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vendredi 7 décembre 2012

La gestion différenciée en Wallonie




 Namur : la gestion différenciée grandeur nature


En visionnant ces quelques reportages vidéo vous aurez une très bonne idée de ce qu'est la gestion différenciée. Je vous en montre un ci-haut et plus bas vous trouverez les liens vers les autres:


Sensibilisation des habitants à la gestion différenciée


Et pour les parcs industriels, ils font quoi les Wallons??? Ils font du bon travail!



samedi 23 juin 2012

Les arbres du parc De Salaberry


Aller où on ne coupe pas l'herbe... étonnant de voir cette herbe haute... dans un parc...

La semaine dernière je suis allé visiter le quartier Nouveau-Bordeaux dans l'Arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville, tout au nord de l'île de Montréal sur la Rivière des Prairies. Dans un billet précédent je vous parlais d'un parc inattendu que l'on a trouvé lors de cette sortie à la recherche de l'agrile du frêne. J'y reviens aujourd'hui en vous présentant quelques arbres qu'on y a vu. Et de l'expérience de gestion différenciée de cet espace vert bien spécial...


Un des frênes du parc, peut-être victime de l'agrile.

Le parc (de détente, selon la classification) De Salaberry a une superficie d'environ 40,000 mètres carrés. Il faisait partie des propriétés de Joseph-Marcellin Wilson, homme d'affaires, philanthrope et sénateur, qui a légué ce lot boisé en même temps qu'un autre plus au sud dans le quartier. Ce dernier, beaucoup plus grand, porte son nom et cache quelques autres boisés plus naturels.

Voyez ici une carte localisant le parc De Salaberry.


Un gros spécimen d'Érable noir, Acer nigrum.

Que trouve-t-on dans ce parc où ne passe plus la tondeuse depuis deux ans? Tout d'abord l'Érable noir (Acer nigrum) avec un spécimen massif sur la rue Frigon et quelques-uns plus jeunes mais de bonnes tailles, ici et là. Notable : en plus on trouve des semis spontanés. Puiqu'on qu'on ne passe pas la tondeuse…

Le feuillage de cette espèce est vert foncé, comparable en cela à l'Érable de Norvège (Acer platanoides) et bien plus sombre que l'Érable à sucre (Acer saccharum) avec qui on le confond. Le revers des feuilles est velouté, les veines et le pétiole sont pubescents.


Une planche vite faite...

Ces derniers caractères sont toutefois variables (et probablement fugaces) et quelquefois absents, peut-être à cause de l'hybridation avec les érables à sucre. Autre fait à noter, les érables noirs du coin n'ont produit aucune samare cette année. La production des fruits est en effet irrégulière chez certaines espèces d'érables. Les seuls fruits que j'ai trouvé sont ceux de l'an passé qui avait été une bonne récolte à en juger par les spécimens que j'ai vu alors.

Il faut savoir que ce parc est en fait le vestige d'une forêt originelle : une bonne partie des arbres qu'on trouve ici sont nés ici. Ils ne viennent pas d'une pépinière! La nursery est ici même... sur les lieux. Ces arbres sont ce qu'on appelle des écotypes, des vrais et authentiques arbres Montréalais, sauvages. Ils sont parfaitement adaptés au climat et à l'écologie générale de l'île. La biodiversité repose sur la diversité génétique et voilà exactement ce qu'on trouve ici! Ce bout de territoire n'a pas connu la hache du déboisement. Étonnant...

Il y a aussi des noyers cendrés (Juglans cinerea) dont la plupart, malheureusement, étaient atteints du chancre du noyer cendré (Ophiognomonia clavigignenti-juglandacearum ou  Sirococcus c. j.). Cette espèce d'arbre est maintenant en voie de disparition à cause de ce champignon. Peut-être trouvera-t-on un jour des arbres qui résistent naturellement à cette maladie. Peut-être que ce sera ici qu'on les trouvera? Sait-on jamais?


Charmes de la Caroline, Carpinus caroliniana.

Où ailleurs peut-on voir tant d'ostryers de Virginie (Ostrya virginiana) ? L'arbre de taille moyenne n'est pas si courant dans les parcs ou sur les propriétés privées. Puisque l'espace est souvent réduit en milieu urbain, c'est assez étonnant. L'ancienne forêt nous réservait bien d'autres arbres intéressants. Il y a aussi des spécimens de Cerisier tardif (Prunus serotina), Caryer cordiforme (Carya cordiformis), Chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa), Frêne blanc (Fraxinus americana) et Frêne rouge (Fraxinus pennsylvanica), Tilleul d'Amérique (Tilia americana) et même Thuja occidental (Thuja occidentalis). Une belle et riche forêt!

Le plus étonnant c'est sans doute la présence ici et là de groupes de charmes de la Caroline (Carpinus caroliniana). C'est sans doute la population la plus importante de ce petit arbre sur toute l'île de Montréal. Certains spécimens ont été planté mais d'autres sont des arbres libres, d'origine naturelle, et cette population s'y reproduit librement. Curieusement, ce simple phénomène de la vie des arbres est aussi rare que cette espèce qui prolifère pourtant si facilement! C'est ce qui arrive quand use de la tondeuse avec discernement!

Gestion différenciée des espaces verts, vous connaissez?


Autour du bosquet : deux espèces d'aubépines (Crataegus spp.). Notez la petite tache jaune sur la feuille.

Autre particularité du parc, les aubépines (Crataegus spp.) : ce sont trois ou quatre espèces qu'on y trouve. Pourtant si caractéristiques de la région montréalaise, les aubépines sont sous-représentées dans nos parcs et autres espaces verts. C'est probablement à cause de considérations strictement phyto-sanitaires dont il faudrait peut-être un jour refaire l'analyse coût/bénéfice. Ces arbres sont effectivement souvent des hôtes intermédiaires pour un champignon (rouille du genévrier, Gymnosporangium clavipes) qui attaque ces conifères (le coût). Mais en fait de source de nourriture, l'aubépine est un irremplaçable garde-manger pour quantité d'abeilles, mouches, chenilles et papillons, sans compter de nombreux oiseaux et les petits mammifères (le bénéfice). Cette rouille ne tue pourtant pas les genévriers mais en diminuerait la valeur esthétique. C'est apparemment suffisant pour avoir décrété indésirable l'arbre super-marché de la biodiversité. Tant d'espèces se trouvent exclues pour la protection d'une seule... Quel perte, ce jugement d'une autre époque!


Vue complète du bosquet, petit échantillon du passé et beau trésor!

Les aubépines croissent à la limite des boisés, en pleine lumière. Souvent les prolifiques nerpruns cathartiques (Rhamnus cathartica) prennent exactement cette place. C'est le cas ici dans un petit bosquet conservé dans le parc. Si les aubépines adultes survivent (quel petit arbre fort!) une masse de nerpruns empêchera par contre leur régénération. Bien que les oiseaux ne fasse pas toujours la différence (ces deux arbres produisent des fruits recherchés) la place écologique occupée par les aubépines est incommensurablement plus grande.

Si les oiseaux n'y prêtent pas attention, que dire des humains qui devraient en savoir un peu plus? Le gestion différenciée appelle notre judicieuse intervention.


Croissance naturelle d'un Charme de la Caroline.

Le bosquet est dans la section nord du parc. Malgré sa petite taille, il nous réservait bien d'agréables surprises! C'était une véritable pépinière spontanée, produisant presque toutes les espèces d'arbres et d'arbustes que l'on trouve dans l'ensemble du parc. Des charmes, érable noirs, chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa), ostryers et ormes (Ulmus americana) avec à son périmètre les quelques Aubépines.

Quand on sait l'origine des arbres de ce parc toute la valeur génétique de ces quelques mètres carrés ne peut que réjouir. Ou nous réveiller un peu de nos habitudes. Ici comme ailleurs je ne cesserai de m'étonner de la présence dommageable des nerpruns qui limitent la productivité des lieux et du peu d'empressement à intervenir... Il ne s'agit, après tout, que de l'affaire d'une grosse journée de travail à quelques employés afin de les retirer du bosquet et de favoriser la biodiversité des lieux.


Semis spontané de Charme de la Caroline. 

En terme paysager le bosquet offre bien sûr une diversité formelle mais tout son intérêt est au niveau biologique : la biodiversité s'y exerce!


Semis spontané d'Érable noir.

La naturalisation de la nature

L'Arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville fait une expérience de gestion différenciée dans ce parc. L'expérience de naturalisation qui a lieu est judicieuse quand on constate les espèces présentes et la grande valeur écologique du parc. Saluons la vigilance des responsables mais notons l'apparent manque de communication avec les résidents riverains. On ne fait pas un travail de communication suffisant. C'est assez habituellement ainsi qu'il en va. Des experts et des fonctionnaires sont occupés à leur travail et négligent d'expliquer aux résidents. Ils négligent ainsi de signifier et de signaler les nombreux arbres intéressants dans ce parc et d'indiquer que ces espèces s'y reproduisent… C'est pourtant le but de l'opération de naturalisation, permettre (entre autre) la reproduction d'espèces rares!


Semis spontané de Nerprun cathartique...

Tiré de la page "Cohabiter avec la nature" :

"Soucieuse de bien informer la population, la Division des parcs et des installations souhaite sensibiliser les gens sur l’entretien différencié de la végétation. Depuis plusieurs années, l’arrondissement a révisé les méthodes d’entretien de ses parcs et de ses espaces verts au profit d’un entretien différencié (…) Il ne s’agit pas de laisser à l’abandon ces zones, mais bien d’y intervenir différemment. Traditionnellement, l’entretien de ces zones urbaines consistait en la tonte complète et systématique, de façon régulière. Toutefois, cette méthode entraînait un appauvrissement de la flore, favorisait la présence de pissenlits et d’herbe à poux, tout en occasionnant des coûts élevés d’entretien."


Échantillons de feuilles des arbres du parc. Vous les reconnaissez? (Une autre planche rapido...)

Les personnes rencontrées ce jour-là n'étaient à l'évidence pas  parfaitement renseignées… ou d'accord… J'ai eu droit à deux points de vue bien différents, exactement opposés! Mais c'est probablement plus l'attachement de ces deux riveraines à cet espace par qui parlait… Chacune y voit son jardin en quelques sorte… La première que nous avons rencontré est totalement ravie de l'expérience. Devinez si je suis d'accord...


Signore Charles L'Heureux discutant avec Annie Geoffroy, une riveraine fleurie!

Du côté de l'opposition (assez formelle à mon avis) l'argumentation béton que l'on sert est toujours la même : depuis qu'on ne coupe plus l'herbe il y a eu des viols, des meurtres, des chiens se sont blessés sur du verre brisé. C'est connu, un buisson touffu ou de l'herbe haute sont certains de produire les pires monstres. On peut voir les données statistiques sur cette criminalité dans l'herbe folle? Des crimes se produisent dans les stationnements souterrains (ou de surface), des chiens se blessent sur les trottoirs et dans les ruelles. Même dans les maisons!  Il faudrait raser tout ça?

C'est évidemment le syndrome "Pas dans ma cour" contre celui du "Oui dans ma cour."

Le biais qu'induit la vision de chacun sur la question est incontournable : si la première me dit "de mon côté du parc nous sommes tous d'accord avec la naturalisation", la deuxième affirme "de mon côté du parc nous sommes tous contre". Cette distribution symétriquement heureuse des opinions convergents est un véritable miracle. Le hasard a fait s'installer du même côté du parc les gens partageant une même opinion. La nature est bien faite, non?

La conversation (animée!) entre nous quatre a quand même assez rapidement conduit à des compromis intéressants. La communication par l'Arrondissement serait assez efficace si on se donnait la peine...


Un intéressant casse-tondeuse. Mode d'emploi : installer ici et là.

Le discours actuel sur la protection des arbres (ou de la biodiversité) passe habituellement par la valeur des services qu'ils nous rendent : ils nous donnent de l'air frais et la filtrent, font de l'ombre et abaisse la température. Des machines à notre service, quoi! C'est un appauvrissement du regard par l'accessoirisation, la commodification, de la biodiversité. Où sont passé les sons et les odeurs, les formes et l'histoire de nos grands voisins? Oserons-nous prendre en compte leur propre vie et un droit à un peu d'espace! Même parmi nous... Les arbres auraient de plus une fonction assez exotique à mon avis : ils haussent la valeur immobilière de la propriété… Les deux riveraines était en effet très fières de posséder un grand chêne à gros fruits ou un beau grand caryer. 

Avec raison! Et leur valeur excède de loin nos représentations habituelles...

D'où viennent-donc ces grands arbres? Que font-ils là? Il viennent d'en face, dans ce parc qui était autrefois un forêt. Ils en font partie. Ils sont littéralement (génétiquement) de la même famille. Cette forêt est là depuis la fonte des glaces il y a 8-10,000 ans… Vous aimez l'histoire? Intéressez-vous aussi à l'histoire naturelle, faites place et soyez tolérants envers la biodiversité. Vous avez devant chez vous le Yellowstone ou le Serengeti.

Allez-vous vous plaindre de voir de girafes!


À gauche Quercus macrocarpa et à droite Carya cordiformis. Quel couple à couper le souffle!

La journée magnifique de juin magnifique (si, deux fois) n'était pas encore finie et nous nous sommes dirigés vers le parc Marcellin Wilson.

En chemin il y avait ce grand chêne ci-haut (si haut!) qui nous avait attiré de loin et nous avait fait découvrir le parc De Salaberry. Nous sommes maintenant devant et le ravissement est total. De loin nous n'avions pas vu son compagnon un beau Caryer cordiforme.

Que de beauté!



jeudi 13 janvier 2011

Berlin - Naturpark Südgelände

Photo HellMar62, Panoramio

Les grands changements économiques et industriels partout en occident ont laissé des installations ferroviaires en pâture à ruination... et à la nature. Que faire de ces espaces ensauvagés? Ce sont bien souvent des citoyens qui, s'étant attachés à ces espaces souvent dégradés et néanmoins verts, se feront les promoteurs d'une conservation devant le risque de "développement" ou de ré-assignation.



Photo: Michael Fielitz, Flickr.

À Berlin c'est le cas (entre autres il y a aussi le Gleisdreieck) de cet espace: Le Parc Naturel de Südgelände qui se trouve sur les lieux d'une gare de triage ferroviaire abandonnée depuis 50 ans. Outre les installations et artefacts historiques conservés sur place et l'ajout d'éléments d'art et d'architecture contemporains, le parc se divise en deux types d’espaces verts protégés. Une première zone est en fait une réserve naturelle de 3.2 hectares et la deuxième est une zone de conservation de paysage de 12.9 hectares.



Photo: HellMar62, Panoramio

Des passerelles en métal permettent de traverser la réserve naturelle. Ce sont des milieux naturels anthropiques qui sont ainsi protégés: prairies avec quelques espèces rares et boisés de bouleaux (Betula pendula), de robiniers (Robinia pseudoacacia) et de chênes. Une gestion des espaces assure que le boisé ne colonise pas tout l'espace des prairies ouvertes. La nature hybride de la biodiversité est une caractéristique des habitats urbains post-industriels. On considère ici que cela mérite une protection.



Photo: HellMar62, Panoramio

Surtout constituée de boisés, la zone de conservation du paysage peut tolérer une gamme plus étendue d'usages et une circulation plus intense. Les sentiers suivent néanmoins les anciennes voies ferrées. Dans les espaces résiduels les processus de colonisation, végétale et animale, sont invisibles et anonymes. Il n'y a pas de jardinier, pas d'architecte.  Ce qui n'empêche pas un résultat à traiter avec respect! Les villes ne peuvent plus se concevoir comme opposition à la nature. C'est avec les processus de la nature qu'il faut concevoir les villes aujourd'hui. Comment faire en sorte de réduire la signature culturelle/humaine au Champ des Possibles?


Sauerlandtom, Panoramio

Les plantations et aménagements que je propose pour le CDP sont initialement des artifices. À la différence des autres modes d'interventions (un design trop marqué de l'espace vert et une emphase sur les nécessités humaines, minéralisation, etc.) mes propositions ne sont toutefois pas des limitations aux processus de la biodiversité. Bien au contraire, elles sont pour elle des ressources. Plutôt qu'artifice elle sont une collaboration.


Gertrud K., Flickr

Si on analyse le projet dans le temps, ce qui paraît un savant jardinage, prend une toute autre allure. Le dynamisme inter-connecté des processus naturels permettra l'exportation des espèces introduites (plantées). L'artifice initial se dissolvant en quelques sorte dans les nouveaux paysages habitables en potentiel. Le biocorridor de la voie ferrée est en ce sens un élément essentiel. L'ensemble des RéBUs sera d'autant plus écologiquement fonctionnel que la voie ferrée recevra l'attention qu'elle mérite.


Photo Matrialis, Panoramio

Aménager des parcs et des espaces verts en milieu urbain, comme on le fait depuis si longtemps (et encore de nos jours...), conduit à cet intéressant paradoxe: c'est de l'étalement infra-urbain que nous faisons! L'étalement urbain, relayé ensuite par l'étalement péri-urbain (!) absorbent les paysages agricoles et naturels. 



Photo Architectes Odious


En plus de la disparition des habitats cela nous apporte bien des problèmes (transports et infrastructures). L'extravagante consommation des habitats est coûteuse. Pourquoi alors ne pas accorder la critique de l'étalement à l'espace "intra-muros", l'espace dans nos villes? Les espaces résiduels (terrains vagues, friches post-industrielles, etc.) réclamés en nouveaux espaces verts peuvent-ils se concevoir sur le modèle des parcs minimalistes du passé? Ce serait une monopolisation des espaces autrement disponibles à la biodiversité. Non? Les fiers citadins reprocheraient à la banlieue ce qu'ils s'autorisent sans hésitation?



Photo: Reinhard Schubert

Pourquoi ne pas aller virtuellement au Südgelände? Visitez cette page et voyez les nombreux panoramas 360 degrés: http://www.360cities.net/search/Südgelände.

Pour en savoir plus:

Consultez (en allemand) les pages de ce parc sur le site de Grün Berlin.

dimanche 26 septembre 2010

Place à la nature?


Tout un programme: mais c’est raté!


Afin de favoriser la biodiversité urbaine nous devons ré-examiner nos façons de concevoir et de faire nos aménagements paysagers et autres verdissements. L’utilisation d’espaces résiduels, marges d’infrastructures ou terrains vagues, nous offrent des opportunités uniques de partage de l’espace avec “les autres”, ces centaines d’espèces qui vivent avec nous. En regard des discours officiels sur la biodiversité et vu les limitations budgétaires et la rareté des espaces, nous devons tirer le meilleur parti possible des opportunités qu’offrent ces espaces résiduels. La plus grande difficulté de faire un peu de place à la biodiversité réside en fait dans nos cerveaux. C’est que nos représentations de l’espace vert et de sa vocation manque de discernement: nous oublions qu’il s’agit aussi d‘habitats (réels ou potentiels) pour bien des petites choses...

À partir d’une de ces occasions ratées de création d’un habitat, je vais esquisser quelques façons différentes et écologiquement adaptées afin de mieux rencontrer nos obligations.




View Pauline-Julien in a larger map
Carte localisant la butte de la rue Pauline-Julien


Près du Centre-Ville de Montréal, les rares zones encore “développables” sont habituellement les zones post-industrielles près de la voie ferrée. À la limite nord de l’arrondissement du Plateau Mont-Royal (voyez la carte Google ci-haut) quelques rues dont la rue Pauline-Julien sont nées de la construction de plusieurs grands ensembles résidentiels. Le quartier est très en demande et tous ces gens se sont librement installés devant ce qu’ils considèrent ensuite une horreur: la voie ferrée. Alors on leur a fait (à nos frais publics) un écran de béton sur une butte afin de ne pas trop perturber leur vue et leur qualité vie. Mais comme le béton est encore plus horrible que le chemin de fer on se mit à végétaliser (surtout par la plantation d’arbres) afin de cacher cet affreux mur, un écran cachant un autre écran.



 Vue de la rue Pauline-Julien vers l’ouest, fraîchement fauchée.

Une belle grande bande végétalisée et lentement enrichie d’espèces spontanées, dont tout le catalogue des “mauvaises herbes” de la voie ferrée (et bien d’autres choses...) s’installe sur l’espace nouvellement créé. Mais voilà: des résidents se plaignent ensuite de toute cette végétation sauvage et des dangers (?) que cela représenterait. “C’est pas propre!”. "Ya des voleurs qui s’y cachent”, etc. Les services municipaux ont les mêmes représentations sur la nature en ville. Faut que ce soit propre! Faut rectifier! Ils vont alors au-devant des “besoins” des résidents et agissent. D’une main ils plantent des affiches annonçant que dorénavant on fait place à la nature, et, de l’autre passent la faucheuse sur tout l’ensemble. Assez perplexant! Non?




Un des nouveaux ensembles immobiliers, style “maison de ville” je crois.

Il y a en fait tout un ruban de nature potentielle sur ces bandes de terrains le long de la voie ferrée de la rue Saint-Denis jusqu’à la rue Papineau, et c’est plus d’un kilomètre de butte-écran qui a été ouvragé. Ce sont donc des fonds publics qui, par du grand terrassement puis du verdissement, subventionnent et maintiennent la valeur immobilière de ces habitations. Il faut probablement voir ici une formule qui compte sur un retour éventuel en taxes foncières de l’investissement public. Ça fait donc l’affaire de tout le monde. Dossier réglé!

C’est comme ça, je ne peux rien ajouter! Sauf ce qui suit: nous manquons ainsi l’occasion de faire d’une pierre deux coups! Nous avons collectivement des discours et des engagements envers la biodiversité. Nos verdissements des espaces résiduels puis leur gestion doivent en tenir compte. Des fonds publics ont permis ces travaux et il est possible de satisfaire le besoin d’un écran pour ces résidents tout en remplissant nos obligations envers la biodiversité. Nous devons enrichir ces plantations avec des espèces à haute valeur écologique: nectar pour les abeilles, fruits pour les oiseaux, etc. En masse! Avec générosité!





Bêtement plantés sur deux rangs, 4 ou 5 espèces d’arbres. À quoi bon?

Il faut surtout augmenter l’expertise de nos services d’horticulture en la matière:  suffit-il vraiment de planter 4 ou 5 espèces d’arbres pour se mériter le label “biodiversité”? Il faut aussi faire un peu d’éducation à la tolérance (au minimum...) de la part des voisins de ces nouveaux habitats. Ce sont après tout des infrastructures publiques d’une utilité certaine: qu’ils en prennent note! Qui se plaindrait d’avoir une vue sur un parc ou le mont Royal et d’entendre des oiseaux... et de voir ainsi la valeur de sa propriété augmenter?

La géométrie orthogonale est peut-être la meilleure pour les humains... mais certainement pas pour la biodiversité. La photo ci-haut nous montre un paysagisme de catalogue sans aucun effort, aucune imagination ou générosité. Les besoins d’un site naturalisé sont distincts des besoins d’un ensemble d’habitation. La routine d’une plantation rectiligne a peut-être sa place dans un environnement formel comme un parc ou un ensemble d’immeubles. Mais elle est assez incongrue dans une zone où c’est la biodiversité qui est visée. Il n’y a par exemple que les espèces d’oiseaux les plus communes (étourneaux, pigeons et moineaux), parfaitement habituées aux humains et capables de se débrouiller avec ces drôles “d’installations” qui viendront ici. Les autres éviteront. La faible diversité des oiseaux vous étonnent? Quelle place leur fait-on? Déjà de l’autre côté de ce mur sur la voie ferrée la diversité des oiseaux est plus grande...





Planter des arbres comme on dessine des rues...

Même le choix des espèces d’arbres me laissent perplexe. On y planté des érables de Norvège et des marronniers glabres, des micocouliers et des cerisiers ‘Schubert’, des frênes et quelques pins. Ce ne sont certainement pas des choix en fonction de l’indigénat qui ont été fait. Alors pourquoi de pas inclure des espèces à croissance rapide et parfaitement adaptée au milieu urbain? Ou conserver les arbres qui s’installent tout seul... Ce qui ne convient pas sur un trottoir ou un parc mérite certainement une sérieuse reconsidération dans un milieu en “naturalisation” comme cette butte. Source d’économie assurée (combien coûte une graine d’érable à Giguère, de frêne, de peuplier, etc.?) et effet immédiat... Un érable à Giguère croît jusqu’à 2 m et plus en une saison... Les cerisiers de Virginie s’installent tout seul, les frênes arrivent rapidement aussi, et les peupliers, etc. Je ne parle même pas des impacts positifs, de ces fameux services environnementaux gratuits (vraiment gratuit dans ce cas) que fournissent rapidement  ces arbres. L’économie qui en découlerait permettrait l’achat d’arbustes à fruit et d’espèces herbacées vivaces. Why not?




Et pourquoi ne pas planter de sorbiers sur nos buttes? 

Comme chez cet ensemble de condos où on a apparemment choisi les arbres (des sorbiers des oiseleurs, Sorbus aucuparia) en fonction de la couleur des fruits qui s’agencent avec la couleur de la brique... Choisir en fonction de critères esthétiques ou écologiques, selon une différenciation du site n’est pas une mauvaise idée. Une classification de tous nos espaces verts est souhaitable. Si le promoteur à travers un paysagiste a pensé à planter ces arbres, comment se fait-il que personne n’y ait pensé pour la butte? Les sorbiers sont trop petits? Ils font de sales fruits sur le trottoir? Ils ne vivent pas longtemps? Et quoi encore? Ce sont des critères peut-être pertinents pour une plantation sur un trottoir mais dans un “site de verdissement écologique” c’est à côté de la plaque. Le merle américain s’en fout. Pour lui tout cela est bon.




Le marronnier glabre (Aesculus glabra) pour qui ce beau jaune? Pour la biodiversité?

C’est un choix assez douteux que d’introduire des espèces en fonction de critères esthétiques. Le choix de cultivars aussi est une solution facile. Même les troncs sans branches des arbres standards de la pépinière, nécessité sur un trottoir, sont totalement incongrus dans un site de “naturalisation”. Un autre détail à examiner!

Prenons maintenant le cas du marronnier glabre ci-haut. C’est un arbre non-indigène et ses fruits attrayants pour les enfants (parce qu’ils ressemblent à des châtaignes ou “marrons”) sont toxiques. Mais comme il a de belles fleurs au printemps et de belles couleurs automnales il est jugé “acceptable”. Il est étonnant que des critères esthétiques permettent sa plantation malgré sa toxicité et son non-indigénat. Alors que l’érable à Giguère (Acer negundo) ou le robinier faux-accacia (Robinia pseudaccacia) eux aussi non-indigènes, mais utiles à la biodiversité et tolérant du milieu urbain, avec une croissance rapide, ne se voient pas accorder le même respect: ils sont jugés indésirables! Les critères utilisés me semblent bien obscurs... Ou improvisés! Ad hoc!




Un pin, d’accord. Et des viornes, des aulnes, ou des cornouillers, pourquoi pas?

Le paradigme “espèces indigènes” ne conduit même pas à choisir un arbre-emblématique de l’île de Montréal, de son écologie et de son histoire: la simple et magnifique aubépine, le glorieux cenellier (Crataegus spp.). Ses épines sont-elles plus dangereuses que les fruits toxiques du marronnier glabre? La butte dont il est question ici n’est pourtant pas aménagée pour la circulation humaine. Pourtant l’aubépine est probablement le petit arbre le plus utile à la biodiversité: site de nidification recherché par de nombreuses espèces d’oiseaux, fleurs à nectar au printemps, des dizaines d’espèces d’insectes de tous ordres le fréquentent et s’en nourrissent, des petits mammifères grignotent son écorce, etc. Ses fruits sont de plus une importante nourriture d’automne et d’hiver pour les oiseaux et petits mammifères. L’arbre-roi couronné par l’ensemble de la biodiversité! Épines comprises! Alors, nous en plantons?

Nous disons faire pour la biodiversité mais nous plantons des espèces qui ne conviennent qu'à nos goûts!




Peinture murale de Caroline Grosd’Aillon dans l'entrée du plus récent immeuble.

La peinture murale ci-haut pourrait être une aubépine en fleur! Préférons-nous une représentation de la nature dans l’entrée d’un immeuble à cette même nature en vrai juste en face?

Si nous souhaitons être jugé favorablement en regard de nos discours sur la biodiversité il faut en arriver à une gradation de ces choix en fonction du contexte: s’agit-il d’un trottoir, d’un parc de détente ou d’un milieu “naturel”? Le choix des plantations est ainsi plus rationnel et une gestion différenciée de l’entretien de ces espaces peut être mise en place.

Le champ est ouvert pour la création d’habitats riches pour la biodiversité en milieu urbain. Il faut pour cela se départir du regard anthropocentriste (esthétique et autre) que nous avons. Si vous êtes une mésange qui pèse quelques grammes vous aimez la sécurité que représente un branchage touffu. Vous aimez aussi une variété d’espèces végétales offrant une variété de ressources: abri, matériau pour le nid, plus grande diversité d’insectes ou de fruits, etc. Ce qui convient à cette mésange est à peu près exactement le chaos qui nous fait tant horreur, le bordel qui nous fait craindre un impact négatif sur la valeur foncière de notre domicile. Il s'agit d'une simple méconnaissance.

Une vue sur la nature du Mont Royal a un impact “positif” sur la valeur foncière  (et la qualité de vie...) partout autour. Pourquoi cela devient-il un facteur négatif sur la rue Pauline-Julien ou ailleurs?




La butte “naturalisée” de la rue Hélène-Baillargeon, près de Saint-Denis. Effrayant?

Il est craindre que la butte de cette autre section (la première construite en fait) portant le nom de rue Hélène-Baillargeon, connaisse le même sort que celle de la rue Pauline-Julien: une rectification majeure s’en vient. Sur cette vue d’ensemble nous avons une idée de ce que serait devenu les sections “corrigées” par la fauche sur Pauline-Julien.

Le même style paysager (!?) avec une plantation des arbres sur deux rangs: à l’arrière-plan contre le mur de béton des tilleuls (dont les feuilles tourneront au jaune bientôt) et devant des cerisiers “Schubert” (encore ce foutu rouge!). La densité de la végétation s’explique par les plantations de vivaces à l’origine. Mais il faut aussi constater que toute la flore de la voie ferrée s’est ammenée à son tour. Il y a donc de tout! Framboisiers, carottes sauvages, onagres, vignes des rivages, verges d’or et asclépiades, vinaigriers et verveines, herbe à poux et eupatoires. De tout! Et j’en oublie... Ce qui suit surtout....




Cette jeune aubépine vaut cent cerisiers ‘Schubert’. Va-t-on la protéger?


Il y a même une rareté des plus intéressantes: une jeune aubépine spontanée. C’est que  nous sommes à 200 m de la seule aubépine sauvage (Crataegus canadensis) qu’il reste dans l’arrondissement! J’ai le spécimen (qui est mal en point) à l’oeil depuis quelques années et c’est un écotype montréalais à préserver à tout prix. Vous croyez que sa trop rare progéniture survivra au travail des employés de l’arrondissement?

Le nettoyage s’en vient-il? Ce serait une perte cruelle!




Les fruits de la dernière aubépine sauvage du Plateau?


La place à la biodiversité urbaine est-elle si difficile à accommoder? La plus grande difficulté réside dans nos têtes. Ai-je semé une graine en terre fertile?

SAUVONS L'AUBÉPINE!



mercredi 30 juin 2010

Tous au Champ des Possibles!




plus ya d’herbe, plus ya de biodiversité...


Ambrosia artemisiifolia -l’herbe à poux- a un pollen allergène. Le Champ des Possibles n’est  pas particulièrement infesté mais nous avons une entente avec l’arrondissement: plutôt que de voir le champ fauché nous allons nous occuper de la mauvaise herbe. Pour l’instant le traitement proposé est le suivant: on l’arrache! Elle est enracinée superficiellement et cela ne demande pas un grand effort. C’est tout le champ qui doit ainsi recevoir nos soins attentionnés. Jusqu’à maintenant le gestion du problème signifiait une fauche générale de tout l’espace. C’est tuer une mouche avec de la dynamite!



La terreur verte au pollen allergène: vous la reconnaissez?

En très grande partie la plante se retrouve en marge des sentiers où l’herbe est basse. La tâche n’est pas au-dessus de nos moyens collectifs surtout si vous venez nous donner un coup de main. La plante n’est pas encore allergène, elle fleurira et émettra son pollen dans quelques semaines seulement. Mais apportez vos gants et votre chapeau tout de même!



La solution jusqu'à maintenant: le syndrome du terrain de golf.


Parlant de tuer une mouche avec de la dynamite... vous saviez qu’une minuscule mouche à fruit a une relation particulière avec cette très mauvaise herbe? La femelle d’Euaresta bella (ces petites mouches “sans intérêt” ont rarement des noms communs...) pond ses oeufs dans les fleurs de l’herbe à poux. Les larves se nourirront des graines qui se développent et sont de fait un contrôle biologique intéressant! C’est un phénomène parallèle avec celui de la relation du papillon monarque et de l’asclépiade. Mais évidemment le monarque c’est beau et l’asclépiade ça sent bon! Les petites mouches à fruit et l’herbe à poux, elles...



Une des chorégraphies amoureuses de Euaresta bella

Le Champ des Possibles est plein de ces relations écologiques discrètes et peu spectaculaires. La biodiversité est-elle un catalogue où nous choisissons les espèces qui nous conviennent? On comprend sans difficulté la nécessité de gestion de cette plante nuisible à la santé humaine. Et la mouche?


Que dit donc ce sémaphore?

Euaresta bella mérite quand même qu’on s’y attarde un peu, ne serait-ce que pour expliquer pourquoi il ne faut surtout pas retirer tous les plants de l’herbe à poux (de toute façon est-ce envisageable?). Pardonnez la mauvaise qualité des images plus haut: la mouche est très petite et hors foyer sur une ombelle de carotte qui se baladait au vent... Que faisait ce mâle? C’est une danse de séduction, un sémaphore amoureux qu’il exécute pour une femelle. Cette mouche a mille danses et courbettes comme celle-là... un spectacle de cirque de puce, sans projecteur, sans grand spectateurs! Les mâles ont aussi d’autres démonstrations attachantes pour les femelles: l’ombelle de carotte en plus d’une piste de danse est une fontaine de nectar et le mâle donnera du nectar à une femelle qui approchera. C’est la trophallaxie, c’est à dire une offrande de nourriture qui pourrait bien se doubler ici de quelque messages phéromonaux.






Les Amis du Champ des Possibles souhaitent conserver un maximum de ces relations écologiques. En attendant un plan de gestion plus élaboré et afin d’éviter la fauche radicale qui ne fait qu’exacerber le problème et constitue une perturbation massive de la biodiversité nous devons extirper l’herbe à poux. À la main!

Vous viendrez profiter du champ, nous rencontrer et nous aider à conserver tous ces petits spectacles? Samedi le 3 juillet de 14 à 17h. S’il y a pluie ce sera remis au samedi le 10. Apportez gants, chapeaux, eau et... loupe!