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samedi 27 juillet 2013

Verdissement et biodiversité


C'est le temps des mi-vacances de blog, mes billets sont plus rares...


Le vélo c'est vert. Très vert. Mais ce poteau est placé trop près de la plantation.

Dans l'arrondissement où j'habite on procède à toutes sortes d'aménagements visant à sécuriser ou favoriser un tant soit peu la circulation des vélos et des piétons. Ces rétrécissements de la rue par l'élargissement des trottoirs (comment appelle-t-on ces trucs? Des pince-bitume? Des oreilles de trottoir?) sont efficaces afin de ralentir un peu la bagnolitude et de donner un champ de vision idéal aux conducteurs. De plus le piéton aura moins long à marcher sur la chaussée. On grignote un peu de l'espace extravagant que nécessite toutes nos automobiles et on le distribue à d'autres fonctions, d'autre usagers.


Design irréfléchi: de l'autre côté, on a prévu le coup? Ou c'est par hasard?

Ces oreilles de trottoir se multiplient un peu partout, souvent près des écoles, comme c'est le cas ici au coin de la rue Drolet et Roy. À deux pas de chez moi. Les bienfaits de ces micro-aménagements sont assez nombreux il me semble: on en profite aussi pour faire des micro-espaces verts. C'est bon! Côté design par contre, il y a encore un peu d'effort à faire... C'est vite fait et pas cher mais côté attention au détail, faudra repasser! Constatez sur ces photos qui montrent que le seul choix de l'emplacement d'un poteau (truc à accrocher un vélo inévitablement...) devient une cause de dommage à la végétation.


Que dire contre la verte vertu?

Un des bons points soulignés c'est évidemment le "verdissement" de ces micro-aménagements. C'est certainement un des mots les plus détestables tant il s'agit d'un véritable fourre-tout! N'importe quel verdissement est bon, n'est-ce pas? Qu'ai-je à dire? On ne peut être contre la verte vertu… Toutefois puisqu'on utilise aussi le mot "biodiversité" pour mousser l'affaire, ça mérite examen!


L'abeille ne se trompe pas: il y a du nectar dans l'échinacée.

À vue de nez il n'y a pas la moindre espèce indigène ici. Bon je n'ai pas identifié le bout d'herbe (la Graminée), mais pour le reste c'est la biodiversité de quelque part ailleurs qu'il s'agit. Parler de la biodiversité, quand il ne s'agit que de l'emprunt de la biodiversité des autres régions, et, encore plus, quand il s'agit de cultivars monstrueux, c'est du green-washing. C'est ne pas porter grande attention ou, en tout cas, c'est faire au plus vite!

On confond "verdissement", place à la biodiversité et décoration. "Ça prend des belles fleurs!" Alors on met des "belles fleurs" et tout le monde est content.



On plante n'importe quoi mais en rang bien droit.

D'où viennent les végétaux utilisés ici? Du Ma-Ga-Zin Fa-Ci-Le (très grande surface...). Les Hosta sont asiatiques, de même que les hémérocalles hybrides (donc qui ne viennent de nulle part) qui n'attirent pas les abeilles (qui ne s'y se trompent pas). On a mis des arbustes: le fusain d'Asie (Euonymus alatus, sauf erreur). On a mis un petit arbre: que penser de ce cultivar pas très intéressant de l'espèce européenne de Alnus glutinosa 'laciniata'. On en a des Alnus (aulne) par ici, non?

Et l'échinacée pourpre? Mais comment résister? Des grosses "fleurs" qui disent "fleurs". En plus c'est une plante réputée médicinale (ça, c'est toujours gagnant) et nectarifère (pensez zo zabeilles)! Sauf que la plante n'est pas indigène! On la trouve aux États-Unis et par accident c'est une exotique en Ontario… 

Voilà! Ce sont les pires clichés qui conduisent au choix des végétaux. Autant de mot-clés de la stérilité. Ou alors c'est l'inventaire du Ma-Ga-Zin à écouler. On veut plaire aux yeux alors qu'on pourrait faire utile à la biodiversité.

Une occasion ratée de fondre la fosse d'arbre et le nouvel aménagement.


La biodiversité urbaine, surtout l'utilisation d'espèces indigènes, n'est pas une préoccupation secondaire. Ça ne fait tout simplement pas parti du programme! On a un Jardin Botanique et un Insectarium qui se pètent les bretelles d'expertises, fédérés dans cet Espace pour la Vie qui ne pousse pas ses connaissances bien loin… y compris vers les autres services municipaux...

Avant de s'envoyer des fleurs, consultons la Flore Laurentienne... On pourrait peut-être trouver quelque chose...





mercredi 3 juillet 2013

Ombres portées de l'orme



Trois colosses dans le "parterre" du parc Jarry

Trois arbres, de beaux grands arbres, dans un parc qui n'est pas le plus remarquable. Le parc Jarry est un grand ensemble de terrains de sports les plus divers, stade et terrains de tennis (la grosse affaire ici), pétanque, cricket et aire d'observation de la croissance de la pelouse, etc. Ne manque que le water-polo et l'équitation ou le Fuchsprellen! Un parc intensément fréquenté à coup sûr! Il y a beaucoup de place, beaucoup d'air, de lumière et du gazon... avec des aires de loisir libre (!). Jouer c'est bien, mais s'amuser c'est mieux! Et, moi, ce qui me branche c'est l'archéologie superficielle, peu profonde: d'où viennent ces arbres? 

Le parc s'est installé sur une prairie où on trouvait des terres cultivées et le ruisseau Saint-Aubin autrefois. Avant qu'on en fasse un parc, qui fût remodelé plusieurs fois, on y trouvait toutefois des arbres dont une forêt d'Ormes d'Amérique. (lisez un peu sur l'histoire du parc ici)

Cette forêt a des vestiges. Sur la photo ci-haut, de gauche à droite:

1- Ulmus americana, Orme d'Amérique, American elm
2- Quercus macrocarpa, Chêne à gros fruits, Bur oak
3- Quercus macrocarpa, Chêne à gros fruits, Bur oak

(Les mêmes numéros sont utilisés sur les photos suivantes)


Vues aériennes du parc.

À gauche, en noir et blanc: le parc Jarry en 1947-49 (photomontage de deux photos aériennes provenant des Archives VdM) et à droite une photo datant d'avant 2011 (avant qu'un écran de peupliers fastigiés soit planté), gracieuseté de Google Earth. Sur la photo d'archive, la plupart des ombres portées sont celles des ormes aujourd'hui disparus. Leurs silhouettes classiques ne mentent pas. Et in Arcadia ego...

Vous voyez les trois points jaunes? Tout juste? Rassurez-vous! Un agrandissement suit en bas. Ce sont les trois arbres montrés en ouverture.



Détail du montage précédent.

Accordez-moi un peu d'indulgence: je viens d'ouvrir ce dossier du parc Jarry et le repérage n'est qu'approximatif... Mon imprécision n'empêchant peut-être pas une certaine impression du sublime? C'est que, de toute cette population d'ormes, ces ombres photographiées, elles-mêmes caduques et disparues, visibles seulement par la copie et recopie d'un vieux document jusqu'ici sur mon blog, sont tout ce qu'il reste de ces arbres. Nos trois arbres sont quelques-uns des rares survivants. Notez qu'un autre orme se trouve dans la partie sud du parc, près de l'étang. Mais je crois bien qu'il ne reste que ces deux ormes. Et des chênes.


La forêt d'ormes disparus. Photo de Conrad Poirier, 1939 (BANQ)

Cette belle photo de Conrad Poirier nous donne une bonne idée de la singularité d'une forêt dominée par des Ormes d'Amérique. Il faut quand même souligner que cette forêt est sans doute le produit de la colonisation spontanée d'une friche par l'orme. Oui, cet arbre est une mauvaise herbe à ses heures! Je doute qu'une pareille configuration puisse se trouver dans la nature, sans un milieu transformé par les humains: la friche ou le fond de terre inutilisé.

Dire que c'était un parc spontané! Un aménagement sans-tête. Avec la voute de la canopée portée ainsi bien haute par des fûts sans branches, offrant une ample dilatation invitante. C'était le temps lui-même qui devenait une dimension habitable avec cette qualité de lumière et d'espace impossible à goûter aujourd'hui. On serait bien à marcher dans un pareil endroit! Le vin y serait doux cher ami!  

Impossible aujourd'hui? Ça mérite certainement réflexion!


Les lieux en 1943.

On ne dessine pas les parcs pour des gens comme nous... Dans nos parcs et espaces publics, en-dehors des installations sportives, il semble qu'on ne dessine que sur deux modes: pour le plein soleil, avec des pentes aménagées où les gens s'installent, couverts d'une huile quelconque, afin de rôtir un peu. Ou alors on fait dans l'ombre totale, excuse toute faite pour planter des Érables de Norvège… On fait dans le noir ou le blanc… et le gris? On veut du gris!



Le parc en 1976

Et le gris de l'ombre de l'Orme d'Amérique c'est aussi beau en couleur... On veut des ormes...


L'Université de Guelph a ce projet justement: Elm Recovery Project


samedi 29 juin 2013

Dans l'ombre du Ginkgo biloba



Au Square Viger

On plante à la tonne le Ginkgo biloba. L'arbre aux quarante écus (ou aux mille...) est adaptable aux environnements les plus difficiles du milieu urbain. Il est ainsi une solution toute faite pour les architectes-paysagistes, aménagistes et autres planteurs pressés en affaire. Le nom de l'arbre a de plus une résonance culturelle forte mais c'est une construction assez imprécise: il vient du lointain Orient, de l'ancienne Chine, c'est une arbre fossile, il est une espèce médicinale... Il a aussi ce feuillage d'une belle douceur verte qui tournera à l'or à l'automne. C'est véritablement un complet argumentaire de vente utilisé depuis vingt ans. L'acceptabilité sociale a été bien travaillée par l'industrie horticole et les responsables de la forêt urbaine! L'arbre a aussi, quand il est jeune, cette forme bien régulière et géométrique qui séduit. "Ça marche" comme me disait un architecte. Un assez bref argument d'autorité... En cas de besoin ce dernier disposait aussi d'un autre argument: "Ça marche pas". Son répertoire d'appréciations critiques est impressionnant de parcimonie: l'une ou l'autre s'applique à toutes les situations...


Changement de régime: les tapis de cartron seront bientôt remplacés par des tapis de yoga...

On semble oublier que l'arbre magique atteint des dimensions assez respectables toutefois... ça fait joli quand c'est tout neuf et tout vert. Les trois sur la première photo ci-haut ont été planté dans un endroit exigüe, l'un étant même tout contre l'édicule de béton bleui. "Ça marche" parce que c'était beau sur la présentation photoshopée, solution toute faite pour retaper rapidement le Square Viger.

Pourquoi retaper ce parc fait d'étranges structures de béton, curieusement végétalisées, à la clientèle si particulière? Parce qu'on construit le nouveau Très Grand Super-Hôpital juste de l'autre côté de la rue... 

Les résidents du "parc" déménageront. Ces hommes (who cares?) qui vivent dans des boîtes de cartron ne seront plus tolérés par la nouvelle clientèle d'infirmières et autres employées de l'hospi. Ces derniers aimeront bien le Ginkgo toutefois... Ils pourront y prendre leur thé chai sous l'ombre orientale. Cette singulière gentrification nous amènera ensuite des tapis de yoga... Vous voulez parier?

"Où est le problème?", vous me demandez, après tout "Ça marche" les sans-abris...




mardi 18 juin 2013

Plantation au Champ des Possibles!


Il y avait de l'action au Champ des Possibles (CDP) hier! On plante!
 


Il faut d'abord avoir accès à cet endroit afin de planter dans la continuité de la haie sur Henri-Julien (voir tout au bas...). Cela implique de déplacer ces gros blocs de béton.



Et d'en faire un mobilier urbain de la plus haute esthétique: no design! Aussitôt installé, ce mobilier a été expertement testé par Isabelle Lemaire du CA des Amis du Champ des Possibles. On devine une approbation complète!



Maintenant les mecs de l'arrondissement (Plateau-Mont-Royal) passe aux affaires sérieuses! Et hop! un Ostryer de Virginie (Ostrya virginiana, Ironwood) de planté! 



De gauche à droite:  Julie Boucher de l'Association des Architectes Paysagistes du Québec qui venait nous rencontrer, Lynda Genois et Isabelle Winter de l'arrondissement, Charlotte Gaudette et Marke Ambard des Amis du Champ des Possibles.




Maintenant c'est au tour d'un Charme de Caroline d'être planté (Carpinus caroliniana, Blue-beech) .



Il y avait du monde au Champ hier... ainsi ce groupe d'étudiants du Lycée Français de Bogota visitait. Un peu étonnant de constater que le Champ est connu aussi loin... 




Et voilà le deuxième Charme de Caroline est en terre.



Petite retouche. C'est terminé pour aujourd'hui.

Ces deux espèces d'arbres sont de la même famille (les Bétulacées, famille du bouleau) et constituent un net enrichissement de la diversité des lieux.



Il y a maintenant quelques années que je parle de l'idée de la haie urbaine en tant qu'élément du bocage urbain. Pour le CDP, voici dans l'illustration ci-haut comment je concevais la chose en 2009-2010. C'est le plan de plantation que je propose depuis: enrichir les haies spontanées qui se trouve sur les lieux.


Lisez par exemple ce billet: Champ des Possibles 2012

et ce billet: Le bocage urbain

Et je promettais un petit essai sur ce sujet... peut-être viendra-t-il un jour?





mardi 28 mai 2013

Robinier de rue




M'en allant direction le mont Royal et le parc Jeanne-Mance j'ai été un peu surpris: on a planté ces arbres coin Duluth/Clark l'année dernière et il me semble que c'est bien tôt cette floraison rose?



L'arbre est nommé Robinia pseudoacacia 'Purple Robe'. D'après mes observations les fleurs de l'espèce Robinia pseudoacacia n'ouvrent que bien plus tard, fin juillet-début août (j'ai noté le 12, mais c'est peut-être atypique). L'espèce proprement dite (pas ce cultivar rose) est naturalisée et on la trouve un peu partout dans les friches. Elle produit de beaux racèmes de fleurs blanches parfumées visitées par les abeilles. Sur des terrains privés ou publics où on cultive l'arbre de la famille des Fabacées, il n'est pas rare de trouver des sauvageons autour.



Robinia pseudoacacia 'Purple Robe' est peut-être un hybride avec Robinia hispida (Acacia rose, Rose locust) originaire du Sud-Est des États-Unis. Si c'est le cas le nom Robinia pseudoacacia 'Purple Robe' n'est pas le bon et est botaniquement invalide. Ce serait plutôt Robinia x margaretta Ashe. En horticulture les plantes perdent souvent leur pedigree et les conventions de nomenclature ne sont pas toujours respectées. 



Notons qu'en botanique toujours, hispida (hispide) veut dire: "couvert de poils rudes" et que le racème de l'inflorescence de notre 'Purple Robe' est justement pubescent. Ce n'est pas le cas avec Robinia pseudoacaccia: ils sont glabres. Avec la floraison hâtive, c'est peut-être une indication de l'origine hybride de notre arbre.

Quoiqu'il en soit contre ce magnifique ciel bleu fin mai-début juin, le plus beau qui soit, l'effet est assez charmant, non?



samedi 25 mai 2013

Le biocorridor du mont Royal



 Le mont Royal en 1947 et de nos jours (Archives VDM et Google Earth)
 

Cela avait été une sérieuse gaffe de percer le mont Royal pour y faire ce boulevard Camilien-Houde. Curieusement on avait gardé un pont de roc (présent entre les traits rouges ci-haut) qui permettait de passer du sommet du mont Royal au sommet Outremont. C'est là que se trouve le cimetière Mont-Royal. (n'oubliez pas la visite guidée par Jerry ici)



Localisation du pont naturel disparu (Google Street)

Une gaffe en amenant une autre, on a ensuite démoli (quand donc?) ce passage tout en hauteur. Aujourd'hui on appellerait cela un biocorridor et une sacré belle promenade! Avec vue sur la ville et, bon, sur les bagnoles en bas...



Photo: Réal Duval

Nous avons perdu le pont de roc mais nous gagnons autre chose. Mes échanges avec Réal Duval (ici) se poursuivent: il m'a envoyé la photo d'une autre découverte sur le mont Royal: la Clématite occidentale (Clematis occidentalis, Western blue virginsbower).

Celle-là je l'attendais vraiment pas. Une belle trouvaille. En latin on dit: cool!



Bon weekend!


lundi 4 mars 2013

Parc Stoney Point, Lachine




Photo: Archives VdM, 1948. Google Earth 2004.


Le parc Stoney Point à Lachine vers 1948. Avec un alignement de Peupliers de Lombardie (Populus nigra cv. Italica). Les ombres, comme des code-barres, sont assez révélatrices! À une date inconnue, pour l'instant, le parc a été agrandi par remblaiement de la berge sur le lac Saint-Louis (un élargissement du Fleuve Saint-Laurent). J'ai fait un tracé en rouge (à droite) montrant approximativement le gain de surface. Je suis pas certain qu'on puisse encore faire ce genre de travaux de nos jours! La berge est heureusement maintenant naturalisée.

Il y avait une base militaire près d'ici et en 1914-1918 Stoney Point a été utilisé comme lieu de transit pour des dizaines de milliers de chevaux (et accessoirement quelques hommes…) partant vers les champs de bataille en Europe.

Il est intéressant de noter qu'après les travaux d'agrandissement l'on ait néanmoins tenu à planter à nouveau des Peupliers de Lombardie (à quelle date?) en déplaçant toutefois leur alignement sur le terrain gagné au dépend du lac. Il y a maintenant ici un cénotaphe à la mémoire de soldats canadiens. L'association de ces peupliers et la commémoration funéraire est bien connue. Un code-barres de la mort...

 
Réalisé en 1925 par l’artiste Alfred Laliberté, ce cénotaphe est le Monument aux Braves de Lachine. La sculpture de bronze a été restauré en 2009 puis installée ici en 2010. Le monument était autrefois à la Maison de la Légion Royale Canadienne de Lachine.



Liens:


Mademoiselle Titam nous fait découvrir ce superbe site Avant/Après: Géo Bretagne.





jeudi 28 février 2013

Jardin disparu




Archive VdM, 1947. Google, 2008.

Un autre jardin, disparu! Beaucoup d'institutions religieuses possédaient des jardins, des potagers ou des arboretums. Les potagers ont évidemment tous disparus.


Partie gauche du photomontage: l'Institut des sourdes-muettes, sur la rue Saint-Denis à Montréal.

1- rue Saint-Denis
2- rue Berri (c'est ma rue, j'habite à un coin de là...)
* un potager à l'époque


Partie droite du photomontage: le site tel qu'il apparaît aujourd'hui. Outre qu'on ai grignoté sur trois côtés le terrain de l'Institut on a remplacé le potager par un élevage de bagnoles. L'incubation des bagnolettes exige une chaleur constante. D'où la nécessité de couvrir tout l'espace d'asphalte. Ça fonctionne assez bien.




Photo:  Société d’histoire et de généalogie du Plateau Mont-Royal



Ci-haut le même édifice avant qu'il ne prenne sa forme actuelle par démolition et ajout d'ailes supplémentaires. À droite c'est la rue Berri avec un petit bout de trottoir de bois...










samedi 8 décembre 2012

Meadowbrook: parc nature urbaine et patrimonial 1



Précaution minimale: ce qui suit n'engage personne d'autre que moi. Ce ne sont que mes opinions de dilettante et elles ne sont pas sollicitées. Voilà!


Presque tout le monde est sur cette photo prise lors de la visite des lieux.

Samedi dernier trente-cinq personnes se sont réunies par les bons soins du Conseil Régional de l'Environnement de Montréal à la Maison du Développement Durable. Le bureau d'architectes Catalyse urbaine conduisait une démarche assez exceptionnelle. J'y étais invité à titre de membre des Amis du Champ Des Possibles et en tant que l'auteur de quelques billets portant sur cet espace vert de grande valeur. Vous trouverez tout en bas les liens vers ces billets.

Un peu de blanc sur ce vert.

Le but de la rencontre (une charrette) était de prendre le pouls de divers intervenants et politiciens et d'échanger les idées sur l'aménagement futur de Meadowbrook, un terrain de golf mais surtout un espace vert qui risque encore de passer dans la tendre moulinette du développement. Comble de l'ironie ce sont maintenant des projets de résidences totalement vertes qui veulent venir oblitérer ici la rare topographie d'un paysage historique et une biodiversité peu banale.


Un des ruisseaux sur le site (la Petite Rivière Saint-Pierre)

Les Amis de Meadowbrook méritent d'être salués pour cette détermination hors du commun: depuis 1989 ils sont là pour nous signaler toute la valeur de cet espace. Afin de comprendre les enjeux je vous rappelle ici leur mission:

"Empêcher le développement de Meadowbrook et le transformer en Parc Meadowbrook, un nouveau parc nature de 57 hectares, ouvert et accessible à tous les résidents de l'Île de Montréal et relié par une trame verte à un réseau de parcs dont, notamment, la falaise Saint-Jacques."

En 23 ans le projet a évidemment connu des modulations et des mises à jour. D'un projet de parc nature il s'agit maintenant de faire "un parc nature urbaine et patrimonial". Je suis curieux de voir ce qui sera maintenant absorbé suite à cette charrette, un terme des designers je le rappelle.



Un terrain de golf public privé...

Car il en va toujours ainsi: c'est autour d'architectes, d'architectes du paysage ou d'urbanistes que l'on organise les équipes qui devront produire en deux heures une proposition d'aménagement et un programme. Mon habituelle question est de demander comment il se fait que les équipes ne soient pas centrées sur des biologistes, des écologues, des historiens, des amateurs d'oiseaux ou des naturalistes (ma seule qualification après tout!).

Il est évidemment habituel que la réponse à ma question soit un sourire entendu… La sensibilité au vivant étant jugée une préoccupation mineure, ignorante des véritables et sérieux enjeux urbains et sociaux… Pourtant, s'agissant après tout d'un brassage d'idée sur le devenir d'un espace vert, je maintiens qu'un équilibrage différent serait profitable.


 Organisation des équipes de travail.


N'allez pas croire que je n'ai rien de positif à dire sur cette rencontre malgré tout stimulante. J'y reviendrai. Ce que je dis c'est que si vous voulez faire dans le design, invitez des designers… Si vous voulez faire un espace vert, écologique et fonctionnel, invitez d'abord des spécialistes de ces questions. Et de plus que ce soit eux qui mènent les équipes! Les urbanistes et autres auront alors tout le loisir de tracer les voies d'accès menant à cet espace vert, hors de cette espace… sans s'occuper de questions qui ne sont pas de leurs ressorts!

Malgré la mission des Amis de Meadowbrook et le programme de la journée (dessiner un parc nature urbaine et patrimonial) bien des propositions s'avéraient de véritables bulldozers... verts! Avec les meilleures (?) intentions du monde, sans grande considération même pour les ruisseaux présents…


Au travail maintenant!

La tendance à bouffer de l'espace des parcs publics pour le sport (depuis les années 50) par exemple est une histoire désolante… il ne manque pourtant pas de terrain pour ces activités partout autour de Meadowbrook. Cette pratique d'après guerre à Montréal est aujourd'hui remplacée par une pratique pourtant considérée "verte", je parle de l'actuelle obsession de l'agriculture urbaine. Retrancher de l'espace à Meadowbrook pour faire pousser de la salade? Quel ennui prévisible! Que ce soit la gourmandise d'espace de stationnement de bagnoles (imaginez je proposais de ne pas accorder un mètre carré au stationnement… c'est vraiment irresponsable!) ou l'espace des gourmands de crudité verte, le résultat est le même! Soustraire de l'espace à la biodiversité a toujours été le fait de l'agriculture. Rien de nouveau sous le soleil… le faire maintenant au nom du "vert" est assez assommant! Seraient-il verts et bios notre estomac et notre fine bouche doivent quand même arriver à accorder un peu de place (ou de lieu de représentation si vous êtes impertinent) à la biodiversité et sa rencontre.



Une autre équipe.

En fait les clients à Meadowbrook ce ne sont pas seulement les humains… ce sont aussi par exemple les oiseaux. Et les autres centaines d'espèces qui ont besoin des différents habitats et de voies migratoires ici. Avant d'apprendre à mieux se nourrir il faut d'une part apprendre à réduire, où c'est possible, l'empreinte de nos usages et de nos comportements de consommateurs. Et accorder de l'espace aux autres espèces...



 Les Amis de Meadowbrook.


Curieusement l'impact de l'agriculture urbaine serait une forme douce de green-washing… J'en arrive à croire que c'est non seulement du non-design qu'il faut mais aussi du non-vert…

L'occasion est belle, vu la topographie miraculeusement conservée des lieux, de (re)faire à peu de frais de nombreux habitats: prairies, haies et boisés, ruisseaux et autres milieux humides. Quelques chemins et sentiers. Quelques haltes. Et beaucoup de plantations faites avec tact, sensibilité, science et respect. Les usagers (humains et animaux) viendront...


 
  Et une autre équipe.


Que faire à Meadowbrook? Et si on s'adressait d'abord à la biodiversité et aux nombreux amateurs de nature? Ils sont aussi nombreux que les amateurs de design et de crudités. Ils viendront à pied, en TEC ou à vélo...

Le développement durable sera durable dans la mesure où il est le moins développé!
Eux, ce sont mon équipe.


Vous pensez que l'aménagement d'un espace vert d'abord dédié à la nature et à son expérience sensible est possible en milieu urbain?


J'interromps ici le billet et je vous reviendrai pour la suite avec quelques plans esquissés par les différentes équipes et mes réflexions simplistes. Une tendinite révoltante rend cette rédaction un peu difficile!


Voici les liens vers mes billets précédents sur Meadowbrook:


15 mars 2010

11 novembre 2010

Bon samedi!



mercredi 14 novembre 2012

Cimetière Mont-Royal







Que faire d'autre quand la journée s'annonce belle et douce? Il a fait 18,5 °C avant-hier, tout un record pour la mi-novembre! C'était l'occasion d'aller visiter le Cimetière Mont-Royal! Une nécropole au soleil, ya rien de plus stimulant! Ou de plus photogénique… votre photographe est un vilain profane. 


Situé sur le… Mont Royal… le cimetière a été fondé vers 1850 par les Protestants de Montréal. Tout à côté il y a le cimetière catholique Notre-Dame-des-Neiges qui est contemporain à quelques années près. Ce dernier est d'un style assez différent toutefois.





Montréal poussait vite à l'époque mais c'était encore en bonne partie de la campagne partout autour. C'est d'autant plus curieux que l'on décide de faire l'aménagement du cimetière dans le style de la toute nouvelle vogue alors: celle des cimetières de campagne, en dehors de la ville. Faire un Rural Cemetery (ou Garden Cemetery) sur le Mont Royal, en campagne? C'est pas comme mettre un lac sur un lac?


 


En 1850 la croissance démographique allait être extraordinaire et on le savait… Montréal est promis à un brillant avenir. C'est alors l'apex de l'Empire Britannique et paradoxalement le 'nationalisme' canadien-anglais était entièrement 'britannique'. Il l'est encore en bonne partie aujourd'hui!


 


Le menace de disparition de la montagne et de ses paysages sous l'avancée de la ville se combinait avec les désirs d'affirmation de deux communautés. Pas étonnant que l'on trouve au sommet ces deux cimetières comme des signes de la compétition et de la volonté de dominance entre deux cultures. Le cimetière Mont-Royal a donc naturellement un air British même si en fait le nouveau style est d'abord passé par le filtre des nouveaux cimetières de la côte Est des USA, en Nouvelle-Angleterre.





L'aménagement paysager offrait un lieu de mémoire et de contact avec la nature et toute l'importance est alors donné aux chemins sinueux épousant les dénivellements et aux plantations d'arbres qui sont le décor des monuments funéraires. On a fait l'aménagement comme des peintures: c'est le picturesque.




Tout cela est si Romantique et tellement Gothique! D'ailleurs l'entrée principale du cimetière est en style Néo-Gothique. Le site est néanmoins superbe!


La montagne et l'appréciation contemporaine de ses paysages doit évidemment beaucoup aux cimetières qui ont été installé ici. La vieille gageure, issue d'une vieille bataille, a tenu: préserver le lieu.