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mardi 28 mai 2013

Robinier de rue




M'en allant direction le mont Royal et le parc Jeanne-Mance j'ai été un peu surpris: on a planté ces arbres coin Duluth/Clark l'année dernière et il me semble que c'est bien tôt cette floraison rose?



L'arbre est nommé Robinia pseudoacacia 'Purple Robe'. D'après mes observations les fleurs de l'espèce Robinia pseudoacacia n'ouvrent que bien plus tard, fin juillet-début août (j'ai noté le 12, mais c'est peut-être atypique). L'espèce proprement dite (pas ce cultivar rose) est naturalisée et on la trouve un peu partout dans les friches. Elle produit de beaux racèmes de fleurs blanches parfumées visitées par les abeilles. Sur des terrains privés ou publics où on cultive l'arbre de la famille des Fabacées, il n'est pas rare de trouver des sauvageons autour.



Robinia pseudoacacia 'Purple Robe' est peut-être un hybride avec Robinia hispida (Acacia rose, Rose locust) originaire du Sud-Est des États-Unis. Si c'est le cas le nom Robinia pseudoacacia 'Purple Robe' n'est pas le bon et est botaniquement invalide. Ce serait plutôt Robinia x margaretta Ashe. En horticulture les plantes perdent souvent leur pedigree et les conventions de nomenclature ne sont pas toujours respectées. 



Notons qu'en botanique toujours, hispida (hispide) veut dire: "couvert de poils rudes" et que le racème de l'inflorescence de notre 'Purple Robe' est justement pubescent. Ce n'est pas le cas avec Robinia pseudoacaccia: ils sont glabres. Avec la floraison hâtive, c'est peut-être une indication de l'origine hybride de notre arbre.

Quoiqu'il en soit contre ce magnifique ciel bleu fin mai-début juin, le plus beau qui soit, l'effet est assez charmant, non?



mercredi 25 juillet 2012

Miel de Mur




Près de chez moi sur un mur de brique.


Une plante grimpante bien commune, qui fait du vert à grande échelle dans des endroits autrement impossible à verdir: les murs. Par ici on appelle cette vigne lierre de Boston. Ailleurs le Parthenocissus tricuspidata se nomme vigne-vierge japonaise ou vigne-vierge à trois pointes. C'est une espèce de la famille des Vitacées (14 genres et environ 900 espèces), comme les raisins. Cette plante vient d’Asie de l'est (Chine, Corée, Japon, Russie) et est largement cultivée comme plante ornementale en Europe et en Amérique.


Le nom de genre Parthenocissus vient du grec parthenos (vierge) et kissos, (lierre);* l'épithète spécifique tricuspidata veut dire à trois pointes et cela décrit assez bien la feuille. Malgré le nom générique elle ne se reproduit pas par parthénogénèse… elle est pollinisée par des insectes afin de produire ses fruits qui sont non-comestibles (pour les humains mais les oiseaux en raffolent!)



Ce sont les pétales et les étamines caduques qui tombent et couvrent le trottoir. La veille tout cela état bien vert mais je n'avais pas mon appareil photo. Dommage le cliché aurait été bien décoratif.


Elle est communément plantée depuis longtemps afin de végétaliser les murs et elle gagne à nouveau en intérêt afin de réduire la chaleur urbaine. Mais cette plante grimpante n'a pas qu'une valeur esthétique ou une fonction de régulation thermique, elle a aussi une écologie discrète: j'ai noté qu'une bonne dizaine d'espèce d'hyménoptères (guêpe, abeilles et fourmis) différentes la visitaient.



Le site d'étude: mon balcon et le lierre Boston. Sans oublier mon attrape-plantes!


C'est une écologie assez particulière à coup sûr! La plante n'est pas indigène, tout comme une bonne partie des insectes que j'ai observé la visitant… le milieu urbain est en effet une singularité en terme biologique. Ce sont souvent des écologies nouvelles, anthropogénérées, composées d'espèces réunies artificiellement qu'on y observe. Il est par ailleurs intéressant de songer que cette plante et la plupart des insectes mentionnées dans ce billet se retrouvent, tout en groupe, un peu partout dans l'hémisphère Nord puisque tout ce bazar (plante et pollinisateurs) est implanté partout!




Si vous observez attentivement un thrips se cache derrière une étamine.

Un mot sur les fleurs minuscules mais nombreuses du lierre de Boston. Sur la deuxième photo de ce billet vous voyez les pétales qui couvrent le trottoir au pied du mur où pousse la plante. Je disais qu'ils étaient caduques: ils se détachent de la fleur et tombent. Quand la fleur est encore en bouton chaque pétale forme un capuchon parfaitement ajusté sur un étamine. Quand la fleur s'ouvre pensez alors à une banane que l'on ouvre par les lanières que l'on rabaisse. D'ailleurs sur la photo ci-haut vous voyez un peu de pollen dans ce capuchon. La fleur est d'abord mâle un court moment puis les pétales et les étamines se détachent, la fleur devenant alors fonctionnellement femelle, prête à recevoir le pollen des autres autour. Les fleurs s'ouvrent ainsi sur quelques jours et du nectar est disponible tout ce temps.


Rencontre de deux espèces d'abeilles sur le lierre de Boston.


Il y a toujours des insectes qui visitent les fleurs. Sur la photo ci-haut ce sont deux abeilles différentes qui font provision. En haut d'abord c'est une abeille mégachile, une découpeuse de feuilles (probablement Megachile rotundata) qui prend du nectar et du pollen sans toutefois découper les feuilles. Elle utilisera des morceaux de feuilles (bien enroulés en cigare entre ses pattes) d'une autre plante pour tapisser ses nids qu'elle garnira ensuite de pain de pollen et de nectar pour nourrir les larves. Contrairement à l'abeille domestique et aux bourdons qui ont des corbeilles sur les pattes où accumuler le pollen, l'abeille mégachile a une brosse sous l'abdomen où elle stocke le pollen.



Une autre espèce d'abeille (indigène) qui semble s'intéresser au pollen cette fois.


À quelques centaines de mètres de chez moi on a installé des ruches d'abeilles domestiques dans un jardin entouré d'une haute muraille de pierre grise. Depuis l'an dernier j'observe donc des abeilles à miel un peu partout dans le quartier et elles visitent mon lierre de Boston. Il y a quelques semaines c'était ma vigne vierge, le Parthenocissus quinquefolia, qui avait la même attention de tous ces insectes. (Voyez aussi  ce billet du 7 mai)



Il y avait aussi cette fourmi assez pressée.


Je savais que cette plante est mellifère, mais je n'avais pas observé directement la chose. La quantité de nectar n'est même pas visible… mais son apport (la quantité) en nectar est réputé excellent. Je ne sais pas si c'est à cause du grand nombre de fleurs ou peut-être que la petite la production de chaque fleur s'étend sur plusieurs jours. Cela fait néanmoins un excellent miel, "riche, foncé et fruiteux" dit-on. Je n'y ai pas goûté.


Je n'ai pas photographié les bourdons (genre Bombus) qui y prennent du pollen et du nectar et les guêpes (Vespula et autres) qui avaient aussi à faire par ici dans la grande verdure du lierre de Boston.


Les feuilles bien colorées à l'automne signale la disponibilité des fruits.


Outre le simple verdissement ou les services environnementaux de régulation de température et de filtration de l'air le Parthenocissus a donc des fonctions écologiques importantes en milieu urbain. Il représente une ressource pour de nombreux Hyménoptères.


En plus maintenant je sais qu'il fait du miel et celui qui sera produit dans le quartier aura un peu de nectar de mon lierre de Boston. Mais je ne pense pas avoir l'occasion de goûter à ce miel de mur.






La fourmi, toujours pressée, s'en retourne, nous menant vers d'autres aventures, loin de mon balcon cette fois: vers le fleuve Amour.








mardi 26 juin 2012

Vigne vierge







La Vigne vierge, Parthenocissus quinquefolia est une Vitacée, la famille de la vigne. Elle fait de petits raisons non comestibles (les oiseaux s'objecteront à cette qualification toutefois). Elle a aussi de fleurs insignifiantes. 


Un peu moins vues de près...






De près ou de loin, les abeilles ne sont pas d'accord!


Ces fleurs insignifiantes (pour nous) donnent un peu de nectar et du pollen. La floraison est brève et les abeilles se pressent. Je devrais dire les Hyménoptères, parce qu'il y avait aussi des guêpes et des fourmis. 


Bien plus qu'il n'y paraît, avec un effort, vous pouvez constater  qu'il y a de nombreuses abeilles de toutes sortes qui s'intéressent à cette folle vigne, vierge et volubile : elle a atteint le troisième plancher où j'habite!






lundi 25 juin 2012

Isabelle, comme du miel!







J'aime bien quand Isabella Rossellini me parle de pollinisation!




lundi 7 mai 2012

Paradis Samedi





Le premier lecteur à identifier cet arbre gagne le titre de premier lecteur à avoir identifié xxxxxx. La gloire est souvent affaire ordinaire. Les fleurs ouvriront aujourd'hui ou demain?




Le petit arbre plutôt discret durant l'été est totalement visible au printemps. L'amandier de Chine (Prunus glandulosa) se révèle assez commun et on comprend pourquoi!





La jardinière était bien fière de son arbre et souriait sans cesse le temps que je fasse quelques clichés. Glorieuse floraison!





Comme nous ne sommes pas loin de l'Hôpital Hôtel-Dieu, où on a installé des ruches, voici une abeille à miel (Apis mellifera) sur l'amandier. Un bourdon est aussi passé.





Je savais que les écureuils gris (Sciurus carolinensis) aimaient les bourgeons mais je ne les avais pas encore vu bouffer avec pareil empressement des boutons de fleurs de ce Prunus non-identifié. Sur cette photo tout juste passable (je suis pas photographe de sport...) on voit bien l'écureuil de gauche avec un bourgeon floral dans la patte. Les deux animaux se pourchassaient dans l'arbre de branche en branche, s'arrêtant une demi-seconde pour arracher une fleur, la porter à la bouche... puis une autre, et une autre. Tout ce que j'arrivais à voir c'était une petite pluie de pétales, comme si les rongeurs ne consommaient que le coeur de la fleur, où se trouve le nectar et rejetaient le reste.





Samedi, nous étions tous au paradis.




jeudi 22 mars 2012

Terrains vagues et toits verts




Photo : C. Dinham


Déconsidérés, à tort, les terrains vagues sont souvent les seuls habitats disponibles pour la biodiversité urbaine. Néanmoins ils sont des habitats transitoires : un jour ou l'autre ils seront rasés et développés comme on dit. Cette surface disparue se retrouve par magie sur les toits des immeubles construits : à moins de construire une pyramide c'est une évidence! Avec l'intérêt croissant pour les toits verts (ou déplorablement blancs…) il est temps de s'intéresser à des toits verts biodiversifiés. Dehors les sédums!






Étudier la flore des terrains vagues en milieu urbain nous indique les espèces à planter sur les toits verts biodiversifiés. Les deux milieux ont en effet bien des points communs : sols secs, fort ensoleillement, etc. Et tant qu'à y être pourquoi ne pas mettre un peu de bois mort, de pierre et de sable… de nombreuses espèces d'abeilles nichent dans le sol. Pourquoi ne pas installer des condos à abeilles sur nos toits verts?




Photo : Roofs and Rambles


Les toits verts nous offrent ces fameux services environnementaux (régulation du climat, etc.). Avec un peu d'imagination et au même coût ils peuvent devenir de riches habitats offrant des services environnementaux à la biodiversité…


Architectes et autres toits-verdistes : encore un effort!


Un diaporama chez BBC Nature : Rooftop blooms help pollinators

Le site inspirant Living Roofs

Et à tout seigneur tout honneur, le site de Dusty Gegde : Roofs and Rambles




vendredi 3 février 2012

Les genres et les orchidées



Un mâle euglosse approche Catasetum viridiflavum, Panama. Photo : Christian Ziegler



Pourquoi ne dit-on pas "père-nature"? Ou je sais pas moi, "genre-neutre-parent-nature"? L'adoption universelle (???) de l'expression "mère-nature" sous-entend et nous force à chercher un "père-quelque-chose" invisible. Si l'une est nourricière, l'autre est quoi au juste? La première expression est peut-être en opposition avec l'idée de "père-culture"? 



Les mâles des abeilles euglossines sont certainement très cultivés. Ils font dans la parfumerie générale (et hyper-spécialisée…) en récoltant des huiles volatiles qui sentent bons (même à notre nez). Où se procurent-ils donc ces fragrances? Sur les fleurs extraordinaires (absolument!) des orchidées des sous-tribus des Catasetinées et des Stanhopeinées. Que font-ils de ces essences rarrissimes? Ils signalent aux femelles toute la valeur de leur gènes. Ce faisant la pollinisation de ces orchidées est assurée…




Coryanthes panamensis. Panama. Photo : Christian Ziegler


La séduction des orchidées agit d'abord sur ces mâles qui s'en serviront pour séduire les femelles et tout cela séduit les humains. Disons pour le moins que pour leur survie les orchidées ont trouvé un maillage complexe du vivant. Si vous avez des inclinaisons morales vous me direz qui abuse de qui dans cette histoire multi-dimensionnelle!


Les orchidées comptent 25,000 genres différents. Au moins... c'est clairement abusif!



Ces photos sont de Christian Ziegler qui a publié ce livre :

Deceptive Beauties, The World of Wild Orchids, University of Chicago Press


Voyez un diaporama : Deceptive Beauties


jeudi 29 septembre 2011

Tard nectar (extension estivale)




Acer saccharum (érable à sucre, Sugar maple)

Nous arrivons à la fin septembre à Montréal (enfin, un peu partout aussi, je crois) mais la température est remarquablement assez délicieusement clémente (c'est dire…). Avant- hier avec la porte arrière grande ouverte une abeille à miel est entré chez moi! Il y a des ruches pas loin, à vol d'oiseau (ou d'abeille), ça fait environ 500m? Il s'agit d'un exercice contrôlé d'apiculture urbaine dans le jardin emmuré des Hospitalières à l'Hôtel-Dieu. C'est au pied de la montagne et je devais justement y aller hier. J'y suis allé.



 Apis mellifera, abeille domestiquement mielleuse, Honey-bee.

Dès que j'arrive une grosse abeille dorée, mielleuse et lente! À pas douter, aucune abeille n'ayant ce vol régulier et assuré, c'est Apis mellifera, l'abeille à miel. Et comme celle d'hier dans ma cuisine, elle vole bas, lentement. Le nectar (et apparemment le pollen aussi) de ce tardif Cornus en fleur est encore disponible. Si tard dans la saison les insectes étaient nombreux à en profiter… et tous étaient lents… il fait beau mais la tiédeur de l'air les ralentit quand même un peu.



Polistes dominula, la guêpe poliste, European paper wasp.


Cette guêpe est intolérante des abeilles et les chassait, ne voulant pas partager la ressource sucrée. Elle aussi était assez lente même dans sa mauvaise humeur…



Placide bourdon (Bombus sp.), il sera actif bien tard dans la saison.


Ce Bombus ne se fait pas embêter par la guêpe toutefois... Ces abeilles récoltent aussi du pollen et du nectar pour la couvée et dans ce cas-ci c'est pour son propre compte. Les colonies de bourdons sont souvent terrestres et bien plus petites que celles de l'abeille à miel. Ces abeilles sont néanmoins d'importantes pollinisatrices travaillant bien tard dans la saison ou tôt le matin quand il fait trop froid pour l'abeille à miel.





J'ai de plus vu cette coccinelle mais j'ai pas réussi à photographier quelques petites abeilles noires et des fourmis… Tout ce monde profite du tard nectar du cornouiller. Que faire d'autre avec si belle extension estivale?




Grande lampée de nectar et pollen plein la patte.


Je n'ai pas vu (ni entendu) de cigales, mortes d'avoir trop chanté sans doute.



Mais tout ça c'était hier et avant-hier… le temps est redevenu 'normal' aujourd'hui…



vendredi 12 août 2011

Megachile rotundata (?)






Megachile rotundata ...

... mais je garantie pas ... 

Sur mon balcon il m'arrive de regarder ailleurs que dans mon attrape-plante, il y a aussi quelques pots de fleurs dont un gros avec de la menthe poivrée et du basilique. J'ai laissé quelques-uns à fleurir, question de voir ce que ces fleurs attirent. Il y a constamment des PAN (petites abeilles noires...) et cette bien plus grosse abeille de 6 ou 7 mm.

Je suis assez certain qu'il s'agisse d'une abeille mégachile. Mais à préciser l'espèce c'est une autre paire de mandibules! Ces abeilles amassent le pollen sur le ventre, c'est une source de protéine pour les larves. Mais ici elle (il?) fait le plein de nectar.

Famille des Mégachilidées, les coupeuses de feuilles.



mardi 9 août 2011

256 pouces carrés de biodiversité 3



Vue d'ensemble du micro-habitat de l'attrape-plantes le 12 juillet.


Je vous ai donc laissé le 13 juillet avec une suite à venir qui ne venait pas… le temps passe vite et j'ai toujours mille autres choses à faire. Les deux précédents billets* ont eu pas mal de lecteurs, je vous remercie tous! Surtout pour votre patience. Il n'est pas facile de reprendre le fil de la narration. Certaines observations n'ont pas été notées et les détails fuient, ce qui n'aide pas du tout! Acceptez donc mes plates excuses pour mes approximations et mon retard à vous parler à nouveau de la biodiversité d'un très petit monde géant : l'attrape-plantes de mon balcon. Allons-y.


Malgré l'intensité de la "récolte", constante pression des nombreuses espèces de guêpes prédatrices, la population du puceron n'avait cessé de croître. Il n'y avait plus ce matin (12 juillet) aucune plante de luzerne lupuline qui soit verte! Toutes sont déséchées, mortes. C'est l'équivalent microscopique du destin de l'île de Pâques! Comme les humains Polynésiens, les pucerons ne connaissent pas le développement durable… Après cette coupe à blanc ils sont déjà partis par les airs et ont trouvé une autre colonie de luzerne. La luzerne de mon attrape-plante, elle, grâce à son nectar qui attira de petites abeilles a de nombreux fruits en maturation. Pas de doute de ce côté, elle sera de retour. En attendant les autres espèces de plantes auront enfin de la lumière et pourront se développer. Une autre écologie est en préparation et ce sont les abeilles qui s'en occupe… qui d'autre?



Vue rapprochée : la luzerne lupuline complètement ravagée par les petits vampires pucerons.


Tout ce temps donc, en parallèle de toute cette orgie de prédations, les abeilles faisaient leurs trucs : boire du nectar ou amasser du pollen. Ce faisant elles pollinisaient les fleurs qui nous referont ce champule (néologisme pour ce petit champ…) de luzerne.


Je ne peux identifier que peu de ces nombreuses petites abeilles et ce sont plutôt leurs comportements généraux que mes trop rapides observations ou les mauvaises photographies qui le permettent. Déjà si une abeille amasse du pollen on peut savoir à quelle famille elle appartient. Et son sexe. Ce sont les femelles qui amassent le pollen pour nourrir les larves. Les mâles se contentent de picoler un max de nectar… ce qui exige beaucoup d'énergie et donne encore plus soif… Puis il faut noter où l'abeille accumule le pollen sur son corps? En paquet plus ou moins compact sur les pattes? Ou en tapis recouvrant tout le dessous de l'abdomen? Cela permet de s'approcher de la sous-famille ou peut-être même du genre. Ensuite si par chances quelques photos sont assez nettes pour montrer certains infimes caractères morphologiques on peut (si les dieux sont avec nous…) donner un nom à la sympathique petite abeille.



Une abeille Andrène sur la potentille. Elle ne s'intéressait pas à la luzerne lupuline.


Il y a donc les petites guêpes noires (PGN, voir le billet précédent sur le sujet) et maintenant nous avons les petites abeilles noires (PAN), toute une biodiversité au-delà de nos perceptions grossières. Les PGN et les PAN se comptent pourtant par centaines… toutes différentes. Et équitablement non-vues… Les PAN et les autres abeilles qui ne nous font pas du miel participent pourtant au même titre que notre sucreuse préférée à la pollinisation de ce que nous cultivons et des fleurs sauvages. En fait de biodiversité ce sont les PAN qui sont les grandes (les petites…) discrètes besogneuses, pas l'abeille domestique…

Un bourdon (Bombus sp.) est aussi passé en patrouille à quelques reprises, sans trop s'attarder. Les généreuses petites fleurs de la luzerne lupuline offrent amplement de nectar... pour de plus petites abeilles. Mais pas assez pour d'aussi grosses bêtes. Ce sont au moins trois espèces d'abeilles de petites tailles qui visitent régulièrement le petit jardin suspendu. En voici deux :

D'abord Andrena sp. (sur la photo plus haut). Elle arrivait puis chassait les autres (plus) petites abeilles lorsqu'elles se rencontraient sur les fleurs de potentille. Comme beaucoup d'abeilles indigènes (l'abeille à miel est une importation faut-il rappeller) les Andrènes sont actives plus tôt le matin ou au printemps. Elles ont après tout évolué dans le climat d'ici et sont moins sensibles au froid. Ces abeilles Andrènes se ressemblent beaucoup entre elles et ne sont pas faciles à identifier. Les experts en abeilles affirment que ça prend un plus grand expert pour l'identification… Je passerai donc mon tour.



Hylaeus leptocephalus (lepto, céphale : tête étroite)


J'ai eu de la chance pour l'identification de cette petite abeille. Ce sont les marques blanches sur la face qui m'ont rapidement mis sur la piste des Colletidées. En Amérique du Nord on en compte environ 150 différentes espèces dans cette famille. Il s'agit de Hylaeus leptocephalus et on la confond facilement avec certaines guêpes. Et c'est une femelle, les marques faciales du mâle sont plus grandes, elles sont fusionnées et lui donnent une face toute blanche. À 5 ou 6 mm la femelle est peu plus grande que le mâle (4-6 mm).

Cette abeille est une pollinisatrice spécialisée (on dit oligolectique ou oligolecte). Ce sont les fleurs de la famille des Fabacées (trèfles et autres) mais  surtout les Melilotus (mélilots) qui l'intéressent. Les fleurs de la luzerne lupuline sont à peu près de la même taille. À petite fleur, petite abeille. Elle ne récolte pas de pollen c'est le nectar qui la branche. L'espèce viendrait en fait d'Europe.


À gauche, sur la luzerne lupuline, une buveuse de nectar qui n'amasse pas de pollen. À droite sur la potentille une buveuse de nectar et amasseuse de pollen. Ce sont deux espèces de PAN différentes.


Dans les photos de ce billet il y quatre espèces d'abeilles et mes dizaines d'autres photos en cachent probablement une ou deux de plus. De plus je n'ai tout simplement pas réussi à photographier certaines autres abeilles, une Osmie je crois entre autres. Mais la rencontre de ces belles petites butineuses valait les quelques brefs instants ou je sortais sur le balcon pour voir ce qui se passait, qui venait par ici? Vous allez sourire : une de ces petites me rendait bien ma curiosité et c'était singulier de la voir à travers mon objectif macro tourner sa petite tête pour mieux voir la grande tête de la grande bête qui vivait (avec son appareil-photo) sur ce balcon. Elle était bien occupée et semblait prendre un instant pour me rendre mon regard curieux. Je n'ai pas la moindre idée de ce que peux bien penser une abeille de 5 mm. Mais je suis certain de l'avoir vu me faire un clin d'oeil! 


Je ne vous dis pas à demain pour le dernier billet de cette série. Mais dans quelques jours (il est déjà à moitié fait) vous aurez la conclusion du compte-rendu d'un autre safari sur place de l'inspecteur des mauvaises herbes.


Ciao!






*Les autres billets de la série:

256 pouces carrés de biodiversité 1
256 pouces carrés de biodiversité 2





mardi 7 juin 2011

Les autres abeilles




Un discret petit bzzzzz… curieusement velouté! Du coup d'oeil ça ressemble à une petite abeille à miel (Apis mellifera) en plus lent. Moins bruyant. Pas pressé. Je ne me souviens pas de l'avoir déjà vu. C'est incertain comme identification mais je crois qu'il s'agit de l'abeille Halictus rubicundus, une espèce holartique (qui habite tout le tour de l'hémisphère Nord). Ces abeilles nichent dans le sol sablonneux.




Plus petite que les abeilles à miel (14-15 mm) cette nouvelle espèce à ajouter à la liste du Champ des Possibles ne fait que 10 mm. Plutôt placide et facile à approcher. Elle (mais je crois que c'était un mâle) était occupée à prendre le nectar de cette vesce jargeau (Vicia cracca, tufted vetch) une plante spontanée très commune de la famille des Fabacées toujours bien appréciée par de nombreuses espèces d'abeilles.



Bzzzzzzzz...


jeudi 24 mars 2011

Zabeilles Zotels


Visitez ce site: Urbanbees sur le maintien des abeilles en milieu urbain et péri-urbain. Si vous ne connaissez pas les abeilles sauvages vous découvrirez les différentes familles qui sont les mêmes que nous avons ici même si la plupart des espèces sont différentes.  Ne manquez pas la visite panoramique du Parc de Gerland à Lyon.

mercredi 9 mars 2011

Corps résonnant


Un autre abeille découpeuse, Megachile relativa, filmée à Toronto. L'abeille est occupée à construire son nid. Elle y laissera plus tard des pains de pollen pour nourrir la larve qui émergera de l'oeuf.


Voyez les autres clips chez Resonating Bodies

mardi 8 mars 2011

Condos pour abeilles solitaires



 Megachile rotundata, une espèce de Mégachile introduite (photos Wiki et Arkive)

Nous avons 70 espèces de la sous-famille des Mégachilines dont une vingtaine d'espèces d'abeilles appartiennent au genre Megachile.* Leur nom commun d'abeille découpeuse ("leaf-cutting bee") est très parlant: il permet d'identifier ces abeilles en leur absence, par les traces de leur travail. Ces abeilles sont en effet les responsables de ces curieux trous circulaires ou ovales mais net et précis que l'on observe sur certaines feuilles.



Nids et boulettes de pollen de Megachile rotundata  (photos Wiki)

L'observation de ce travail est tout simplement fascinant. Je me souviens d'avoir aperçu une abeille qui portait ce qui semblait une chenille bien verte entre ses pattes. En fait il s'agissait d'un morceau de feuille soigneusement roulée en un tube que l'abeille insérait ensuite dans un trou sur une planche de bois. La première photo ci-haut montre bien le comportement. En remontant des yeux son vol dans le jardin je fût étonné de voir de nombreuses feuilles d'un kiwi (Actinidia) découpées tant à la marge qu'au milieu. Il devait y avoir pas mal de ces abeilles habituellement discrètes, toujours occupées à amasser du pollen (et incidemment polliniser…) ou construire des nids. Ce n'est pas cette espèce que j'ai observé sur le kiwi toutefois elle était plus grande que Megachile rotundata et était donc une des espèces indigènes.



Megachile frigida, une espèce indigène. Photographie Jean Brodeur.

L'abeille découpeuse Megachile rotundata a été introduite en Amérique pour la culture de la luzerne et elle est présente à Montréal. Les feuilles de luzerne découpées sont en effet assez communes! Et il y a ailleurs en Amérique du Nord des abeilles mégachiles qui utilisent des pétales (comme les abeilles iraniennes et turques du billet précédent) mais je n'ai jamais observé le phénomène (bien que j'ai vu de nombreuses fleurs découpées!). En terminant je vous laisse avec cette magnifique photo de Jean Brodeur d'une mégachile indigène à l'abdomen couvert de pollen.



Photos Cephas

Rien de plus simple que de faire place à ces abeilles: de simples constructions serviront d'abris. Faites des trous ayant des calibres différents et ce seront des espèces différentes qui y installeront leurs nids. J'espère revenir plus en détail sur ces condos à abeilles sauvages. En attendant gardons à l'esprit qu'il y a aussi, en plus des abeilles qui nous sont directement utiles, des abeilles qui sont utiles d'abord à la biodiversité : Megachile latimanus, Megachile addenda et Anthidium manicatum, et tant d'autres abeilles, quelques centaines, attendent notre attention.

jeudi 3 mars 2011

FFU: En Turquie et en Iran!

Quelques nids de cette abeille. Photo: Jerome G. Rozen. Non je suis pas allé en Iran.

Bien des billets de ce blogue sont des premiers jets de textes pour des livres en préparation. Je partage, souvent à chaud, ces idées ou découvertes avec vous afin de vous inciter à explorer le milieu urbain comme tout autre milieu naturel. Un habitat différent mais un habitat quand même.



Vue rapprochée. Photo: Jerome G. Rozen. Je suis pas allé en Turquie non plus.

Depuis une bonne semaine j'étudie les abeilles en vue de la saison qui vient: je dois préparer par des recherches documentaires des prises de vue à faire et des textes à rédiger. Puis par un message sur son Twitter, Jasmine m'a mis sur la piste de ces abeilles étonnantes qui font de curieuses matrices fleuries pour y pondre leurs oeufs.    

Ce ne sont pas toutes les abeilles qui sont sociales et vivent en colonies. Ce ne sont pas toutes les abeilles non plus qui font des cellules de cire comme l'abeille domestique (Apis mellifera). Des 20,000 espèces d'abeilles les 3/4 sont des espèces solitaires. Chaque femelle doit donc trouver et construire un nid puis le garnir de nourriture pour la larve qui sortira de l'oeuf.


Osmia tergestensis occupée à tailler des pétales. Jerome a fait la photo.


En Turquie et en Iran, deux abeilles solitaires Osmia tergestensis et Osmia avoseta font leurs nids dans le sol. La femelle couvre ensuite les parois du petit tunnel avec des pétales de fleurs. Puis elle mettra une couche de boue: un demi-millimètre d'épais… pas plus... Et finalement une autre couche de pétales colorées. Un sandwich florentin dans le sable. Un très délicat sandwich florentin!

Des boulettes de pollen laissées par la femelle nourriront les larves aveugles et qui ne voient pas les parois colorées de leur chambre. Peut-être en sentent-elles les parfums alors qu'elles grignotent le pain de pollen? C'est peut-être une immersion gustative et olfactive formatrice? Les abeilles repèrent les fleurs d'abord à l'odorat, un sens très développé chez ces insectes.



Mais pourquoi vous parler de ces intéressantes mais lointaines zabeilles ziraniennes? "Zont même pas zurbaines!", me dit Nalice. Ce sont des zabeilles mégachiles. Prononcez le "ch" comme "k". Ces abeilles coupent des pétales et des feuilles afin de faire un nid  pour la ponte. À zyeuter la photo ci-haut à l'évidence nous avons des zabeilles mégachiles au Champ des Possibles.

Za par exemple!


Nests, Petal Usage, Floral Preferences, and Immatures of Osmia (Ozbekosmia) avosetta(Megachilidae: Megachilinae: Osmiini), Including Biological Comparisons with Other Osmiine Bees. Jerome G. Rozen et al. American Museum Novitates, Number 3680, March 4, 2010.

mercredi 6 octobre 2010

Miel de vipérine


Apparence de la rosette de la vipérine la première année.

Echium vulgare, la vipérine commune, est une plante bisannuelle rudérale originaire d’Europe que l’on trouve maintenant en Australie et Nouvelle-Zélande, partout en Amérique du Nord, en Afrique et Amérique du Sud, au Japon, etc. Assez commune dans des sites au sol caillouteux, secs et ensoleillés, c’est souvent une des premières espèces à coloniser un tout jeune terrain vague ou une friche industrielle. Il lui arrive même d’être une espèce dominante (pour quelques années du moins) dans certaines circonstances favorables. En général elle se contente plutôt de faire une touche de bleu bien appréciée par les insectes et les visiteurs bipèdes dont je suis.




Les couleurs de la vipérine

La couleur de ses fleurs est déjà une bonne indication de la famille à laquelle elle appartient. Avec les bleus myosotis et la bourrache, bleue aussi, elle est de la famille des Boraginacées. Les boutons et la fleur de la vipérine qui vient d’ouvrir sont rouge rosé. Puis la fleur devient bleu-pourpre, passant ensuite au bleu. Il y a aussi des fleurs qui sont véritablement blanches ou roses pâles et pour rendre compte de ces formes ont a nommé: E. vulgare forma albiflorum R. Hoffm. et E. vulgare forma roseum F. Zimm. Ces deux formes se trouvent à Montréal et les ayant vu parmi des colonies de la forme habituelle (bleue) je ne crois pas que le pH du sol ou une autre condition environnementale soient responsables des couleurs différentes.

 Voyez la forme blanche ici dans un autre billet.



C’est une de ces mauvaises herbes dont on a enfin trouvé une “vertu”* dans le Nouveau-Monde. Elle est nectarifère et pollinifère: elle produit du nectar et du pollen. L’expression “mellifère” est probablement à éviter, parce qu’elle ne produit pas de miel...ça c’est le travail des abeilles et des apiculteurs!

*What is a weed? A plant whose virtues have not been discovered. Ralph Waldo Emerson (1803-1882)



L’inflorescence est une cyme scorpioïde, elle est enroulée sur elle-même, un peu comme une queue d'un scorpion et comme chez certains myosotis. Les cinq étamines et le style bifide (divisé en deux parties) projettent au-delà de la corolle. Ce qui fait toute la valeur de la vipérine commune pour les abeilles (l’abeille domestique, abeilles sauvages et papillons!) est sa longue période de production d’abondant nectar dans des fleurs profondes qui empêchent son évaporation par grand soleil ou sa dilution quand il pleut. La plupart des plantes à nectar n’en produisent qu’à certains moments de la journée alors que la vipérine en produit toute la journée.





Le miel de vipérine (que je n’ai ni vu ni goûté) est assez généralement décrit comme étant de couleur ambre clair avec un parfum suave, excellente une saveur des meilleures, une texture épaisse avec une cristallisation lente. L’appelation “vipérine” n’est pas toujours spécifique, de nombreuses espèces appartenant au genre Echium se trouvent en Europe et en Méditerranée. Et plusieurs sont utilisées pour faire du miel dont la vipérine rouge ou vipérine de Ténérife (Echium wildpretii) aux îles Canaries.




 L'apparence au printemps d'une rosette après un hiver sous la neige.

On produit du miel de vipérine un peu partout dans le monde et j’ai une curiosité particulière pour celui produit dans les hautes montagnes de l’Atlas central en Afrique du Nord. Ou celui de la Nouvelle-Zélande où cette mauvaise herbe envahissante qui “couvre les collines centrales de l'île du sud, en mer de couleurs bleues brillantes pendant les mois d'été” est devenu une ressource importante. Au Canada l’espèce est abondante en Ontario où on en fait du miel. Il est intéressant de noter qu’ici de nombreuses mauvaises herbes sont en fait des plantes dont on fait des miels unifloraux en Europe. Il n’est pas difficile d’imaginer le potentiel d’utilisation de ces plantes négligées pour une production de miel dans les espaces résiduels en milieu urbain.




Lotus corniculatus, de la famille du trèfle: les Fabacées.


Il serait même intéressant d’étudier son adaptabilité en vue d’une utilisation pour les toits verts qui semblent souffrir d’un manque cruel d’imagination en fait de choix de végétaux. Je la vois assez facilement faisant des taches bleues dans des tapis jaunes de lotiers corniculés, une autre plante adaptée à des milieux pauvres et secs, et mellifère...euh...nectarifère!