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samedi 20 juillet 2013

Erreur 25 Wattson! C'est une cicadelle!




La semaine dernière dans les Laurentides. J'échantillonnais des rameaux nouveaux de Bouleau jaune ("merisier", Betula alleghaniensis) et sur chacun il y avait cette "bave de grenouille", des bulles produites par des larves de cercopes*. Elles siphonnent d'un bout la sève de la tige et de l'autre elles se… pètent une maison.



Du premier coup d'oeil, vu qu'à chaque rameau (nouveau de bouleau) il y avait de la bave et cet insecte ci-haut, je croyais que c'était un cercope. Erreur 25 Wattson! C'est une cicadelle!

Je n'avais pas encore vu au grand écran de l'ordi… en grand c'était évident
qu'il s'agissait d'autre chose, surtout à cause des grandes cuisses épineuses. Au moins j'avais visé juste en pensant à la l'ordre des Hémiptères (cicadelles, membracides, cigales, etc.)
 


Et le nom de l'espèce? Au choix: il s'agit de la Cicadelle du rhododendron (Graphocephala fennahi) ou de Graphocephala coccinea. Vu que c'est pas un rhododendron c'est peut-être plutôt cette dernière espèce?


*voyez ce site informatif sur les Cercopes: Entomofaune
et ces pages sur les Cicadelles: Entomofaune.


S'il ne pleut pas cet après-midi je donne une visite guidée au Champ des Possibles. Voyez sur le Facebook de l'événement.

Bon weekend!


mardi 18 juin 2013

Plantation au Champ des Possibles!


Il y avait de l'action au Champ des Possibles (CDP) hier! On plante!
 


Il faut d'abord avoir accès à cet endroit afin de planter dans la continuité de la haie sur Henri-Julien (voir tout au bas...). Cela implique de déplacer ces gros blocs de béton.



Et d'en faire un mobilier urbain de la plus haute esthétique: no design! Aussitôt installé, ce mobilier a été expertement testé par Isabelle Lemaire du CA des Amis du Champ des Possibles. On devine une approbation complète!



Maintenant les mecs de l'arrondissement (Plateau-Mont-Royal) passe aux affaires sérieuses! Et hop! un Ostryer de Virginie (Ostrya virginiana, Ironwood) de planté! 



De gauche à droite:  Julie Boucher de l'Association des Architectes Paysagistes du Québec qui venait nous rencontrer, Lynda Genois et Isabelle Winter de l'arrondissement, Charlotte Gaudette et Marke Ambard des Amis du Champ des Possibles.




Maintenant c'est au tour d'un Charme de Caroline d'être planté (Carpinus caroliniana, Blue-beech) .



Il y avait du monde au Champ hier... ainsi ce groupe d'étudiants du Lycée Français de Bogota visitait. Un peu étonnant de constater que le Champ est connu aussi loin... 




Et voilà le deuxième Charme de Caroline est en terre.



Petite retouche. C'est terminé pour aujourd'hui.

Ces deux espèces d'arbres sont de la même famille (les Bétulacées, famille du bouleau) et constituent un net enrichissement de la diversité des lieux.



Il y a maintenant quelques années que je parle de l'idée de la haie urbaine en tant qu'élément du bocage urbain. Pour le CDP, voici dans l'illustration ci-haut comment je concevais la chose en 2009-2010. C'est le plan de plantation que je propose depuis: enrichir les haies spontanées qui se trouve sur les lieux.


Lisez par exemple ce billet: Champ des Possibles 2012

et ce billet: Le bocage urbain

Et je promettais un petit essai sur ce sujet... peut-être viendra-t-il un jour?





jeudi 18 avril 2013

La Forêt D'Angrignon




Il y a encore de la glace sur l'étang.

Nous sommes allé aux arbres au parc Angrignon mercredi. Ce lieu, assez inattendu à vrai dire, est une véritable merveille. On dit bêtement "parc Angrignon" et on pense parc La Fontaine… Mais ça n'a rien à voir tant il y avait de la variété ici. Il faudrait bien plutôt dire: la Forêt D'Angrignon. De nombreuses espèces d'arbres et surtout des individus de tous les âges: des moribonds pour les nombreux pics, de vieux costauds, de grands gaillards vigoureux et des plus jeunes, enfin de nombreux semis. C'est une… forêt! De qualité! 



Un petit bayou printanier

Même le cher mont Royal perd des plumes! Bon, la fréquentation des deux parcs n'est pas comparable. Elle est à l'évidence moins élevée à Angrignon. Cela permet une excellente conservation et une régénération en direct des toutes les espèces d'arbres identifiées. Par exemple on trouve de superbes spécimens de Cerisier tardif (Prunus serotina, Black cherry) sur la montagne. Mais je n'y ai jamais vu un seul semis… La fréquentation... l'écrasante fréquentation...



 Probablement le plus grand peuplement de Fagus grandifolia.


Nous avons vu quelques papillons Morio qui semblaient tout fraîchement sortis pour nous emballer! C'est toujours une rencontre chargée d'allégresse printanesque: il y a quand même encore de la neige par endroit! Des papillons qui ont survécu à la dernière saison glacée, un peu abimés, secouant par des battements d'ailes assez lents les derniers noeuds gelés de leur corps. Hep! L'effet sur mes propres os est assez agréable. Je n'ai pas de photo... Un peu chargé de mes sacs et équipements je n'ai pas toujours l'aisance de photographier ces petites brises vernales si colorées.
 



Hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia).


Et des arbres, qu'en est-il?

Chênes rouge (Quercus rubra, Red oak) et à gros fruits (Quercus macrocarpa, Bur oak), de nombreux Hêtres à grandes feuilles (Fagus grandifolia, American beech) dont de très grands, Ostryers (Ostrya virginiana, Ironwood) de tous âges, Cornouillers (Cornus spp.) de deux espèces, Érables à sucre (Acer saccharum, Sugar maple) et peut-être aussi l'Érable noir (Acer nigrum, Black maple), Érable rouge (Acer rubrum, Red maple) Érable argenté (Acer saccharinum, Silver maple), de beaux Noyers cendrés (Juglans cinerea, Butternut), Caryers cordiformes (Carya cordiformis, Bitternut hickory) et, curieusement, un seul Caryer ovale (Carya ovata, Shagbark hickory) etc, etc.

Ostryers (Ostrya virginiana, Ironwood)


Et des ormes: d'Amérique, rouge et peut-être un autre… Comme ces arbres fleuriront bientôt ils nous donneront des samares on en aura le coeur net.

Cerisiers tardifs, Peuplier deltoïdes, Frênes douteux (le rouge et???) de bonne taille, Charme de Caroline, et toutes sortes d'arbustes de la famille des Rosacées. 


Ouf!

Quel est le nom de cet arbuste?


Rien n'est plus agréable que d'arriver devant un petit arbuste qu'on ne connaît pas, en fleur! Nous nous sommes cassé la tête à essayer de lui donner un nom, rien à faire!

De pareils bourgeons très poilus et des fleurs qui émergent à l'instant (littéralement…), quelle chance! On peut connaître de nom d'une plante et avoir vu cent fois un dessin au trait dans la Flore Laurentienne, la voir en vrai ici, aujourd'hui, quelle veine. Je l'ai identifié dès mon retour à la maison. C'était la première fois que je voyais cette espèce. On me dira de sortir plus souvent... Enfin... à ma décharge je sors assez souvent mais sur l'île de Montréal! Et ce mystérieux sujet y est assurément rare!


Faites un effort et dites-moi son nom.



Carouge à épaulettes (Agelaius phoeniceus, Red-winged Blackbird)


Notre visite de cette Forêt d'Angrignon? On a aimé? Le bonheur total! Une seule journée de printemps ensoleillée parmi la grisaille et le demi-froid qui l'entoure. Il fait gris encore ce matin. Une seule journée et nos amis les divers printemps sortent nous accueillir. Un rendez-vous réussi! Charles nous avait apporté une tisane d'épinette (c'était mon souhait justement) et il y a ajouté du tilleul. J'avais fait un gâteau carotte-coco-noix-de-grenoble.


Tout ça nous a bien réussi.


La Forêt d'Angrignon. Bel après-midi vous croyez?



samedi 9 mars 2013

Bouleau, Phellodendron et Phallus


 
Belle journée ensoleillée: c'est le temps d'aller à la montagne, le mont Royal, la butte, la colline, le roc sommet de l'île. Quelques notes et observations.





L'écorce reconnaissable du bouleau à papier (Betula papyrifera) se transforme en fait constamment, du jeune arbre au mature au très vieux. Ces derniers, s'ils sont trop hauts ou qu'on ne voit pas les feuilles, peuvent être difficile à identifier par l'écorce. Celui ci-haut n'a pas encore atteint cet âge vénérable où l'écorce de son tronc est toute grise et noire, torturée. La grande exfoliation (l'écorce qui se détache) sur ce tronc a un mètre de large et c'est une caractéristique de l'espèce. Ces arbres peuvent vivre jusqu'à 120 ans mais notre spécimen n'en a pas pour longtemps, il est malade: le tronc affaibli est percé un peu partout, signe que les insectes et les oiseaux l'ont repéré. Il est curieux de voir près de sa base une partie qui réunit géométriquement les différents âges de l'écorce.




Vue vers chez moi.

 

La lumière était superbe hier matin. Mais sur ce côté de la montagne, à l'ombre, c'était frigorifiquement venteux! Un mauvais réglage de mon appareil m'a fait gâcher bien des photos. Le froid me faisait prendre rapidement des clichés sans les visionner sur l'appareil. Inconfort et paresse, je suis pas fier... Bon j'ai pu en récupérer une partie mais je vous montrerai pas tout! Comme il fera encore beau aujourd'hui et surtout plus chaud je retournerai au sommet de l'île.







L'écorce reptilienne du cerisier tardif (Prunus cerotina). Un arbre bien présent par ici avec quelques exceptionnels spécimens.





Les branches de l'Arbre liège de Chine (Phellodendron amurense) sont curieusement encore chargées de fruits. Ceux-ci sont citronnés, l'arbre étant en effet de la famille des Rutacées, comme l'orange et le citron. Les spécimens au parc La Fontaine par contre n'ont plus aucun fruit. Quel oiseaux les mangent en bas et les ignorent (ou se les gardent) ici en haut? Comment expliquer? 






Du Phellodendron au Phallus-glaçon. Bon, c'était le 8 mars après tout!






samedi 21 juillet 2012

Rapide du Cheval Blanc encore






Voici le billet promis sur les autres espèces aperçues (outre l'orme de Thomas) lors de l'excursion au Rapide du Cheval Blanc. Comme je le disais dans le billet précédent sur ce lieu nous avons surtout marché sur le rivage.

Il y avait une belle colonie de Chêne rouge (Quercus rubra, Red oak), disposée en ruban le long de la rivière. La photo ci-haut.






Parmi les chênes, ici et là, quelques Caryer ovale (Carya ovata, Shagbark hickory)




Un Érable argenté (Acer saccharinum, Silver maple) autrefois brisé par les glaces mais qui a bien repris. La partie couchée à droite est le vieux tronc.




Une loi constitutionnelle devrait protéger les aubépines (Crataegus spp.) et faire retirer les nerpruns (le genre Rhamnus). Ces derniers occupent ordinairement la place des aubépines en milieu ouvert ou à la limite d'un boisé. Un spécimen âgé de nerprun est habituellement une belle décoration et c'est probablement pour des raisons picturesques qu'il a été si largement utilisé au 19e siècle. Les fruits du nerprun sont appréciés des oiseaux mais sa richesse écologique a tout à envier aux aubépines.






Une belle surprise: Charme de Caroline (Carpinus caroliniana, Blue-beech) seulement quelques individus. Petit arbre tolérant de l'ombre dont il faudrait multiplier les plantations.





Le clavalier d'Amérique (Zanthoxylum americanum, Common prickly-ash) est un élément intéressant des haies. Il fait partie des espèces que je vais introduire au Champ des Possibles. Dans notre région nous avons un seul membre de la famille des Rutacées, qui compte les agrumes. Je n'ai pas vu souvent les fruits de cette espèce mais l'odeur en est bien celle d'un d'agrume! Les autres espèces de cette famille sont toutes introduites : le Phellodendron de l'Amour (Phellodendron amurense, Amur cork tree) le Ptéléa trifolié (Ptelea trifoliata, common hoptree) et la rue des jardins (Ruta gravelolens, Common Rue).


Traverser une haie de cet arbuste est peu commode, ses épines très sont coriaces. Avec l'arrivée récente au Québec du papillon grand porte-queue (Papilio cresphontes, Giant Swallowtail) qui pond ses oeufs sur l'arbuste, gageons qu'il gagnera en popularité. Le réchauffement climatique a permis la migration de cette espèce venant du Sud.






Ça c'est pour tous la plante à ne pas perdre de vue lors des randonnées. Il y en avait beaucoup, pleines de fruits et assez hautes. Les colonies de cette plante semblent  toujours bien se porter. Pourquoi? C'est un mystère! Je ne crois pas être sensible à l'herbe à puce (Toxicodendron radicans, Poison ivy), depuis le temps que je traîne partout sur l'île j'aurais bien dû attraper quelques chose! Pour Charles, c'est une autre (sale) histoire!






La glorieuse pontédérie à feuilles cordées (Pontederia cordata, Pickerelweed). Pour moi c'est un bel emblème de l'Archipel d'Hochelaga! Et de ce bel été qui se prolonge avec ses promesses de découvertes, nouveautés et tout, et tout...


 
Je vous laisse là-dessus en vous souhaitant une belle fin de semaine!



samedi 23 juin 2012

Les arbres du parc De Salaberry


Aller où on ne coupe pas l'herbe... étonnant de voir cette herbe haute... dans un parc...

La semaine dernière je suis allé visiter le quartier Nouveau-Bordeaux dans l'Arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, tout au nord de l'île de Montréal sur la Rivière des Prairies. Dans un billet précédent je vous parlais d'un parc inattendu que l'on a trouvé lors de cette sortie à la recherche de l'agrile du frêne. J'y reviens aujourd'hui en vous présentant quelques arbres qu'on y a vu. Et de l'expérience de gestion différenciée de cet espace vert bien spécial...


Un des frênes du parc, peut-être victime de l'agrile.

Le parc (de détente, selon la classification) De Salaberry a une superficie d'environ 40,000 mètres carrés. Il faisait partie des propriétés de Joseph-Marcellin Wilson, homme d'affaires, philanthrope et sénateur, qui a légué ce lot boisé en même temps qu'un autre plus au sud dans le quartier. Ce dernier, beaucoup plus grand, porte son nom et cache quelques autres boisés plus naturels.

Voyez ici une carte localisant le parc De Salaberry.


Un gros spécimen d'Érable noir, Acer nigrum.

Que trouve-t-on dans ce parc où ne passe plus la tondeuse depuis deux ans? Tout d'abord l'Érable noir (Acer nigrum) avec un spécimen massif sur la rue Frigon et quelques-uns plus jeunes mais de bonnes tailles, ici et là. Notable : en plus on trouve des semis spontanés. Puiqu'on qu'on ne passe pas la tondeuse…

Le feuillage de cette espèce est vert foncé, comparable en cela à l'Érable de Norvège (Acer platanoides) et bien plus sombre que l'Érable à sucre (Acer saccharum) avec qui on le confond. Le revers des feuilles est velouté, les veines et le pétiole sont pubescents.


Une planche vite faite...

Ces derniers caractères sont toutefois variables (et probablement fugaces) et quelquefois absents, peut-être à cause de l'hybridation avec les érables à sucre. Autre fait à noter, les érables noirs du coin n'ont produit aucune samare cette année. La production des fruits est en effet irrégulière chez certaines espèces d'érables. Les seuls fruits que j'ai trouvé sont ceux de l'an passé qui avait été une bonne récolte à en juger par les spécimens que j'ai vu alors.

Il faut savoir que ce parc est en fait le vestige d'une forêt originelle : une bonne partie des arbres qu'on trouve ici sont nés ici. Ils ne viennent pas d'une pépinière! La nursery est ici même... sur les lieux. Ces arbres sont ce qu'on appelle des écotypes, des vrais et authentiques arbres Montréalais, sauvages. Ils sont parfaitement adaptés au climat et à l'écologie générale de l'île. La biodiversité repose sur la diversité génétique et voilà exactement ce qu'on trouve ici! Ce bout de territoire n'a pas connu la hache du déboisement. Étonnant...

Il y a aussi des noyers cendrés (Juglans cinerea) dont la plupart, malheureusement, étaient atteints du chancre du noyer cendré (Ophiognomonia clavigignenti-juglandacearum ou  Sirococcus c. j.). Cette espèce d'arbre est maintenant en voie de disparition à cause de ce champignon. Peut-être trouvera-t-on un jour des arbres qui résistent naturellement à cette maladie. Peut-être que ce sera ici qu'on les trouvera? Sait-on jamais?


Charmes de la Caroline, Carpinus caroliniana.

Où ailleurs peut-on voir tant d'ostryers de Virginie (Ostrya virginiana) ? L'arbre de taille moyenne n'est pas si courant dans les parcs ou sur les propriétés privées. Puisque l'espace est souvent réduit en milieu urbain, c'est assez étonnant. L'ancienne forêt nous réservait bien d'autres arbres intéressants. Il y a aussi des spécimens de Cerisier tardif (Prunus serotina), Caryer cordiforme (Carya cordiformis), Chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa), Frêne blanc (Fraxinus americana) et Frêne rouge (Fraxinus pennsylvanica), Tilleul d'Amérique (Tilia americana) et même Thuja occidental (Thuja occidentalis). Une belle et riche forêt!

Le plus étonnant c'est sans doute la présence ici et là de groupes de charmes de la Caroline (Carpinus caroliniana). C'est sans doute la population la plus importante de ce petit arbre sur toute l'île de Montréal. Certains spécimens ont été planté mais d'autres sont des arbres libres, d'origine naturelle, et cette population s'y reproduit librement. Curieusement, ce simple phénomène de la vie des arbres est aussi rare que cette espèce qui prolifère pourtant si facilement! C'est ce qui arrive quand use de la tondeuse avec discernement!

Gestion différenciée des espaces verts, vous connaissez?


Autour du bosquet : deux espèces d'aubépines (Crataegus spp.). Notez la petite tache jaune sur la feuille.

Autre particularité du parc, les aubépines (Crataegus spp.) : ce sont trois ou quatre espèces qu'on y trouve. Pourtant si caractéristiques de la région montréalaise, les aubépines sont sous-représentées dans nos parcs et autres espaces verts. C'est probablement à cause de considérations strictement phyto-sanitaires dont il faudrait peut-être un jour refaire l'analyse coût/bénéfice. Ces arbres sont effectivement souvent des hôtes intermédiaires pour un champignon (rouille du genévrier, Gymnosporangium clavipes) qui attaque ces conifères (le coût). Mais en fait de source de nourriture, l'aubépine est un irremplaçable garde-manger pour quantité d'abeilles, mouches, chenilles et papillons, sans compter de nombreux oiseaux et les petits mammifères (le bénéfice). Cette rouille ne tue pourtant pas les genévriers mais en diminuerait la valeur esthétique. C'est apparemment suffisant pour avoir décrété indésirable l'arbre super-marché de la biodiversité. Tant d'espèces se trouvent exclues pour la protection d'une seule... Quel perte, ce jugement d'une autre époque!


Vue complète du bosquet, petit échantillon du passé et beau trésor!

Les aubépines croissent à la limite des boisés, en pleine lumière. Souvent les prolifiques nerpruns cathartiques (Rhamnus cathartica) prennent exactement cette place. C'est le cas ici dans un petit bosquet conservé dans le parc. Si les aubépines adultes survivent (quel petit arbre fort!) une masse de nerpruns empêchera par contre leur régénération. Bien que les oiseaux ne fasse pas toujours la différence (ces deux arbres produisent des fruits recherchés) la place écologique occupée par les aubépines est incommensurablement plus grande.

Si les oiseaux n'y prêtent pas attention, que dire des humains qui devraient en savoir un peu plus? Le gestion différenciée appelle notre judicieuse intervention.


Croissance naturelle d'un Charme de la Caroline.

Le bosquet est dans la section nord du parc. Malgré sa petite taille, il nous réservait bien d'agréables surprises! C'était une véritable pépinière spontanée, produisant presque toutes les espèces d'arbres et d'arbustes que l'on trouve dans l'ensemble du parc. Des charmes, érable noirs, chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa), ostryers et ormes (Ulmus americana) avec à son périmètre les quelques Aubépines.

Quand on sait l'origine des arbres de ce parc toute la valeur génétique de ces quelques mètres carrés ne peut que réjouir. Ou nous réveiller un peu de nos habitudes. Ici comme ailleurs je ne cesserai de m'étonner de la présence dommageable des nerpruns qui limitent la productivité des lieux et du peu d'empressement à intervenir... Il ne s'agit, après tout, que de l'affaire d'une grosse journée de travail à quelques employés afin de les retirer du bosquet et de favoriser la biodiversité des lieux.


Semis spontané de Charme de la Caroline. 

En terme paysager le bosquet offre bien sûr une diversité formelle mais tout son intérêt est au niveau biologique : la biodiversité s'y exerce!


Semis spontané d'Érable noir.

La naturalisation de la nature

L'Arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville fait une expérience de gestion différenciée dans ce parc. L'expérience de naturalisation qui a lieu est judicieuse quand on constate les espèces présentes et la grande valeur écologique du parc. Saluons la vigilance des responsables mais notons l'apparent manque de communication avec les résidents riverains. On ne fait pas un travail de communication suffisant. C'est assez habituellement ainsi qu'il en va. Des experts et des fonctionnaires sont occupés à leur travail et négligent d'expliquer aux résidents. Ils négligent ainsi de signifier et de signaler les nombreux arbres intéressants dans ce parc et d'indiquer que ces espèces s'y reproduisent… C'est pourtant le but de l'opération de naturalisation, permettre (entre autre) la reproduction d'espèces rares!


Semis spontané de Nerprun cathartique...

Tiré de la page "Cohabiter avec la nature" :

"Soucieuse de bien informer la population, la Division des parcs et des installations souhaite sensibiliser les gens sur l’entretien différencié de la végétation. Depuis plusieurs années, l’arrondissement a révisé les méthodes d’entretien de ses parcs et de ses espaces verts au profit d’un entretien différencié (…) Il ne s’agit pas de laisser à l’abandon ces zones, mais bien d’y intervenir différemment. Traditionnellement, l’entretien de ces zones urbaines consistait en la tonte complète et systématique, de façon régulière. Toutefois, cette méthode entraînait un appauvrissement de la flore, favorisait la présence de pissenlits et d’herbe à poux, tout en occasionnant des coûts élevés d’entretien."


Échantillons de feuilles des arbres du parc. Vous les reconnaissez? (Une autre planche rapido...)

Les personnes rencontrées ce jour-là n'étaient à l'évidence pas  parfaitement renseignées… ou d'accord… J'ai eu droit à deux points de vue bien différents, exactement opposés! Mais c'est probablement plus l'attachement de ces deux riveraines à cet espace par qui parlait… Chacune y voit son jardin en quelques sorte… La première que nous avons rencontré est totalement ravie de l'expérience. Devinez si je suis d'accord...


Signore Charles L'Heureux discutant avec Annie Geoffroy, une riveraine fleurie!

Du côté de l'opposition (assez formelle à mon avis) l'argumentation béton que l'on sert est toujours la même : depuis qu'on ne coupe plus l'herbe il y a eu des viols, des meurtres, des chiens se sont blessés sur du verre brisé. C'est connu, un buisson touffu ou de l'herbe haute sont certains de produire les pires monstres. On peut voir les données statistiques sur cette criminalité dans l'herbe folle? Des crimes se produisent dans les stationnements souterrains (ou de surface), des chiens se blessent sur les trottoirs et dans les ruelles. Même dans les maisons!  Il faudrait raser tout ça?

C'est évidemment le syndrome "Pas dans ma cour" contre celui du "Oui dans ma cour."

Le biais qu'induit la vision de chacun sur la question est incontournable : si la première me dit "de mon côté du parc nous sommes tous d'accord avec la naturalisation", la deuxième affirme "de mon côté du parc nous sommes tous contre". Cette distribution symétriquement heureuse des opinions convergents est un véritable miracle. Le hasard a fait s'installer du même côté du parc les gens partageant une même opinion. La nature est bien faite, non?

La conversation (animée!) entre nous quatre a quand même assez rapidement conduit à des compromis intéressants. La communication par l'Arrondissement serait assez efficace si on se donnait la peine...


Un intéressant casse-tondeuse. Mode d'emploi : installer ici et là.

Le discours actuel sur la protection des arbres (ou de la biodiversité) passe habituellement par la valeur des services qu'ils nous rendent : ils nous donnent de l'air frais et la filtrent, font de l'ombre et abaisse la température. Des machines à notre service, quoi! C'est un appauvrissement du regard par l'accessoirisation, la commodification, de la biodiversité. Où sont passé les sons et les odeurs, les formes et l'histoire de nos grands voisins? Oserons-nous prendre en compte leur propre vie et un droit à un peu d'espace! Même parmi nous... Les arbres auraient de plus une fonction assez exotique à mon avis : ils haussent la valeur immobilière de la propriété… Les deux riveraines était en effet très fières de posséder un grand chêne à gros fruits ou un beau grand caryer. 

Avec raison! Et leur valeur excède de loin nos représentations habituelles...

D'où viennent-donc ces grands arbres? Que font-ils là? Il viennent d'en face, dans ce parc qui était autrefois un forêt. Ils en font partie. Ils sont littéralement (génétiquement) de la même famille. Cette forêt est là depuis la fonte des glaces il y a 8-10,000 ans… Vous aimez l'histoire? Intéressez-vous aussi à l'histoire naturelle, faites place et soyez tolérants envers la biodiversité. Vous avez devant chez vous le Yellowstone ou le Serengeti.

Allez-vous vous plaindre de voir de girafes!


À gauche Quercus macrocarpa et à droite Carya cordiformis. Quel couple à couper le souffle!

La journée magnifique de juin magnifique (si, deux fois) n'était pas encore finie et nous nous sommes dirigés vers le parc Marcellin Wilson.

En chemin il y avait ce grand chêne ci-haut (si haut!) qui nous avait attiré de loin et nous avait fait découvrir le parc De Salaberry. Nous sommes maintenant devant et le ravissement est total. De loin nous n'avions pas vu son compagnon un beau Caryer cordiforme.

Que de beauté!



mardi 8 mai 2012

Région de Lachute




L'endroit le 26 août 2005


Je suis allé faire une excursion, visiter ce pit de sable (sablière) près de Pine Hill, passé Brownsburg, passé Lachute. Seule journée de soleil dans une semaine qui s'annonce pluvieuse, une sortie s'imposait. 


L'endroit m'est bien familier, j'y étais allé 4 ou 5 fois auparavant. On y trouve d'importantes colonies de Spiranthes cernua, beaucoup de Liparis loeselii et toutes sortes d'espèces intéressantes.


Je ne suis pas revenu depuis 2006. Comme l'endroit a changé! Le sol sablonneux presque nu partout, ensoleillé et avec beaucoup d'eau au printemps en faisait un habitat parfait pour quelques espèces d'orchidées bien adaptées à un pareil milieu perturbé, au début de la régénération et de la colonisation par les arbres pionniers.



Le même endroit hier le 7 mai 2012.


Sur cette deuxième photo du site, ci-haut, on voit que de nombreux arbres se sont installés. De grandes étendues d'Aulne rugueux, Peuplier baumier, saules, bouleaux, etc. Les arbres ne commencent qu'à peine à développer leur feuillage et le changement que je constatais hier ne se voit pas aussi facilement sur les photos. Les arbres n'ont pas encore déployé toutes leurs feuilles. Toutefois, si vous repérez le poteau de téléphone au quart gauche vous constaterez que la route à son pied n'est plus visible comme sur la photo de 2005. 




Autre vue du pit de sable de Lachute qui n'est pas à Lachute.



Les surfaces en pleine lumière sont disparues et les orchidées que j'y trouvais sont maintenant bien plus rares... À mon grand désespoir je n'ai pu trouver de Liparis... Quelques Spiranthes, oui, et d'autres espèces sur lesquels je reviendrai.


Bonne pluie tout le monde...