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vendredi 4 octobre 2013

Cogitus interruptus




Au boisé Marcel-Laurin à Ville Saint-Laurent il y avait ce coin où tous les arbres, nus de s'être effeuillés, étaient ainsi habillés par des Vignes vierges (Parthenocissus quinquefolia, Virginia creeper).



La vigne allait jusqu'à tout en haut de la tige, s'éclatant dans le bleu du ciel pour ainsi dire. So very métaphorique!

Un phénomène propre à la réflexion métaphysique. 

Ou plutôt naturaliste... Comment expliquer le phénomène? La vigne est commune mais elle ne prend pas comme ça sur tous les arbres. Por que? En premier je croyais que ça dépendait peut-être de l'espèce d'arbre? Du premier coup d'oeil je ne voyais que des Ormes d'Amérique. Ou alors plutôt du type d'écorce ou de son pH? Puis je remarque qu'il y avait aussi des frênes et d'autres espèces. C'est peut-être alors un autre facteur, les arbres étaient en effet tous du même calibre...

Les grimpantes et autres volubiles ont en effet une sensibilité tactile fine à la grosseur du support qu'elles requièrent.

Quand tout à coup...



...un assourdissant vacarme s’abat sur ma tête et ma profonde et intense activité cognitive fût fatalement interrompue... par le passage d'un très gros oiseau.


Mon interrogation restera stérile...  





mercredi 18 septembre 2013

La fin d'un Carolin ou deux…



 (le même arbre en trois temps). Adieu Pachydermes...

Les grands, gros, centenaires Peupliers carolins (Peuplier de Caroline ici) du parc La Fontaine atteignent la fin de leur durée utile… Le mur de l'espérance de vie s'effondre. Deux sont présentement abattus.

S'agissant d'arbres éminemment remarquables, on a eu la prévenance de mettre des affiches et d'expliquer la raison de leur abattage. Il s'agit d'une élémentaire attention de bonne relation publique et, surtout, d'un respect minimal pour la relation des humains et de ces peupliers qui sont présents depuis le tout début du parc. 



L'utilité spéciale des peupliers.

On a pas eu la prévenance d'en planter de nouveaux toutefois! Il y aura malheureusement un grand trou, grand comme la négligence devant l'inévitable. Ces beaux arbres ne vivent pas très longtemps, c'est connu. Planter des peupliers n'est toutefois guère compliqué. Outre les efforts de comm, pour le remplacement, imaginez un peu que l'on ai songé, à faire des boutures (je sais que c'est beaucoup demander…) avec ceux qui sont déjà présents. Nous aurions eu une continuité génétique et historique d'un seul coup! Je sais, c'est beaucoup demander...

On nous dit ce que l'on fait mais il est dommage que ces nouvelles pratiques en matière de communication n'inclut pas une quelconque annonce de ce que l'on fera... Ça aussi ce serait une bonne pratique de communication...



En effet, ce qui sera planté en remplacement est aussi intéressant et signifiant que le trait de peinture orange fatale ou le petit papier plastifié. Voyons un peu ce que nous dit ce dernier:

3. Évaluation des conditions permettant la plantation d'un autre arbre. 

Check! Les conditions sont very excellentes. (temps de réponse: .0001 seconde)

4. Plantation d'un nouvel arbre si les conditions le permettent.  

Check!
 
Euh... ça n'a pas été fait??? (temps de réponse: dix ans de retard…)




La planification des soins et les relations publiques devraient être à la pleine mesure de la relation des humains avec ces arbres, véritables génies des lieux. L'entretien de notre canopée urbaine et le remplacement d'arbres historiques aussi importants dans un parc lui-même culturellement important ne peut donner une impression d'improvisation ou de "pour la suite, on verra"...

Un siècle d'histoire... 


Si ça avait été une maison centenaire, Héritage Montréal ce serait peut-être mêlé de la partie. Mais des peupliers? On s'en fout...




mardi 10 septembre 2013

Le Chêne de Jack




Le grand chêne inconnu

Tôt en février je suis allé avec Charles L'Heureux au parc Westmount pour voir un curieux chêne à côté d'un Chêne bicolore (Quercus bicolor, Swamp white oak). Peut-être était-ce un hybride? Les arbres n'avaient évidemment pas de feuilles et on devait en quelque sorte se fier aux maigres échantillons abimés que l'on trouvait au sol. Ce n'était pas tout à fait suffisant pour identifier ou même clairement distinguer les deux arbres. Une feuille semblait assez différente en effet (voyez-la à la toute fin du billet) mais ce n'était pas satisfaisant.

Trouvez le parc Westmount sur cette carte Google. 

L'examen des bourgeons des deux arbres du parc me laissait encore plus perplexe. L'un avait bien les bourgeons un peu plus gros, l'autre plus pointus… rien de déterminant! En ce qui regarde les autres caractères (couleur, lenticelles, etc.) toutefois, c'était assez similaire… Il faudra attendre de voir les feuilles et les glands.


Les deux spécimens en question: 1 au Parc Westmount, 2 sur une rue à côté.


Depuis quelques jours sur le Facebook Arbres remarquables et boisés du Québec il y avait une intéressante discussion sur l'identité de cet arbre inconnu. Charles venait de le visiter à nouveau et il avait partagé une photo des feuilles. On indiquait le Chêne chevelu (Quercus cerris, Turkey oak) mais je remarquais que la base des feuilles de ce dernier a de petits lobes de chaque côté du pétiole… Ce n'est pas le cas des feuilles affichées sur le Facebook. Ni de celles que j'allais échantillonner. Je me devais de déterminer l'identité de cet arbre!


Les deux spécimens: 1 au Parc Westmount, 2 sur une rue à côté.


La semaine dernière donc j'ai eu enfin l'occasion de retourner au parc Westmount. La première fois que je suis venu ici c'était pour une conférence devant la Westmount Horticutural Society en 2010. Si vous ne connaissez pas ce parc, allez-y! Quel bel arboretum! Un ensemble de très gros Chênes rouges autour d'un beau bassin, des Crataegus crus-galli (armés! pas comme le médiocre et inaccessible spécimen "inerme" (sans épine) du Parc Lafontaine!) et bien autre chose… dont un Métasequoia… passons…


Au centre: quatre feuilles de l'hybride entre les parents.


En m'y rendant depuis le métro Vendôme je rencontre justement sur une propriété privée un chêne qui a l'air d'un Chêne bicolore mais qui n'en est pas vraiment un… je prends quelques feuilles sans avoir accès aux bourgeons trop hauts et je ne vois aucun gland dans l'arbre ou au sol. Je suis néanmoins bien content de trouver, avant même d'arriver au parc, ce qui semble être un autre spécimen de ce chêne inconnu.

J'arrive ensuite au parc Westmount et devant l'arbre tout en feuille il n'y avait pas de doute: ce n'est pas le Chêne bicolore. Ici aussi je ne vois aucun gland, ni dans l'arbre ni au sol. J'ai donc deux arbres similaires et je ne sais toujours pas ce que ça peut bien être!
    
Mais j'ai des feuilles fraîches...


Mes deux spécimens correspondent assez bien à cette illustration de Hardin, 1975*.


Entretemps la discussion allait bon train sur le Facebook… On remarque justement que les chênes hybrides ne produisent pas toujours, ou peu, de glands. On propose toutes sortes de noms, etc. Quelqu'un propose même un hybride entre le Chêne blanc (Quercus alba, White oak) et le Chêne bicolore. Pour ma part à cause de l'absence des "oreilles" (les petits lobes de chaque côté du pétiole) je savais que ce n'était probablement pas un hybride avec une espèce européenne, Chêne pédonculé (Quercus robur) ou Chêne chevelu par exemple. Voyez l'illustration sur ce billet. Il fallait plutôt chercher du côté des hybrides avec des parents indigènes. La forte ressemblance des rameaux et des bourgeons observés en février indiquait un hybride du Chêne bicolore. Et maintenant la pubescence du revers des feuilles appuyait cette hypothèse. C'est en cherchant de ce côté que j'ai trouvé le nom de cet arbre:

Quercus x jackiana C.K. Schneid. 1904. Chêne de Jack, Jack oak, voilà notre arbre!

Les caractères des feuilles de cet hybride viennent d'un parent et de l'autre. C'est quelque chose comme: le Chêne bicolore détermine le nombre de lobes et le Chêne blanc détermine la profondeur de ceux-ci. Sur ma planche montrant les parents et l'hybride vous constatez que le Chêne blanc a des sinus (le creux entre les lobes qui projettent) profonds, touchant presque la veine centrale, alors que le Chêne bicolore n'a souvent qu'une vague ondulation sur le bord des feuilles avec des sinus peu prononcés. Le Chêne bicolore compte habituellement plus de lobes (ou quasi-lobes…) que le Chêne blanc. Ce dernier est aussi glabre (sans poils ou pubescence) au revers de la feuille si tard en été.



Carte tirée de Hardin, 1975*.


Le Chêne de Jack, c'est une grande rareté! Fait intéressant, cet hybride a été remarqué la première fois près de Châteauguay par un certain Monsieur Jack en 1894 et il a été ensuite formellement décrit par Schneider en 1904. Puis il a ensuite apparemment été oublié... passant probablement pour un drôle de Chêne bicolore jusqu'à ce qu'un certain Monsieur L'Heureux le remarque!

La carte ci-haut nous montre en trait noir la répartition naturelle du Chêne blanc. En grisé c'est la répartition du Chêne bicolore. Les points noirs indiquent où on a trouvé l'hybride. Par la flèche rouge j'indique la localisation du premier arbre trouvé à Châteauguay.


La feuille de février.

Sans même parler du deuxième Chêne de Jack (très possiblement) que j'ai trouvé dans les parages, il nous reste à expliquer la présence de ce vieil arbre au parc Wesmount! Y a-t-il été planté? Le site était une terre boisée, traversée de vallons et ruisseaux lorsqu'on en a fait l'acquisition en 1898. Peut-être que notre Chêne de Jack était déjà là? C'est déjà un spécimen rarissime et en plus il y serait chez lui, naturellement? Un vestige d'une forêt disparue?

Assez fascinant!
 

Je suis en total accord avec Charles sur ce point: les arbres de nos parcs sont mal connus et peu valorisés! Nous avons un patrimoine architectural bien défendu qui ne manque pas de place dans les médias. Les parcs et autres espaces verts trouvent toujours des gens prêts à les protéger. Le riche patrimoine vivant et historique des arbres lui...


*Hardin, James W. Hybridation and introgression in Quercus alba. Journal of the Arnold Arboretum. Vol. 56. 1975.


samedi 17 août 2013

Île Saint-Bernard



Course de chaises.

Quelques photos d'une visite trop brève à l'Île Saint-Bernard à Châteauguay, près de Montréal. Pressés par le temps, nous en avons surtout perdu un peu sur ces chaises invitantes (et mobiles...). Sandwichs et conversation.

Faut dire que l'air était doux... doux à pleurer! Le lac Saint-Louis! Est-il plus beau que le lac des Deux-Montagnes? Faut pas me demander! Toute la région baigne dans l'eau avec tant d'îles à visiter. Et beaucoup d'espace... Tout cela m'est totalement bon... Sur la photo ci-haut, au loin à la gauche, c'est l'île Perrot et, à droite, l'île de Montréal. Voyez cette carte qui nous montre les îles de l'Archipel Hochelaga et la page Wiki, incomplète malheureusement!


 On me voit ici en plein travail de m'allonger un peu les jambes.

L'île Saint-Bernard n'appartient pas vraiment à cet archipel. En effet l'île est un morceau de la Rive-Sud découpé par les deux bras de la rivière Châteauguay. Je l'adopte néanmoins...


Vue sur l'Île de Montréal avec, au centre, Pointe-Claire.

Nous n'avons eu le temps que de visiter la partie habitée de l'endroit.  On y trouve une petite butte, ce qui est assez exceptionnel: la plupart des îles n'ayant que peu d'élévation au-dessus du niveau de l'eau. Une vue imprenable, parfaite pour contrôler la circulation sur le lac vers Montréal autrefois: tant les Amérindiens que les Français l'avaient compris.
 


Ci-haut: un moulin à vent, vestige de 1688. La maçonnerie est si épaisse que l'intérieur est minuscule! On se demande comment les gens arrivaient à moudre les céréales... Notez le paratonnerre assez particulier. 

C'est Charles Lemoyne, sieur de Longueuil, qui a été le premier propriétaire de la seigneurie de Châteauguay. L'île est occupée depuis 1673… puis, une centaine d'années plus tard, ce sera les Soeurs Grises (1765). Elles sont toujours présentes même si elles ne sont plus propriétaires des lieux.


Le verger sur le versant de la butte.

L'île avait alors encore une vocation agricole, laïcs et religieuses y travaillaient. On y trouve des pommiers depuis que Mère Marguerite d’Youville (fondatrice des Soeurs Grises) a décidé d'en planter avec des fraises, des ruches et des vaches laitières... Des fraises d'un pareil terroir? Miam! 


L'embranchement Ouest de la rivière.  

Cette vue est prise depuis le pont (voyez la prochaine photo) qui relie l'île à la rive. Au delà, à gauche, on devine le refuge faunique Marguerite-D’Youville, un milieu naturel protégé avec huit kilomètres de sentiers... On m'en parle depuis si longtemps... Amateur d'oiseau et de faune? Téléchargez cette liste d'observation des espèces qu'on y trouve: Feuillet d'observation.



Non je n'ai pas d'hélico. Photo: Île Saint-Bernard

Sur cette vue aérienne on voit bien l'ensemble du domaine avec à l'arrière-plan le refuge faunique, bien plus grand qu'il n'y paraît. C'est l'autre partie de l'île que nous n'avons pas eu le temps de visiter... Il faudra évidemment revenir... Pour y passer un pleine journée...


Je vous laisse, il y a ce fabuleux Bioblitz au Champ des Possibles, je dois m'y préparer...




... venez m'y rencontrer! Si vous n'allez pas à l'Île Saint-Bernard!




mercredi 7 août 2013

Cap Saint-Jacques



Vue sur le lac des Deux Montagnes.

Si vous n'êtes pas allé au Cap Saint-Jacques cet été, c'est un problème. Si vous n'y êtes jamais allé, c'est votre problème. Je ne peux rien pour vous.



Sur le rivage (Le rivage de Spiranthes lucida, vous savez?), au-delà du cordon de Vigne des rivages (Vitis riparia, River Bank Grape), à gauche un chêne dont je n'arrive pas à déterminer l'identité: Chêne à gros fruits (Quercus macrocarpa, Burr oak) très probablement mais avec des feuilles qui rappelait bien plus le Chêne blanc (Quercus alba, White oak). Il est permis de rêver un peu... 



Brunelle ou Prunelle, ravissement visuel! (Prunella vulgaris, common self-heal)


La raison de la visite ici: le cerisier des sables (Prunus pumila, sand cherry).


Faux-panorama découvert en regardant mes photos ce matin. Accidentel. Certains émettront l'hypothèse (valide, à mon avis) que mon cerveau en avait décidé ainsi avant que je m'en rende compte. Douze heures plus tard...



Et ces photos, prises sous un trou de feuillage dans la sombre forêt, d'un minuscule crapaud d'Amérique (Anaxyrus americanus, American toad). Il y en avait partout. Le plus sympathique se nommait Sam, on le voit ci-haut à faire le comique sur le poignet de Megumi. Une autre comique.


Si vous voulez vous familiariser avec nos amphibiens et reptiles visitez le site Atlas des amphibiens et des reptiles du Québec. 


Quant à savoir où se trouve le Cap Saint-Jacques, débrouillez-vous! Bon!




mercredi 3 juillet 2013

Ombres portées de l'orme



Trois colosses dans le "parterre" du parc Jarry

Trois arbres, de beaux grands arbres, dans un parc qui n'est pas le plus remarquable. Le parc Jarry est un grand ensemble de terrains de sports les plus divers, stade et terrains de tennis (la grosse affaire ici), pétanque, cricket et aire d'observation de la croissance de la pelouse, etc. Ne manque que le water-polo et l'équitation ou le Fuchsprellen! Un parc intensément fréquenté à coup sûr! Il y a beaucoup de place, beaucoup d'air, de lumière et du gazon... avec des aires de loisir libre (!). Jouer c'est bien, mais s'amuser c'est mieux! Et, moi, ce qui me branche c'est l'archéologie superficielle, peu profonde: d'où viennent ces arbres? 

Le parc s'est installé sur une prairie où on trouvait des terres cultivées et le ruisseau Saint-Aubin autrefois. Avant qu'on en fasse un parc, qui fût remodelé plusieurs fois, on y trouvait toutefois des arbres dont une forêt d'Ormes d'Amérique. (lisez un peu sur l'histoire du parc ici)

Cette forêt a des vestiges. Sur la photo ci-haut, de gauche à droite:

1- Ulmus americana, Orme d'Amérique, American elm
2- Quercus macrocarpa, Chêne à gros fruits, Bur oak
3- Quercus macrocarpa, Chêne à gros fruits, Bur oak

(Les mêmes numéros sont utilisés sur les photos suivantes)


Vues aériennes du parc.

À gauche, en noir et blanc: le parc Jarry en 1947-49 (photomontage de deux photos aériennes provenant des Archives VdM) et à droite une photo datant d'avant 2011 (avant qu'un écran de peupliers fastigiés soit planté), gracieuseté de Google Earth. Sur la photo d'archive, la plupart des ombres portées sont celles des ormes aujourd'hui disparus. Leurs silhouettes classiques ne mentent pas. Et in Arcadia ego...

Vous voyez les trois points jaunes? Tout juste? Rassurez-vous! Un agrandissement suit en bas. Ce sont les trois arbres montrés en ouverture.



Détail du montage précédent.

Accordez-moi un peu d'indulgence: je viens d'ouvrir ce dossier du parc Jarry et le repérage n'est qu'approximatif... Mon imprécision n'empêchant peut-être pas une certaine impression du sublime? C'est que, de toute cette population d'ormes, ces ombres photographiées, elles-mêmes caduques et disparues, visibles seulement par la copie et recopie d'un vieux document jusqu'ici sur mon blog, sont tout ce qu'il reste de ces arbres. Nos trois arbres sont quelques-uns des rares survivants. Notez qu'un autre orme se trouve dans la partie sud du parc, près de l'étang. Mais je crois bien qu'il ne reste que ces deux ormes. Et des chênes.


La forêt d'ormes disparus. Photo de Conrad Poirier, 1939 (BANQ)

Cette belle photo de Conrad Poirier nous donne une bonne idée de la singularité d'une forêt dominée par des Ormes d'Amérique. Il faut quand même souligner que cette forêt est sans doute le produit de la colonisation spontanée d'une friche par l'orme. Oui, cet arbre est une mauvaise herbe à ses heures! Je doute qu'une pareille configuration puisse se trouver dans la nature, sans un milieu transformé par les humains: la friche ou le fond de terre inutilisé.

Dire que c'était un parc spontané! Un aménagement sans-tête. Avec la voute de la canopée portée ainsi bien haute par des fûts sans branches, offrant une ample dilatation invitante. C'était le temps lui-même qui devenait une dimension habitable avec cette qualité de lumière et d'espace impossible à goûter aujourd'hui. On serait bien à marcher dans un pareil endroit! Le vin y serait doux cher ami!  

Impossible aujourd'hui? Ça mérite certainement réflexion!


Les lieux en 1943.

On ne dessine pas les parcs pour des gens comme nous... Dans nos parcs et espaces publics, en-dehors des installations sportives, il semble qu'on ne dessine que sur deux modes: pour le plein soleil, avec des pentes aménagées où les gens s'installent, couverts d'une huile quelconque, afin de rôtir un peu. Ou alors on fait dans l'ombre totale, excuse toute faite pour planter des Érables de Norvège… On fait dans le noir ou le blanc… et le gris? On veut du gris!



Le parc en 1976

Et le gris de l'ombre de l'Orme d'Amérique c'est aussi beau en couleur... On veut des ormes...


L'Université de Guelph a ce projet justement: Elm Recovery Project


samedi 29 juin 2013

Dans l'ombre du Ginkgo biloba



Au Square Viger

On plante à la tonne le Ginkgo biloba. L'arbre aux quarante écus (ou aux mille...) est adaptable aux environnements les plus difficiles du milieu urbain. Il est ainsi une solution toute faite pour les architectes-paysagistes, aménagistes et autres planteurs pressés en affaire. Le nom de l'arbre a de plus une résonance culturelle forte mais c'est une construction assez imprécise: il vient du lointain Orient, de l'ancienne Chine, c'est une arbre fossile, il est une espèce médicinale... Il a aussi ce feuillage d'une belle douceur verte qui tournera à l'or à l'automne. C'est véritablement un complet argumentaire de vente utilisé depuis vingt ans. L'acceptabilité sociale a été bien travaillée par l'industrie horticole et les responsables de la forêt urbaine! L'arbre a aussi, quand il est jeune, cette forme bien régulière et géométrique qui séduit. "Ça marche" comme me disait un architecte. Un assez bref argument d'autorité... En cas de besoin ce dernier disposait aussi d'un autre argument: "Ça marche pas". Son répertoire d'appréciations critiques est impressionnant de parcimonie: l'une ou l'autre s'applique à toutes les situations...


Changement de régime: les tapis de cartron seront bientôt remplacés par des tapis de yoga...

On semble oublier que l'arbre magique atteint des dimensions assez respectables toutefois... ça fait joli quand c'est tout neuf et tout vert. Les trois sur la première photo ci-haut ont été planté dans un endroit exigüe, l'un étant même tout contre l'édicule de béton bleui. "Ça marche" parce que c'était beau sur la présentation photoshopée, solution toute faite pour retaper rapidement le Square Viger.

Pourquoi retaper ce parc fait d'étranges structures de béton, curieusement végétalisées, à la clientèle si particulière? Parce qu'on construit le nouveau Très Grand Super-Hôpital juste de l'autre côté de la rue... 

Les résidents du "parc" déménageront. Ces hommes (who cares?) qui vivent dans des boîtes de cartron ne seront plus tolérés par la nouvelle clientèle d'infirmières et autres employées de l'hospi. Ces derniers aimeront bien le Ginkgo toutefois... Ils pourront y prendre leur thé chai sous l'ombre orientale. Cette singulière gentrification nous amènera ensuite des tapis de yoga... Vous voulez parier?

"Où est le problème?", vous me demandez, après tout "Ça marche" les sans-abris...




vendredi 7 juin 2013

Au parc Jeanne-Mance



Érable noir (Acer nigrum, Black maple)


Je suis allé bien souvent au parc Jeanne-Mance pour faire le suivi des douze spécimens d'ormes qu'on y trouve (ici et ici) . J'ai tourné autour aussi, sur la rue Esplanade et les ruelles, ce qui m'a permis de trouver des ormes sauvageons intéressants. C'est ainsi que j'ai observé que l'Orme lisse (Ulmus laevis, European white elm) se propage. C'est maintenant une espèce naturalisée.

La rue Esplanade, qui longe le parc, compte aussi quelques surprises: trois ormes (deux Ormes d'Amérique et un Orme lisse, tous des sauvageons) mais ce n'est pas tout.

On trouve aussi, c'est assez étonnant vu la rareté, un grand Érable noir (Acer nigrum, Black maple) qui avait échappé à mon attention entièrement portée sur les ormes. Je me disais, le regardant à peine du coin de l'oeil, que c'était un Érable de Norvège. Pas du tout! Ces deux arbres ont le feuillage vert fonçé, si on les regarde rapidement on peut les confondre. L'individu ci-haut fait quand même un peu plus qu'une vingtaine de mètres.


Ces deux spécimens d'Érable à Giguère ci-haut (Acer negundo, Manitoba maple) sont aussi des spécimens intéressants. On peut affirmer que cet arbre n'est jamais planté et son nom si familier me laisse toujours penser qu'un coup installé, il est amicalement toléré. C'est un sauvageon compagnon des maisons et des humains. Le premier (à gauche) atteint quand même une taille assez remarquable! Un ami de longue date sans doute… Celui à droite se colle, amicalement, sur un Marronnier d'Inde (Aesculus hippocastanum, Horse chestnut).



Il y a aussi cet arbre, un Peuplier baumier (Populus balsamifera, Balsam poplar). Outre que je découvre des feuilles différentes à l'automne et au printemps il a de plus un port assez singulier: quand même, un Peuplier baumier pleureur? 

Même dans l'ordinaire et le familier, un second regard apporte toujours de la nouveauté. Vous connaissez la chanson. Le parc Jeanne-Mance et ses environs sont bien plus riches que je le soupçonnais.


mardi 4 juin 2013

L'Orme champêtre au parc Jeanne-Mance



Ceci n'est pas l'Orme d'Amérique, c'est l'Orme champêtre.


Ou plutôt les Ormes champêtres, car il y en a deux! Avec les dix Ormes lisses, le compte est bon: douze ormes, mais aucun Orme d'Amérique au parc Jeanne-Mance…

L'inventaire des Arbres publics sur le territoire de la Ville de Montréal est disponible en données ouvertes téléchargeables (ici). Le Centre de la Science de la biodiversité du Québec (ici) en a fait une application reportant utilement sur une carte Google la géolocalisation des arbres inventoriées. Cette carte est sur le portail Quebio (ici). Évidemment dans une pareille masse d'information (plus de 222,000 arbres…) certaines erreurs sont présentes. Notons que la fenêtre ridiculement petite de l'application est une forme d'appropriation de l'information publique! On ne peut en effet sortir du site Quebio et accéder directement à la carte Google avec la possibilité de dimensionnement… c'est pas une attitude très ouverte… enfin... merci quand même...

Rameau et samares de ces Ormes champêtres


Cet inventaire nous dit que l'on trouve des Ormes d'Amérique au parc Jeanne-Mance. En fait, il n'y en a aucun! Les douze ormes (probablement centenaires) sont tous identifiés "Orme d'Amérique". Comme je le mentionnais (ici), l'inventaire de cette espèce à grande importance historique gagne à être plus précis… Quitte à découvrir qu'il s'agit souvent d'espèces exotiques… Que ce soit pour des raisons culturelles ou de préservation de la biodiversité, l'inventaire de la forêt urbaine mérite un meilleur effort. Quant à moi je trouve très intéressant ces ormes oubliés qui passent pour autre chose... Ils sont un enrichissement de nos espaces verts.



L'autre sujet au parc Jeanne-Mance

On trouve donc dans ce parc dix Ormes lisses (Ulmus laevis) et deux Ormes champêtres. Notez que selon l'auteur et le concept utilisé, Orme champêtre pourrait signifier Ulmus carpinifolia, U. procera ou U. minor. Ça c'est une autre question… Nous les appellerons "Ormes champêtres" au sens large pour l'instant.

Une chose est certaine ce ne sont pas des Ormes d'Amérique... La ptéléologie, quel passe-temps!




mercredi 29 mai 2013

L'Orme lisse au parc Jeanne-Mance



Au centre: un des Ormes lisses centenaires du parc Jeanne-Mance.


Il y a une dizaine de jours je vous parlais de la présence de l'Orme lisse (Ulmus laevis, European White Elm) au parc La Fontaine (ici). Mais cet arbre peu connu se trouve aussi au Château Dufresne et au parc Jeanne-Mance. Je mentionne tout de suite que cette recherche ptéléologique est une collaboration avec mon ami Charles L'Heureux.

À Jeanne-Mance, il y a deux semaines, avec l'aide de Barry Michalshyn, je suis allé voir tous les ormes suspects identifiés l'automne dernier dans le tiers Nord du parc. J'ai échantillonné tous ces spécimens (samares et les feuilles, je possédais les bourgeons d'hiver dans quelques cas). Résultat: il n'y a pas d'Orme d'Amérique au parc Jeanne-Mance!

Pas dans le parc en tout cas! J'ai bien trouvé un Orme d'Amérique sur la rue Esplanade, tout juste devant le parc, mais pas dans le parc lui-même. L'Orme d'Amérique (Ulmus americana, White elm) a probablement déjà été présent dans le parc et ce serait un rejeton que nous trouvons de l'autre côté de la rue aujourd'hui.

Samares de l'Orme lisse (même spécimen que ci haut)


L'inventaire des arbres publics de la Ville de Montréal ne mentionne que l'Orme d'Amérique sur le parc. Outre qu'il ne se trouve pas dans la section examinée, on y trouve DEUX autres espèces*! Cela ne semble pas documenté.

Il est à noter de plus que j'ai trouvé un spécimen un peu ambigu dans la ruelle à côté du parc. Il semble intermédiaire par certains caractères mais possède les longs pédicelles de la samare: une bonne marque de l'Orme lisse. Ces deux ormes sont en fait de proches parents, partageant la même section dans le genre Ulmus: la section Blepharocarpus (Ormes à samares ciliées). Les samares sont assez semblables mais on arrive (dans la plupart des cas!) à les différencier. Dans la Flore Laurentienne, Marie-Victorin souligne cette parenté:


"L'orme d'Amérique appartient au groupe des Ormes à samares ciliées, et semble être le pendant américain de l'Ulmus laevis d'Europe"


Feuilles de l'Orme lisse (même spécimen)


La diversité des arbres de nos parcs publics est imparfaitement connue. S'agissant d'une espèce emblématique menacée par la graphiose (la maladie hollandaise de l'orme) il est important de bien identifier l'Orme d'Amérique. Dans le coin du parc Jeanne-Mance ses effectifs sont bien moins importants que l'on pense!

D'autre part il est intéressant de noter que le discret et oublié Orme lisse se propage spontanément: un spécimen de la rue Esplanade lui correspond. Ce qui signifie que l'on peut ajouter son nom à la liste de la Flore du Québec, l'arbre est naturalisé et produit des samares fertiles...

Charles a mesuré l'arbre-même présenté ici et il propose ce spécimen d'Orme lisse faisant 280 cm de circonférence au titre de champion québécois de l'Ulmus laevis au Québec. Le répertoire des arbres remarquables du Québec publié en 1994 avait omis de parler de ces ormes méconnus venus d'Europe.

Voyez ce billet du 2 mai 2013: Les ormes du parc Jeanne-Mance
 

*J'y reviendrai...