raisin. M. Molson a aussi un Arboretum canadien et son jardin est extrêmement bien soigné sous la direction de M. Millan"

Chez les Molson je sais par ailleurs que l'on trouvait un Platane occidental (Platanus occidentalis, American sycamore). Un siècle et demi plus tard nous commençons à  planter à nouveau cet arbre à Montréal... Ces maisons étaient le site d'expérimentation et d'introduction d'espèces que nous redécouvrons aujourd'hui. C'est le cas du résistant et adaptable Chicot févier évidemment. Mais c'est le cas de bien d'autres! 


Cet été au Jardin Notman...

Notre patrimoine arboricole est bien mal connu il me semble. Nous ré-écrivons l'intérêt pour les arbres avec des préoccupations contemporaines: la volonté d'augmenter la canopée pour réduire les îlots de chaleur par exemple. Cela nécessite un catalogue élargi d'arbres résistants en milieu urbain. Nous redécouvrons ainsi des arbres qui étaient à l'essai il y a 100 ou 150 ans... Nous découvrons alors que même les jardins peuvent avoir un intérêt historique et, sauf erreur, nous n'avons aucun jardin du 19e siècle à Montréal.

Alors pourquoi ne pas faire du Jardin Notman un jardin historique typique du 19e siècle? Nous pourrions y avoir des arbres indigènes ou exotiques et des arbres fruitiers extraordinairement variés. Avec l'intérêt renouvelé pour les arbres fruitiers en milieu urbain, ce serait un succès! Assurons-nous toutefois de corriger d'abord la situation: qui a eu l'idée saugrenue de percer le site avec un bout de la rue Clark!?

À la Maison Notman, le Jardin Historique est bien là, à nous attendre. Nous avons une occasion rare de le révéler et de le valoriser.


Liste des espèces ligneuses (arbres, arbustes, etc.) au Jardin Notman

Nous n'avons pas eu accès au jardin proprement dit. Certaines espèces ne peuvent être confirmées, d'autres étaient reconnaissables même de loin. Le rapport d'expertise de 2004 parle de l'If du Canada. Nous pensons qu'il s'agit d'une autre espèce*. La liste est dressé par Charles L'Heureux et Roger Latour.

Cerisier de Virginie, Chokecherry, Prunus virginiana
Cerisier de Virginie, Chokecherry, Prunus virginiana 'Schubert'
Amandier de Chine, Flowering Almond, Prunus triloba
Pommetier, Crabapple, Malus sp.
Chèvrefeuille de Tartarie, Tatarian honeysuckle, Lonicera tatarica
Vigne vierge à cinq folioles, Virginia creeper, Parthenocissus quinquefolia
Frêne rouge, Red ash, Fraxinus pennsylvanica
Lilas commun, Common lilac, Syringa vulgaris 
Chicot févier, Kentucky coffee-tree, Gymnocladus dioicus 
Érable argenté, Silver maple, Acer saccharinum
Érable de Norvège, Norwegian maple, Acer platanoides
Érable négundo, Manitoba maple, Acer negundo
*If commun, English yew, Taxus baccata
ou
*If du Japon, Japanese Yew, Taxus cuspidata
Orme d'Amérique, American elm, Ulmus americana
Orme lisse, European white elm, Ulmus laevis (à confirmer)
Orme rouge, Red elm, Ulmus rubra
(à confirmer)  
Nerprun cathartique, Common buckthorn, Rhamnus cathartica
Épinette bleue, Colorado spruce, Picea pungens
Marronnier d'Inde, Horsechestnut,  Aesculus hippocastanum


Je vous reviens sur ce sujet samedi...

 

samedi 31 août 2013

Le coeur de la haie


Je pars en excursion. 



Cette curieuse expérience d'avoir planté des conifères dans des bacs en béton fait le caractère particulier de la rue Duluth. Et on y ajoute chaque été de la décoration: que ferions-nous sans les éternelles impatientes... Je passe par ici à tous les jours et c'est maintenant que les patates douces (Ipomoea batatas, Sweet potato) atteignent tout juste leur débordement, et révèlent leur luxuriante tropicalité.  À la toute fin de la saison... à temps pour les ranger, quoi! Une alternative (je le répète): mettez-y des Vignes du rivage! (Vitis riparia, River Bank Grape). C'est une espèce vivace, résistant à tout et produisant des petits raisins... Côté luxuriance, elle n'a rien à envier à la patate, aussi douce soit cette dernière... La Vigne des rivages est indigène, vivace, non-gélive et utile aux oiseaux. On ferait des économies en plus...  

Avançons...


 
Note: Faut pas que j'oublie d'aller inspecter cette ruelle "verte", volontairement verdie avec effort citoyen et dépense. Qu'en reste-il? La flore spontanée semble avoir remplacé les herbacées qu'on y avait planté. Sans soins assidus c'est inutile.



Coin avenue du Parc. On le plante en masse: le Chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa, Bur oak). Espèce magnifique, naturellement présente dans la région, adaptable à tous les sols et supportant l'environnement urbain. Étonnant de voir ces jeunes sujets (plantés il y a un an ou deux sur l'avenue des Pins) qui produisent déjà des glands. Ils sont les plus gros (cela a peut-être inspiré le nom de l'arbre?) et sont très reconnaissables à la frange qui borde la cupule portant le gland.



Explorant les coins et recoins urbains, j'aperçois au loin la belle cime ci-haut (hum... cime ci-haut... est-ce assez euphonique?). Quel est ce grand arbre?

 

Surprise! C'est un très beau Chicot févier (Gymnocladus dioicus, Kentucky coffeetree) au long fût, un peu inhabituel. L'arbre porte des branches basses normalement. Celui-ci non et il fait au-delà de vingt mètres, ce qui est pas mal du tout pour l'espèce. 

Je vous le montre de deux points de vue, également élégant sous toutes les coutures. Quel gracieux feuillage. Les feuilles de l'arbre sont énormes: elles font jusqu'à 60 x 90 cm. Je crois bien en avoir prise une qui faisait un peu plus...



La voici cette feuille géante. Il n'y a qu'un seul point d'attache du pétiole sur la branche: ceci est bien une seule feuille. On dit: feuille doublement composée ou composée-bipennée. À partir du pétiole central, des rachis portent des folioles sur des pétiolules. C'est évident! La feuille ci-haut fait 90 cm justement. Pas facile à photographier! Feuille au plancher, moi perché dans l'escabeau...



Toutes ces déambulations, pourquoi donc? 

Je venais revisiter le réservoir McTavish sous l'actuel Parc Rutherford. La façade rocheuse ci-haut résulte de la coupe du piémont pour creuser le réservoir vers 1850. Vers 1950 on recouvre le réservoir et ça nous a donné ce parc. On y fait actuellement des travaux et on a "régularisé" la "falaise". Bien des arbres y sont passés… Ceux qui restent ont les racines exposées... Disons qu'on en a pas pris grands soins. Il y avait ici entre autres des sorbiers (Sorbus americana, Sorbier d'Amérique) perchés sur le roc. Very romantic. Disparus! Dommage, ces derniers étaient trop bien à leur place. Le nom anglais de cet arbre est Mountain ash, cela lui rend très bien justice. 

Coincés entre le sommet de la falaise et l'avenue des Pins derrière, ces arbres forment un boisé linéaire. C'est une haie urbaine selon ma propre définition. En milieu anthropique sa diversité est d'origine complexe, avec quelques aspects intéressants. Tout d'abord
le lien avec la montagne est évident. Certaines de ses espèces fruitières ont probablement migré ici. 

Mais il y a aussi d'autres fruits...



Malgré le ciel couvert et les nuages menaçant derrière la montagne, il faisait très chaud, je n'étais sorti que pour une heure, une heure et demi croyais-je, je n'avais pas apporté d'eau. Je suis sur la route depuis plus de deux heures maintenant. Alors la soif. La soif et un petit creux. 

Justement, les haies ont habituellement des pommiers,  peut-être est-ce même un élément nécessaire, constitutif... Je suis déjà venu, je savais qu'il y en avait ici. Des pommes? J'en ai trouvé, juteuses et délicieuses en plus! Tout va mieux.

En campagne, comme en ville, le long du chemin (ou du trottoir...), le promeneur croque sa pomme puis sème ainsi le coeur de la haie... 

Merci au promeneur qui m'a précédé!

 



samedi 1 juin 2013

Brèves de juin




Sous les robiniers faux-acacias, prendre une douche de parfum... Ah! Juin!



Je vous montrais hier (ici) les fleurs du Nerprun cathartique qui sont doucement parfumées. Luc Lavoie (lecteur du blog et chasseur d'arbres) sait tirer partie de cet arbre indésirable et lui trouve une autre qualité: il en fait des cuillères en bois de nerprun!



Et il fait cuillères de tous bois! Et des paniers et des belles photos, chassant les arbres sur l'île de Montréal. Trouvez ses sites ici:





Je suis repassé voir le spécimen de l'Orme liège sur l'avenue du Parc.  The proof is in the pudding, dit-on, il me faut des samares. La dernière fois je n'avais trouvé aucune samare et c'était assez décevant. L'arbre par TOUS ses caractères était Ulmus thomasii: branches couvertes de liège noir épais, forme des feuilles et de leurs dents, et même les restes de l'inflorescence qui était bien un racème...

Cela assure à 99,9999% l'identité de l'arbre... mais avec les samares, plus aucun doute n'est permis.

Voyez ces autres billets sur le même spécimen:



Bon weekend!

 

mardi 28 mai 2013

Robinier de rue




M'en allant direction le mont Royal et le parc Jeanne-Mance j'ai été un peu surpris: on a planté ces arbres coin Duluth/Clark l'année dernière et il me semble que c'est bien tôt cette floraison rose?



L'arbre est nommé Robinia pseudoacacia 'Purple Robe'. D'après mes observations les fleurs de l'espèce Robinia pseudoacacia n'ouvrent que bien plus tard, fin juillet-début août (j'ai noté le 12, mais c'est peut-être atypique). L'espèce proprement dite (pas ce cultivar rose) est naturalisée et on la trouve un peu partout dans les friches. Elle produit de beaux racèmes de fleurs blanches parfumées visitées par les abeilles. Sur des terrains privés ou publics où on cultive l'arbre de la famille des Fabacées, il n'est pas rare de trouver des sauvageons autour.



Robinia pseudoacacia 'Purple Robe' est peut-être un hybride avec Robinia hispida (Acacia rose, Rose locust) originaire du Sud-Est des États-Unis. Si c'est le cas le nom Robinia pseudoacacia 'Purple Robe' n'est pas le bon et est botaniquement invalide. Ce serait plutôt Robinia x margaretta Ashe. En horticulture les plantes perdent souvent leur pedigree et les conventions de nomenclature ne sont pas toujours respectées. 



Notons qu'en botanique toujours, hispida (hispide) veut dire: "couvert de poils rudes" et que le racème de l'inflorescence de notre 'Purple Robe' est justement pubescent. Ce n'est pas le cas avec Robinia pseudoacaccia: ils sont glabres. Avec la floraison hâtive, c'est peut-être une indication de l'origine hybride de notre arbre.

Quoiqu'il en soit contre ce magnifique ciel bleu fin mai-début juin, le plus beau qui soit, l'effet est assez charmant, non?



vendredi 12 avril 2013

Chicot févier, Gymnocladus dioicus



Gymnocladus dioicus, Chicot févier, Chicot du Canada, gros févier, caféier du Kentucky, Kentucky coffeetree






Cet un arbre très distinctif autant par son écorce (surtout quand il est jeune), ses immenses feuilles bipennées (jusqu'à presqu'un mètre!) que ses grosses et dures gousses qui passent l'hiver sur l'arbre. C'est comme ça que je l'ai photographié hier. Alors que ces gousses faisaient des clocs! en tombant sur le trottoir et une bagnole*...






Littéralement Gymnocladus veut dire "branche nue", et dioicus signifie "dioïque", c'est-à-dire que l'espèce compte des arbres qui sont soit mâles, soit femelles. Ce sont ces derniers qui porteront les grosses gousses qui passent l'hiver au bout des branches. Il est de plus en plus planté car il supporte bien le milieu urbain. Il n'est pas indigène ici mais il l'est tout au sud en Ontario.

 
Il est de la même famille que les pois: celle des Fabacées avec d'autres arbres comme le Robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) ou le Févier épineux (Gleditsia triacanthos) mais les racines ne portent pas de nodules permettant la fixation de l'azote. Évidemment tous ces arbres font des gousses qui portent les graines comme une cosse de pois. Ils sont alors plus ou moins désirables...






Comme le nom anglais (Kentucky coffeetree) le suggère on faisait rôtir les gousses et les graines qui fournissaient un succédané au café. Les feuilles et les fruits contiennent de la saponine, une molécule toxique pour les insectes, cela explique que l'arbre ne connaît pas de ravageur. Un usage ethnobotanique de la saponine est pour la pêche: il s'agit d'un toxique pour les animaux à sang froid et si l'on jette à l'eau de grandes quantités de fruits les poissons seront tués, prêts à être ramassés. 


Les gousses suspendues au bout des branches font en effet penser à des appâts au bout d'un fil de pêche. Si vous marchez sur le trottoir à la recherche du printemps ne vous faites pas attraper!



*On développe évidemment des cultivars mâles ('Expresso', 'J.C. McDaniel' et 'Stately Manor') qui ne risque pas de tambouriner sur les automobiles...



jeudi 20 septembre 2012

Mon bel acacia (FFU-2012)


Un billet sensible de Sylvie Camusat, venue visiter sa famille et le Champ des Possibles à Montréal cet été. Elle nous parle d'un (arbre) américain à Paris...






Derrière l'église Saint-Julien-Le-Pauvre à Paris,  le square René Viviani. On trouve les sculptures de Georges Jeanclos (1933-1997) artiste aux oeuvres délicates. Un humaniste, éclairé par le boudhisme zen... A deux pas, peut-être le plus vieil arbre de Paris.  Un robinier ou faux-acacia du nom de Jean Robin (1550-1629) botaniste du roi Henri IV qui introduit l'espèce (cousine des pois potagers) en France. Un specimen est aussi planté Place Dauphine en 1601. Il donnera quelques rejets avant de s'éteindre...  Un second est toujours en vie au Jardin des Plantes (planté en 1636).






Je passe régulièrement au Square Viviani, histoire de m'assurer que tout va bien et pourquoi pas, essayer d'assurer la relève en trouvant quelques graines... 






Caresser les méandres de son écorce rugueuse m'emmène toujours si loin... Cinq siècle de vie sous la main, pas moins…



Que n'a-t-il vu?       

 


Voyez aussi les Arbres remarquables de Paris

samedi 12 mai 2012

Vents roses




Départ sur avenue du Parc avec une belle vue du mont Royal en printemps.



Un vent vibrant contrariait mes efforts d'échantillonneur de photons et le fond de l'air était frais comme on dit. Sur les trottoirs tout le monde était bien heureux de ce soleil sur beau ciel (tout le monde était chaudement habillé quand même...)






C'est toutefois le temps des lilas et du muguet et le printemps fait un effort en secouant tout le paysage, question de chasser le dernier souffle d'iceberg. Reste-t-il un pervers ubac à pulvériser?




Cercis canadensis, Gainier rouge, Gainier du Canada, Arbre de Judée, Redbud


Le printemps a un arbre pas commun à fleurir. Il s'agit du Gainier rouge qu'un responsable d'horticulture assez original a planté ici. 4 ou 5 arbres des deux côtés de la rue "l'arbre de sous-étage en forêt" fleurissant bien même à l'ombre.




L'arbre produit curieusement des fleurs sur le tronc et les branches



En passant dit-on fleurs bleues ou fleurs bleu? Des lis blancs et rose ou blanc et roses? "L'accord des couleurs est loin d'être simple en français", parce que "l'adjectif peut être un nom commun pris adjectivement". Étourdissant ! C'est presque dire que le canard est un poisson de surface. Le canard est orange! Voilà!


Notre arbre a-t-il des fleurs roses et blancs ou rose et blanches, blanches-rose? Je n'irai pas plus loin sur le sujet, ne voulant pas trop distraire (et ayant surtout besoin d'un autre café...)






Farrar dit aussi que l'arbre, qui n'atteint que 8 m, est probablement est indigène au Canada : sur l'île Pelée dans le lac Ontario. Comme c'est le point le plus au sud de l'Ontario et du Canada c'est de justesse qu'il serait indigène… L'épithète canadensis (donné par Linné) s'appliquait autrefois au sens large. Cette espèce aurait peut-être été mieux nommée virginiensis ou carolinensis... ventres bleux!






C'est toutefois le temps des lilas et du muguet et le printemps fait un effort: Le Gainier rouge en est le plus bel exemple!





lundi 7 mai 2012

Paradis Samedi





Le premier lecteur à identifier cet arbre gagne le titre de premier lecteur à avoir identifié xxxxxx. La gloire est souvent affaire ordinaire. Les fleurs ouvriront aujourd'hui ou demain?




Le petit arbre plutôt discret durant l'été est totalement visible au printemps. L'amandier de Chine (Prunus glandulosa) se révèle assez commun et on comprend pourquoi!





La jardinière était bien fière de son arbre et souriait sans cesse le temps que je fasse quelques clichés. Glorieuse floraison!





Comme nous ne sommes pas loin de l'Hôpital Hôtel-Dieu, où on a installé des ruches, voici une abeille à miel (Apis mellifera) sur l'amandier. Un bourdon est aussi passé.





Je savais que les écureuils gris (Sciurus carolinensis) aimaient les bourgeons mais je ne les avais pas encore vu bouffer avec pareil empressement des boutons de fleurs de ce Prunus non-identifié. Sur cette photo tout juste passable (je suis pas photographe de sport...) on voit bien l'écureuil de gauche avec un bourgeon floral dans la patte. Les deux animaux se pourchassaient dans l'arbre de branche en branche, s'arrêtant une demi-seconde pour arracher une fleur, la porter à la bouche... puis une autre, et une autre. Tout ce que j'arrivais à voir c'était une petite pluie de pétales, comme si les rongeurs ne consommaient que le coeur de la fleur, où se trouve le nectar et rejetaient le reste.





Samedi, nous étions tous au paradis.




mercredi 2 novembre 2011

Ruisseau, chêne, nerprun et soja?





Ce jeune chêne avec une branche au-dessus d'un ruisseau. Où sommes-nous donc? Je suis allé inspecter le boisé du parc Marcel-Laurin.



Où une guerre est livrée contre les nerpruns... qui repousse et repousse...



J'ai aussi été étonné par la culture de Glycine max (le soja…) à ville Saint-Laurent sur l'île de Montréal.


Bientôt sur votre écran... un autre reportage! Y aura des aubépines et un oiseau! Maintenant je dois me préparer pour une autre sortie (tandis qu'il fait si beau dans le coin!)





mardi 9 août 2011

256 pouces carrés de biodiversité 3



Vue d'ensemble du micro-habitat de l'attrape-plantes le 12 juillet.


Je vous ai donc laissé le 13 juillet avec une suite à venir qui ne venait pas… le temps passe vite et j'ai toujours mille autres choses à faire. Les deux précédents billets* ont eu pas mal de lecteurs, je vous remercie tous! Surtout pour votre patience. Il n'est pas facile de reprendre le fil de la narration. Certaines observations n'ont pas été notées et les détails fuient, ce qui n'aide pas du tout! Acceptez donc mes plates excuses pour mes approximations et mon retard à vous parler à nouveau de la biodiversité d'un très petit monde géant : l'attrape-plantes de mon balcon. Allons-y.


Malgré l'intensité de la "récolte", constante pression des nombreuses espèces de guêpes prédatrices, la population du puceron n'avait cessé de croître. Il n'y avait plus ce matin (12 juillet) aucune plante de luzerne lupuline qui soit verte! Toutes sont déséchées, mortes. C'est l'équivalent microscopique du destin de l'île de Pâques! Comme les humains Polynésiens, les pucerons ne connaissent pas le développement durable… Après cette coupe à blanc ils sont déjà partis par les airs et ont trouvé une autre colonie de luzerne. La luzerne de mon attrape-plante, elle, grâce à son nectar qui attira de petites abeilles a de nombreux fruits en maturation. Pas de doute de ce côté, elle sera de retour. En attendant les autres espèces de plantes auront enfin de la lumière et pourront se développer. Une autre écologie est en préparation et ce sont les abeilles qui s'en occupe… qui d'autre?



Vue rapprochée : la luzerne lupuline complètement ravagée par les petits vampires pucerons.


Tout ce temps donc, en parallèle de toute cette orgie de prédations, les abeilles faisaient leurs trucs : boire du nectar ou amasser du pollen. Ce faisant elles pollinisaient les fleurs qui nous referont ce champule (néologisme pour ce petit champ…) de luzerne.


Je ne peux identifier que peu de ces nombreuses petites abeilles et ce sont plutôt leurs comportements généraux que mes trop rapides observations ou les mauvaises photographies qui le permettent. Déjà si une abeille amasse du pollen on peut savoir à quelle famille elle appartient. Et son sexe. Ce sont les femelles qui amassent le pollen pour nourrir les larves. Les mâles se contentent de picoler un max de nectar… ce qui exige beaucoup d'énergie et donne encore plus soif… Puis il faut noter où l'abeille accumule le pollen sur son corps? En paquet plus ou moins compact sur les pattes? Ou en tapis recouvrant tout le dessous de l'abdomen? Cela permet de s'approcher de la sous-famille ou peut-être même du genre. Ensuite si par chances quelques photos sont assez nettes pour montrer certains infimes caractères morphologiques on peut (si les dieux sont avec nous…) donner un nom à la sympathique petite abeille.



Une abeille Andrène sur la potentille. Elle ne s'intéressait pas à la luzerne lupuline.


Il y a donc les petites guêpes noires (PGN, voir le billet précédent sur le sujet) et maintenant nous avons les petites abeilles noires (PAN), toute une biodiversité au-delà de nos perceptions grossières. Les PGN et les PAN se comptent pourtant par centaines… toutes différentes. Et équitablement non-vues… Les PAN et les autres abeilles qui ne nous font pas du miel participent pourtant au même titre que notre sucreuse préférée à la pollinisation de ce que nous cultivons et des fleurs sauvages. En fait de biodiversité ce sont les PAN qui sont les grandes (les petites…) discrètes besogneuses, pas l'abeille domestique…

Un bourdon (Bombus sp.) est aussi passé en patrouille à quelques reprises, sans trop s'attarder. Les généreuses petites fleurs de la luzerne lupuline offrent amplement de nectar... pour de plus petites abeilles. Mais pas assez pour d'aussi grosses bêtes. Ce sont au moins trois espèces d'abeilles de petites tailles qui visitent régulièrement le petit jardin suspendu. En voici deux :

D'abord Andrena sp. (sur la photo plus haut). Elle arrivait puis chassait les autres (plus) petites abeilles lorsqu'elles se rencontraient sur les fleurs de potentille. Comme beaucoup d'abeilles indigènes (l'abeille à miel est une importation faut-il rappeller) les Andrènes sont actives plus tôt le matin ou au printemps. Elles ont après tout évolué dans le climat d'ici et sont moins sensibles au froid. Ces abeilles Andrènes se ressemblent beaucoup entre elles et ne sont pas faciles à identifier. Les experts en abeilles affirment que ça prend un plus grand expert pour l'identification… Je passerai donc mon tour.



Hylaeus leptocephalus (lepto, céphale : tête étroite)


J'ai eu de la chance pour l'identification de cette petite abeille. Ce sont les marques blanches sur la face qui m'ont rapidement mis sur la piste des Colletidées. En Amérique du Nord on en compte environ 150 différentes espèces dans cette famille. Il s'agit de Hylaeus leptocephalus et on la confond facilement avec certaines guêpes. Et c'est une femelle, les marques faciales du mâle sont plus grandes, elles sont fusionnées et lui donnent une face toute blanche. À 5 ou 6 mm la femelle est peu plus grande que le mâle (4-6 mm).

Cette abeille est une pollinisatrice spécialisée (on dit oligolectique ou oligolecte). Ce sont les fleurs de la famille des Fabacées (trèfles et autres) mais  surtout les Melilotus (mélilots) qui l'intéressent. Les fleurs de la luzerne lupuline sont à peu près de la même taille. À petite fleur, petite abeille. Elle ne récolte pas de pollen c'est le nectar qui la branche. L'espèce viendrait en fait d'Europe.


À gauche, sur la luzerne lupuline, une buveuse de nectar qui n'amasse pas de pollen. À droite sur la potentille une buveuse de nectar et amasseuse de pollen. Ce sont deux espèces de PAN différentes.


Dans les photos de ce billet il y quatre espèces d'abeilles et mes dizaines d'autres photos en cachent probablement une ou deux de plus. De plus je n'ai tout simplement pas réussi à photographier certaines autres abeilles, une Osmie je crois entre autres. Mais la rencontre de ces belles petites butineuses valait les quelques brefs instants ou je sortais sur le balcon pour voir ce qui se passait, qui venait par ici? Vous allez sourire : une de ces petites me rendait bien ma curiosité et c'était singulier de la voir à travers mon objectif macro tourner sa petite tête pour mieux voir la grande tête de la grande bête qui vivait (avec son appareil-photo) sur ce balcon. Elle était bien occupée et semblait prendre un instant pour me rendre mon regard curieux. Je n'ai pas la moindre idée de ce que peux bien penser une abeille de 5 mm. Mais je suis certain de l'avoir vu me faire un clin d'oeil! 


Je ne vous dis pas à demain pour le dernier billet de cette série. Mais dans quelques jours (il est déjà à moitié fait) vous aurez la conclusion du compte-rendu d'un autre safari sur place de l'inspecteur des mauvaises herbes.


Ciao!






*Les autres billets de la série:

256 pouces carrés de biodiversité 1
256 pouces carrés de biodiversité 2