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mercredi 17 mai 2017

Opéra Canopée: publié!


C'est pas trop tôt...





Non, je sais... mais le truc avec faire l'homme-orchestre c'est qu'il y a plusieurs instruments et... un seul instrumentiste!

Mais voilà c'est fait, le petit ouvrage est fait et enfindisponible. Gratuitement. Si vous insistez pour payer quelque chose, voici: partagez cette parution! Ça vaut de l'or, paraît-il...





Si vous avez un ordi, une tablette ou un téléphone Apple vous pouvez le prendre librement dans iBooks:


lien vers iTunes

Ou si vous êtes déjà dans iBooks: cherchez "Roger Latour". Vous trouverez par le fait même mes autres livres. Il y en a qui seraient tentés!

Si vous avez un ordinateur PC ou une tablette Android, j'ai préparé une version PDF de Opéra Canopée. Il s'agit d'un lien vers Drop Box (si vous n'avez pas de compte avec eux, vous pouvez quand même télécharger le document):


Lien vers Drop Box

Attention le document fait tout de même quelques 135 meg...



Je croyais avoir la version en EPUB3 prête en même temps que les autres formats... mais non! J'y travaille!

Et bien sûr, puisque nous sommes tous sur les immédiats-sociaux vous partagerez la nouvelle de la parution avec vos amis? C'est donnant-donnant, non? Merci!

Vous m'en donnerez des nouvelles? Vous pouvez commenter et vous signalez (et me suivre) ici:

Facebook  ou sur Twitter.






mardi 19 novembre 2013

La moitié d’un géant : Sequoia sempervirens




Séquoia sempervirent, Coast redwood.

Si vous lisez bien la légende sous la photo, il s’agit de la moitié d'un arbre… sa tendre moitié prendra le train de jeudi.


dimanche 6 octobre 2013

12 octobre: + d'arbres au Champ des Possibles!


Ce billet est essentiellement une publicité. Une invitation aussi! Chez les pépinières tous les végétaux sont en solde...






Nous aurons un événement spécial pour la fin de la saison au CDP. Apportez vos gants et des pics et des pelles! 


Au programme:

- Plantation de nos arbres! Si vous ne le saviez pas, nous avons une discrète pépinière depuis quelques années au CDP. Les arbres sont maintenant prêts à être placés définitivement dans les haies. Nous avons de beaux Chênes rouges, des Érables à sucre et, en plus, un des arbres les plus importants pour la biodiversité: le Cerisier tardif. Près d'une douzaine d'arbres à planter! Vous êtes partants?

De plus des Amis apporteront des espèces d'arbres et d'arbustes indigènes. Nous allons donc nous salir les mains et travailler fort à creuser le sol du CDP. L'Arrondissement nous fournira du sol de meilleure qualité et du paillis. Apportez vos bras et votre bonne volonté.

- Extirpation des jeunes Ormes de Sibérie. Saviez-vous que la biodiversité sera négativement affectée si nous laissons ces nombreux petits arbres croître? Nous nous montrons tolérants pour les espèces exotiques au Champ mais dans ce cas c'est l'arbre lui-même qui est intolérant! Nous ne voulons pas une monoculture d'Orme de Sibérie, il faut couper les jeunes arbres. Pour le remplacer, que dites-vous de planter des Ormes liège et des Ormes rouges, deux espèces indigènes qui, au contraire, favoriseront la biodiversité?





- Extirpation des Nerpruns. Nous n'avons que peu de ces arbres mais tout comme l'Orme de Sibérie si nous les laissons se multiplier ils délogeront les autres espèces. Tous les milieux naturels de la région de Montréal font la lutte à cette espèce trop envahissante. Si nous laissons aller les choses, le travail sera encore plus dur dans quelques années! Agissons maintenant et plantons des espèces indigènes. Des aubépines et des amélanchiers indigènes sont préférables.

- Ménage Général des lieux. À tous les printemps nous avons une corvée de nettoyage. C'est l'occasion d'une rencontre des Amis du Champ des Possibles. Par ailleurs le CDP est de plus en plus fréquenté et ça laisse des traces! Il faut maintenant penser à une corvée d'automne. Plus nombreux on sera, plus vite ce sera fait!

- Votre Arbre au CDP! Vous voulez planter un arbre indigène, pour le plaisir de contribuer à la biodiversité du Champ? Ou commémorer un événement ou une personne? Mais vous ne savez pas où le faire? On peut vous aider… Certaines personnes nous ont déjà contacté pour le faire et nous avons pensé que ce serait une bonne idée d'étendre la suggestion. 


(J'ai publié une liste d'arbres et arbustes à la fin de ce billet: ici.)



- Hanami au CDP? Un hanami ("regarder les fleurs", en japonais) est une longue  tradition japonaise d'apprécier la beauté des fleurs des cerisiers. Les gens en profitent pour se rencontrer et faire un pique-nique entre amis ou en famille, il s'agit de célébrer le printemps. Attendre l'arrivée du printemps à Montréal, nous connaissons cela! Et nous avons justement des cerisiers au CDP… Mais nous pourrions aussi avoir des amélanchiers et des pruniers? Avez-vous déjà senti le parfum du prunier noir? C'est le meilleur moment d'acheter des arbres fruitiers indigènes dans les pépinières: tout est en vente!



Prunus nigra: vous n'avez jamais senti meilleur parfum!

Avec tous ces arbres de la même famille (les Rosacées) nous aurions du même coup: une occasion fleurie de fêter pour les humains, des litres de nectar pour les abeilles et autres pollinisateurs et des tonnes de fruits pour les oiseaux! Comme on dit: c'est gagnant-gagnant et gagnant…



Qu'en dites-vous?




jeudi 3 octobre 2013

Notman: un Jardin Historique 1



Le Jardin Notman il y a quelques années...

L'intérêt patrimonial des maisons bourgeoises du 19e siècle et leur protection n'inclût malheureusement pas les jardins qui les entouraient. C'est une petite charcuterie historique déplorable. La conservation des maisons historiques et leur protection par le Ministère de la Culture devrait inclure par défaut les jardins attenants. Le cas de la Maison Meredith-Notman est assez emblématique de décisions à courte-vue: la maison est protégée mais là ou elle est sise, le jardin, on (re)connaît pas!
 
Cette logique conduira peut-être un jour à déplacer tout simplement les maisons historiques afin de permettre à la spéculation immobilière de librement s'exercer...


Le trait rouge indique l'emplacement de ce jardin.

Heureusement, les temps changent: le patrimoine, ce n'est plus que le minéral! C'est bien beau la pierre grise, mais ya pas que ça! Même nos discours contemporains sur la canopée et les services environnementaux rendus par les arbres gagneraient de richesse à s'intéresser, non seulement au patrimoine vivant actuel, bien sûr, mais aussi au patrimoine vivant historique.

Et c'est ici que ce jardin devient intéressant.


Vue sur le Jardin depuis la rue Milton

Tout au cours du 19e siècle de nombreux essais d'introduction de nouvelles espèces d'arbres ont eu lieu. Si beaucoup de ces arbres sont aujourd'hui disparus, la plupart de ces nouveautés sont en fait aujourd'hui encore présentes et tout simplement oubliées… 

Le Jardin Notman est connu pour les colossaux Érables argentés (Acer saccharinum, Silver maple) que l'on voit bien sur la première photo. Le site est aussi connu pour les Chicots féviers (Gymnocladus dioicus, Kentucky coffee-tree) qui se reproduisent naturellement sur place. Cette dernière espèce est intéressante, à coup sûr, mais il y a bien autre chose que l'on trouve au Jardin Notman.


 Vue sur le Jardin depuis la rue Saint-Urbain.

Pensons au cas intéressant de l'Orme lisse (Ulmus laevis, European white elm) que l'on trouve (inconnu…) au parc La Fontaine ou au parc Jeanne-Mance pas si loin d'ici*. L'Orme lisse a justement été trouvé dans une ruelle pas loin du Jardin Notman. De plus, un échantillon laisse croire qu'il se trouve très probablement sous une forme juvénile dans le Jardin Notman. Il faudra confirmer.

Trouvez à la fin du billet une liste faite à partir d'un échantillonnage imparfait que Charles L'Heureux et moi avons fait il y a quelques mois. L'accès au jardin n'est pas facile...

*Pour rappel, voyez la série de billets sur cet arbre: ici, ici et ici.


 Vue sur le Jardin depuis le boulevard Saint-Laurent.

Par son emplacement le Jardin Notman est représentatif (sous un forme encore à révéler…) d'une époque. Les propriétaires successifs de la maison faisaient partie de l'élite anglophone du 19e siècle. Une des plus importantes caractéristiques des jardins de ces villas était le choix des arbres qui étaient mis en valeur. La présence du Chicot févier est justement emblématique de la volonté d’apparat par le choix d'arbres exotiques, venant de plus au sud (États-Unis ou Ontario) ou souvent européens, qui signalaient le raffinement et le confort matériel.  


La rue Clark: perso j'agrandirerais le Jardin Notman de ce côté...

Tout à côté de la maison Meredith-Notman se trouvait la maison Torrance-Molson (aujourd'hui disparue). Je ne sais pas encore très bien ce que contenait autrefois le Jardin Notman. Par contre le spectaculaire jardin Molson (en 1834) peut nous en donner une idée:

"Dans le jardin de M. Molson on trouve une grande variété de fruits tels que Pêche, Nectarine, Abricot, Pomme, Poire, Prune, Cerise et Raisin. M. Molson a aussi un Arboretum canadien et son jardin est extrêmement bien soigné sous la direction de M. Millan"

Chez les Molson je sais par ailleurs que l'on trouvait un Platane occidental (Platanus occidentalis, American sycamore). Un siècle et demi plus tard nous commençons à  planter à nouveau cet arbre à Montréal... Ces maisons étaient le site d'expérimentation et d'introduction d'espèces que nous redécouvrons aujourd'hui. C'est le cas du résistant et adaptable Chicot févier évidemment. Mais c'est le cas de bien d'autres! 


Cet été au Jardin Notman...

Notre patrimoine arboricole est bien mal connu il me semble. Nous ré-écrivons l'intérêt pour les arbres avec des préoccupations contemporaines: la volonté d'augmenter la canopée pour réduire les îlots de chaleur par exemple. Cela nécessite un catalogue élargi d'arbres résistants en milieu urbain. Nous redécouvrons ainsi des arbres qui étaient à l'essai il y a 100 ou 150 ans... Nous découvrons alors que même les jardins peuvent avoir un intérêt historique et, sauf erreur, nous n'avons aucun jardin du 19e siècle à Montréal.

Alors pourquoi ne pas faire du Jardin Notman un jardin historique typique du 19e siècle? Nous pourrions y avoir des arbres indigènes ou exotiques et des arbres fruitiers extraordinairement variés. Avec l'intérêt renouvelé pour les arbres fruitiers en milieu urbain, ce serait un succès! Assurons-nous toutefois de corriger d'abord la situation: qui a eu l'idée saugrenue de percer le site avec un bout de la rue Clark!?

À la Maison Notman, le Jardin Historique est bien là, à nous attendre. Nous avons une occasion rare de le révéler et de le valoriser.


Liste des espèces ligneuses (arbres, arbustes, etc.) au Jardin Notman

Nous n'avons pas eu accès au jardin proprement dit. Certaines espèces ne peuvent être confirmées, d'autres étaient reconnaissables même de loin. Le rapport d'expertise de 2004 parle de l'If du Canada. Nous pensons qu'il s'agit d'une autre espèce*. La liste est dressé par Charles L'Heureux et Roger Latour.

Cerisier de Virginie, Chokecherry, Prunus virginiana
Cerisier de Virginie, Chokecherry, Prunus virginiana 'Schubert'
Amandier de Chine, Flowering Almond, Prunus triloba
Pommetier, Crabapple, Malus sp.
Chèvrefeuille de Tartarie, Tatarian honeysuckle, Lonicera tatarica
Vigne vierge à cinq folioles, Virginia creeper, Parthenocissus quinquefolia
Frêne rouge, Red ash, Fraxinus pennsylvanica
Lilas commun, Common lilac, Syringa vulgaris 
Chicot févier, Kentucky coffee-tree, Gymnocladus dioicus 
Érable argenté, Silver maple, Acer saccharinum
Érable de Norvège, Norwegian maple, Acer platanoides
Érable négundo, Manitoba maple, Acer negundo
*If commun, English yew, Taxus baccata
ou
*If du Japon, Japanese Yew, Taxus cuspidata
Orme d'Amérique, American elm, Ulmus americana
Orme lisse, European white elm, Ulmus laevis (à confirmer)
Orme rouge, Red elm, Ulmus rubra
(à confirmer)  
Nerprun cathartique, Common buckthorn, Rhamnus cathartica
Épinette bleue, Colorado spruce, Picea pungens
Marronnier d'Inde, Horsechestnut,  Aesculus hippocastanum


Je vous reviens sur ce sujet samedi...

 

mercredi 25 septembre 2013

Le Chêne pédonculé, espèce naturalisée?




Je sais pas pour vous mais pour ma part je constate que la production de glands par les différentes espèces de chênes a été assez extraordinaire cette année. Bonne récolte quoi! Et les récolteurs, en ville du moins, ce sont les écureuils qui ont tôt fait razzia… Le Chêne rouge (Quercus rubra, Red oak) ci-haut est au métro Mont-Royal où il y a toujours beaucoup de monde sur la place. Les écureuils, habituellement sans gêne, hésitent peut-être un peu d'y aller… les arbres sont donc encore chargés de glands. Quelques autres arbres du quartier n'ont plus un seul gland en branche, depuis longtemps…




Comme le Chêne rouge, le Chêne pédonculé (Quercus robur, English oak) a produit des glands (la photo ci-haut) à la tonne cette année. Vous vous rappelez que nous avons trouvé ce Chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa, Burr oak) qui se reproduisait spontanément (avec l'assistance de quelques écureuils oublieuses) dans une ruelle tout près. Voyez ce billet ici.

Alors que penser de tous ces glands du Chêne pédonculé? L'écureuil en oublie?

Charles L'Heureux me demandait si j'avais déjà vu un Chêne pédonculé  spontané. L'arbre est après tout abondamment planté, habituellement sous sa forme fastigiée. Par ailleurs on sait que l'espèce est naturalisée sur la côte Est américaine mais aussi au Canada: en Ontario et dans les Maritimes. Alors pourquoi pas par ici?

 

Sur la photo ci-haut on voit deux Chênes pédonculés: l'un à l'arrière-plan (pas très visible…) étroit et plus haut est un cultivar fastigié et l'autre à l'avant-plan (on voit son tronc au centre de la photo), tout en rondeur, n'est pas fastigié. Il y a par ailleurs un alignement de quatre ou cinq arbres tout à côté. Mais que penser de ces deux arbres? A-t-on planté ainsi côte à côte, à moins d'un mètre, deux chênes? L'un fastigié et l'autre "normal"? Ou s'agit-il d'un sauvageon, issu d'un gland oublié par un écureuil?

Le cultivar fastigié ne se reproduit pas par les glands, puisqu'une pollinisation croisée donne des glands produisant des individus "normaux", ronds. Le cultivar Chêne pédonculé 'Fastigiata' est en fait une greffe d'une branche d'un individu fastigié (un clone donc) sur un pied d'un arbre issu d'un gland "normal" à cause de la pollinisation croisée.
 
Je ne suis pas certain de pouvoir l'affirmer et je ne sais pas comment le démontrer parfaitement: cet individu est possiblement un Chêne pédonculé spontané. Ce serait un ajout à la flore de Montréal et du Québec...



mercredi 18 septembre 2013

La fin d'un Carolin ou deux…



 (le même arbre en trois temps). Adieu Pachydermes...

Les grands, gros, centenaires Peupliers carolins (Peuplier de Caroline ici) du parc La Fontaine atteignent la fin de leur durée utile… Le mur de l'espérance de vie s'effondre. Deux sont présentement abattus.

S'agissant d'arbres éminemment remarquables, on a eu la prévenance de mettre des affiches et d'expliquer la raison de leur abattage. Il s'agit d'une élémentaire attention de bonne relation publique et, surtout, d'un respect minimal pour la relation des humains et de ces peupliers qui sont présents depuis le tout début du parc. 



L'utilité spéciale des peupliers.

On a pas eu la prévenance d'en planter de nouveaux toutefois! Il y aura malheureusement un grand trou, grand comme la négligence devant l'inévitable. Ces beaux arbres ne vivent pas très longtemps, c'est connu. Planter des peupliers n'est toutefois guère compliqué. Outre les efforts de comm, pour le remplacement, imaginez un peu que l'on ai songé, à faire des boutures (je sais que c'est beaucoup demander…) avec ceux qui sont déjà présents. Nous aurions eu une continuité génétique et historique d'un seul coup! Je sais, c'est beaucoup demander...

On nous dit ce que l'on fait mais il est dommage que ces nouvelles pratiques en matière de communication n'inclut pas une quelconque annonce de ce que l'on fera... Ça aussi ce serait une bonne pratique de communication...



En effet, ce qui sera planté en remplacement est aussi intéressant et signifiant que le trait de peinture orange fatale ou le petit papier plastifié. Voyons un peu ce que nous dit ce dernier:

3. Évaluation des conditions permettant la plantation d'un autre arbre. 

Check! Les conditions sont very excellentes. (temps de réponse: .0001 seconde)

4. Plantation d'un nouvel arbre si les conditions le permettent.  

Check!
 
Euh... ça n'a pas été fait??? (temps de réponse: dix ans de retard…)




La planification des soins et les relations publiques devraient être à la pleine mesure de la relation des humains avec ces arbres, véritables génies des lieux. L'entretien de notre canopée urbaine et le remplacement d'arbres historiques aussi importants dans un parc lui-même culturellement important ne peut donner une impression d'improvisation ou de "pour la suite, on verra"...

Un siècle d'histoire... 


Si ça avait été une maison centenaire, Héritage Montréal ce serait peut-être mêlé de la partie. Mais des peupliers? On s'en fout...




mardi 10 septembre 2013

Le Chêne de Jack




Le grand chêne inconnu

Tôt en février je suis allé avec Charles L'Heureux au parc Westmount pour voir un curieux chêne à côté d'un Chêne bicolore (Quercus bicolor, Swamp white oak). Peut-être était-ce un hybride? Les arbres n'avaient évidemment pas de feuilles et on devait en quelque sorte se fier aux maigres échantillons abimés que l'on trouvait au sol. Ce n'était pas tout à fait suffisant pour identifier ou même clairement distinguer les deux arbres. Une feuille semblait assez différente en effet (voyez-la à la toute fin du billet) mais ce n'était pas satisfaisant.

Trouvez le parc Westmount sur cette carte Google

L'examen des bourgeons des deux arbres du parc me laissait encore plus perplexe. L'un avait bien les bourgeons un peu plus gros, l'autre plus pointus… rien de déterminant! En ce qui regarde les autres caractères (couleur, lenticelles, etc.) toutefois, c'était assez similaire… Il faudra attendre de voir les feuilles et les glands.


Les deux spécimens en question: 1 au Parc Westmount, 2 sur une rue à côté.


Depuis quelques jours sur le Facebook Arbres remarquables et boisés du Québec il y avait une intéressante discussion sur l'identité de cet arbre inconnu. Charles venait de le visiter à nouveau et il avait partagé une photo des feuilles. On indiquait le Chêne chevelu (Quercus cerris, Turkey oak) mais je remarquais que la base des feuilles de ce dernier a de petits lobes de chaque côté du pétiole… Ce n'est pas le cas des feuilles affichées sur le Facebook. Ni de celles que j'allais échantillonner. Je me devais de déterminer l'identité de cet arbre!


Les deux spécimens: 1 au Parc Westmount, 2 sur une rue à côté.


La semaine dernière donc j'ai eu enfin l'occasion de retourner au parc Westmount. La première fois que je suis venu ici c'était pour une conférence devant la Westmount Horticutural Society en 2010. Si vous ne connaissez pas ce parc, allez-y! Quel bel arboretum! Un ensemble de très gros Chênes rouges autour d'un beau bassin, des Crataegus crus-galli (armés! pas comme le médiocre et inaccessible spécimen "inerme" (sans épine) du Parc Lafontaine!) et bien autre chose… dont un Métasequoia… passons…


Au centre: quatre feuilles de l'hybride entre les parents.


En m'y rendant depuis le métro Vendôme je rencontre justement sur une propriété privée un chêne qui a l'air d'un Chêne bicolore mais qui n'en est pas vraiment un… je prends quelques feuilles sans avoir accès aux bourgeons trop hauts et je ne vois aucun gland dans l'arbre ou au sol. Je suis néanmoins bien content de trouver, avant même d'arriver au parc, ce qui semble être un autre spécimen de ce chêne inconnu.

J'arrive ensuite au parc Westmount et devant l'arbre tout en feuille il n'y avait pas de doute: ce n'est pas le Chêne bicolore. Ici aussi je ne vois aucun gland, ni dans l'arbre ni au sol. J'ai donc deux arbres similaires et je ne sais toujours pas ce que ça peut bien être!
    
Mais j'ai des feuilles fraîches...


Mes deux spécimens correspondent assez bien à cette illustration de Hardin, 1975*.


Entretemps la discussion allait bon train sur le Facebook… On remarque justement que les chênes hybrides ne produisent pas toujours, ou peu, de glands. On propose toutes sortes de noms, etc. Quelqu'un propose même un hybride entre le Chêne blanc (Quercus alba, White oak) et le Chêne bicolore. Pour ma part à cause de l'absence des "oreilles" (les petits lobes de chaque côté du pétiole) je savais que ce n'était probablement pas un hybride avec une espèce européenne, Chêne pédonculé (Quercus robur) ou Chêne chevelu par exemple. Voyez l'illustration sur ce billet. Il fallait plutôt chercher du côté des hybrides avec des parents indigènes. La forte ressemblance des rameaux et des bourgeons observés en février indiquait un hybride du Chêne bicolore. Et maintenant la pubescence du revers des feuilles appuyait cette hypothèse. C'est en cherchant de ce côté que j'ai trouvé le nom de cet arbre:

Quercus x jackiana C.K. Schneid. 1904. Chêne de Jack, Jack oak, voilà notre arbre!

Les caractères des feuilles de cet hybride viennent d'un parent et de l'autre. C'est quelque chose comme: le Chêne bicolore détermine le nombre de lobes et le Chêne blanc détermine la profondeur de ceux-ci. Sur ma planche montrant les parents et l'hybride vous constatez que le Chêne blanc a des sinus (le creux entre les lobes qui projettent) profonds, touchant presque la veine centrale, alors que le Chêne bicolore n'a souvent qu'une vague ondulation sur le bord des feuilles avec des sinus peu prononcés. Le Chêne bicolore compte habituellement plus de lobes (ou quasi-lobes…) que le Chêne blanc. Ce dernier est aussi glabre (sans poils ou pubescence) au revers de la feuille si tard en été.



Carte tirée de Hardin, 1975*.


Le Chêne de Jack, c'est une grande rareté! Fait intéressant, cet hybride a été remarqué la première fois près de Châteauguay par un certain Monsieur Jack en 1894 et il a été ensuite formellement décrit par Schneider en 1904. Puis il a ensuite apparemment été oublié... passant probablement pour un drôle de Chêne bicolore jusqu'à ce qu'un certain Monsieur L'Heureux le remarque!

La carte ci-haut nous montre en trait noir la répartition naturelle du Chêne blanc. En grisé c'est la répartition du Chêne bicolore. Les points noirs indiquent où on a trouvé l'hybride. Par la flèche rouge j'indique la localisation du premier arbre trouvé à Châteauguay.


La feuille de février.

Sans même parler du deuxième Chêne de Jack (très possiblement) que j'ai trouvé dans les parages, il nous reste à expliquer la présence de ce vieil arbre au parc Wesmount! Y a-t-il été planté? Le site était une terre boisée, traversée de vallons et ruisseaux lorsqu'on en a fait l'acquisition en 1898. Peut-être que notre Chêne de Jack était déjà là? C'est déjà un spécimen rarissime et en plus il y serait chez lui, naturellement? Un vestige d'une forêt disparue?

Assez fascinant!
 

Je suis en total accord avec Charles sur ce point: les arbres de nos parcs sont mal connus et peu valorisés! Nous avons un patrimoine architectural bien défendu qui ne manque pas de place dans les médias. Les parcs et autres espaces verts trouvent toujours des gens prêts à les protéger. Le riche patrimoine vivant et historique des arbres lui...


*Hardin, James W. Hybridation and introgression in Quercus alba. Journal of the Arnold Arboretum. Vol. 56. 1975.


samedi 24 août 2013

En descendant Saint-Dominique




Coin Napoléon.

La rue Saint-Dominique s'entend. Parallèle et tout juste à l'Est du Boulevard Saint-Laurent (la Main, en anglais, pour les Montréalais) cette rue compte toutes sortes de petits trésors.


Coin Prince-Arthur.

C'est l'arrière-cour, le dos délaissé de la grande rue commerciale dans le coin. On y trouve pas mal de stationnements et l'ensemble a un air négligé.


 Dans la côte, au sud de Sherbooke.

Les lieux négligés sont justement la prédilection des mauvais arbres urbains! On trouve alors des petits bosquets ou presque-boisés depuis la rue Duluth jusqu'au Chinatown où j'allais hier.

 
 Au sud de Ontario.

Derrière ce petit boisé sauvage on a planté des conifères. Dans ceux tout à gauche il y avait une vingtaine de moineaux domestiques. Tous bien calmes et à l'abri. Un refuge pour cette espèce qui se fait rare en ville.


Près de Maisonneuve.

Il y avait aussi quelques potagers installés le long des clôtures et des stationnements.







Au sud de René-Lévesque.

J'approche de ma destination. Et je trouve encore des arbres spontanés, régulièrement placés au périmètre de ce stationnement à l'entrée du Chinatown. Un ami m'interroge justement sur l'origine des haies en milieu urbain. En voici un cas, même si la haie est bien minimale... nous sommes au centre-ville après tout... la minéralisation atteint les 95%...

En résumé: les arbres ci-haut font trois des quatre côtés du parking. Aucun n'a été planté. Autour de cet endroit il y avait une clôture basse en bois autrefois. Le vent a poussé les graines de frênes rouges, ormes de Sibérie, érable negundo, peupliers deltoïde ou Carolin (les seules espèces immédiatement présentes dans les environs) contre cet obstacle, parmi les débris ou dans la fente entre le bitume et le béton du trottoir. Les graines germent. L'hiver on déblaie la neige en évitant la clôture ou l'été l'entretien (ou la tondeuse ou l'inattention) évitent aussi la même clôture. Comme ce sont des arbres à croissance rapide, nous avons vite toute une plantation... à peu de frais...


Au sud de René-Lévesque.

 ... à peu de frais mais avec beaucoup de fraîcheur! Service de la flore spontanée, des mauvais arbres urbains. Laissés à eux ces arbres feront tout doucement du sol avec la décomposition des feuilles chaque année. Avec le temps l'asphalte se désagrégera, découvrant encore plus de sol et ce verdissement se complexifiera, d'autres espèces végétales arrivant par le vent et les oiseaux...

Ces bosquets ou ces haies hyper-minimalistes spontanés sont une co-production. Les processus spontanés de la biodiversité ont rencontré nos soins ou absence de soins de nos installations et infrastructures.

Ce n'est guère différent de la génération des haies en milieu agricole! Les espèces seront toutefois différentes puisque la source des graines sera les boisés naturels des environs. Aux limites des soins et besoins de l'agriculteur, le long du chemin ou d'un fossé, les haies s'installent. Avec le temps elles gagnent en densité, seule possibilité de croissance vu le travail ou le passage des humains de chaque côté...


J'ai été absent du blogue à cause de différents projets et surtout de la rédaction d'un document visant l'aménagement minimal du Champ des Possibles. Il s'agissait d'une adaptation de ce livre en préparation: Le Bocage Urbain. Il n'est pas facile de résumer un livre qui n'est pas encore terminé! Mais voilà je crois que c'est pas trop mal. Enfin si jamais vous vouliez une copie de ce document expliquant l'usage de la haie comme forme paysagère pour la biodiversité en milieu urbain, écrivez-moi à l'adresse courriel qui apparaît dans la colonne de droite.


 

vendredi 16 août 2013

Tour de l'orme






Orme d'Amérique (Ulmus americana, American elm). Un seul, mais vu de trois côtés. Il n'est pas d'une forme typique, c'est probablement dû à l'émondage de quelques grosses branches. Si je ne vous avais pas dit que c'était le même arbre, vous l'auriez deviné?

L'arbre est à Châteauguay. Son tour de taille est de 3,14 mètres (merci Charles...). "Ça donne un DHP (diamètre à la hauteur de poitrine) de... 1 mètre!" J'étais très fier de mon hyper-calculateur cérébral. Il a marché tout seul et craché le chiffre! Charles m'expliquait ensuite comment faire et défaire la formule mais peine perdue... je savais que c'était juste sans savoir exactement comment j'avais le calcul...

Ça rajeunit...

 

samedi 10 août 2013

La chênaie du Plateau Mont Royal!



Partons vers des régions sauvages du Plateau Mont-Royal.


Dring! Un téléphone. "T'as déjà vu ce grand chêne à gros fruits dans la ruelle près de Marie-Anne?".

Je réponds "Euh... non!? Où ça??" C'est à côté de chez moi ce grand arbre. Je ne le connais pas. C'est assez embêtant! Je ne visite jamais cette ruelle... j'ai toujours supposé qu'à part les ordures cette ruelle n'avait rien à offrir. Erreur! 


Un sentier nous donne accès à une drôle de forêt.

Vous conviendrez que comme lieu d'exploration on a vu mieux. Mais allons-y, avançons...



Pop! Que voilà? Le kit Ikea? Non! Derrière la boîte de cartron... C'est un jeune chêne!



Et sur le pare-choc de la bagnolette? Quo? Un autre chêne! On ne voit pas bien sur la photo mais il y a quatre autres jeunes chênes.



Et ce correspondant qui m'a gracieusement invité ici? Monsieur Charles L'Heureux lui-même. Mon ami a trouvé un grand chêne et maintenant on se rend compte qu'il y en a partout. Si le chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa, burr oak) est une espèce adaptable et tolérante en milieu urbain (on le plante pas mal en effet) on ne s'attend pas pour autant à trouver une chênaie en pleine ruelle! De chaque côté de l'arbre adulte, sur quelques centaines de mètres, les écureuils (et autres vecteurs) se sont chargés de distribuer les glands... dans les clôtures, sur les petits terrains, dans les stationnements et même dans les craques du béton ou de l'asphalte!

Une chênaie sur le Plateau? Dans une ruelle? C'est assez inattendu!


Vu d'un côté et de l'autre, voici le spécimen. Que fait-il là? Lui-même enraciné tout contre la clôture, a-t-il été planté dans un espace aussi étroit? Ou est-il lui-même un descendant de chênes qui étaient présents ici autrefois? Une hypothèse intéressante. Quoiqu'il en soit les glands de ce chêne ont une valeur toute spéciale: ils portent la génétique d'une adaptabilité à un environnement hautement perturbé. Un écotype urbain!



Un autre semis du chêne, en compagnie d'un arbre plus habituel dans les ruelles: un érable à Giguère (Acer negundo, Manitoba maple).

 

 Voilà un habitant adulte typique des ruelles (érable à Giguère)


En terminant, un peu moins surprenant, voici un micocoulier occidental. (Celtis occidentalis, hackberry). Il est lui aussi maintenant fréquemment planté sur les trottoirs (tout près d'ici) et les dans les parcs. J'en trouve fréquemment ici et là. Celui-là, ce sont les pigeons qui ont le contrat de distribution. Ils font un bon travail...


Bon weekend!