mercredi 6 octobre 2010

Miel de vipérine


Apparence de la rosette de la vipérine la première année.

Echium vulgare, la vipérine commune, est une plante bisannuelle rudérale originaire d’Europe que l’on trouve maintenant en Australie et Nouvelle-Zélande, partout en Amérique du Nord, en Afrique et Amérique du Sud, au Japon, etc. Assez commune dans des sites au sol caillouteux, secs et ensoleillés, c’est souvent une des premières espèces à coloniser un tout jeune terrain vague ou une friche industrielle. Il lui arrive même d’être une espèce dominante (pour quelques années du moins) dans certaines circonstances favorables. En général elle se contente plutôt de faire une touche de bleu bien appréciée par les insectes et les visiteurs bipèdes dont je suis.




Les couleurs de la vipérine

La couleur de ses fleurs est déjà une bonne indication de la famille à laquelle elle appartient. Avec les bleus myosotis et la bourrache, bleue aussi, elle est de la famille des Boraginacées. Les boutons et la fleur de la vipérine qui vient d’ouvrir sont rouge rosé. Puis la fleur devient bleu-pourpre, passant ensuite au bleu. Il y a aussi des fleurs qui sont véritablement blanches ou roses pâles et pour rendre compte de ces formes ont a nommé: E. vulgare forma albiflorum R. Hoffm. et E. vulgare forma roseum F. Zimm. Ces deux formes se trouvent à Montréal et les ayant vu parmi des colonies de la forme habituelle (bleue) je ne crois pas que le pH du sol ou une autre condition environnementale soient responsables des couleurs différentes.

 Voyez la forme blanche ici dans un autre billet.



C’est une de ces mauvaises herbes dont on a enfin trouvé une “vertu”* dans le Nouveau-Monde. Elle est nectarifère et pollinifère: elle produit du nectar et du pollen. L’expression “mellifère” est probablement à éviter, parce qu’elle ne produit pas de miel...ça c’est le travail des abeilles et des apiculteurs!

*What is a weed? A plant whose virtues have not been discovered. Ralph Waldo Emerson (1803-1882)



L’inflorescence est une cyme scorpioïde, elle est enroulée sur elle-même, un peu comme une queue d'un scorpion et comme chez certains myosotis. Les cinq étamines et le style bifide (divisé en deux parties) projettent au-delà de la corolle. Ce qui fait toute la valeur de la vipérine commune pour les abeilles (l’abeille domestique, abeilles sauvages et papillons!) est sa longue période de production d’abondant nectar dans des fleurs profondes qui empêchent son évaporation par grand soleil ou sa dilution quand il pleut. La plupart des plantes à nectar n’en produisent qu’à certains moments de la journée alors que la vipérine en produit toute la journée.





Le miel de vipérine (que je n’ai ni vu ni goûté) est assez généralement décrit comme étant de couleur ambre clair avec un parfum suave, excellente une saveur des meilleures, une texture épaisse avec une cristallisation lente. L’appelation “vipérine” n’est pas toujours spécifique, de nombreuses espèces appartenant au genre Echium se trouvent en Europe et en Méditerranée. Et plusieurs sont utilisées pour faire du miel dont la vipérine rouge ou vipérine de Ténérife (Echium wildpretii) aux îles Canaries.




 L'apparence au printemps d'une rosette après un hiver sous la neige.

On produit du miel de vipérine un peu partout dans le monde et j’ai une curiosité particulière pour celui produit dans les hautes montagnes de l’Atlas central en Afrique du Nord. Ou celui de la Nouvelle-Zélande où cette mauvaise herbe envahissante qui “couvre les collines centrales de l'île du sud, en mer de couleurs bleues brillantes pendant les mois d'été” est devenu une ressource importante. Au Canada l’espèce est abondante en Ontario où on en fait du miel. Il est intéressant de noter qu’ici de nombreuses mauvaises herbes sont en fait des plantes dont on fait des miels unifloraux en Europe. Il n’est pas difficile d’imaginer le potentiel d’utilisation de ces plantes négligées pour une production de miel dans les espaces résiduels en milieu urbain.




Lotus corniculatus, de la famille du trèfle: les Fabacées.


Il serait même intéressant d’étudier son adaptabilité en vue d’une utilisation pour les toits verts qui semblent souffrir d’un manque cruel d’imagination en fait de choix de végétaux. Je la vois assez facilement faisant des taches bleues dans des tapis jaunes de lotiers corniculés, une autre plante adaptée à des milieux pauvres et secs, et mellifère...euh...nectarifère!

3 commentaires:

  1. Bonjour
    On lui prête aussi quelques propriétés médicinales mais mieux vaut ne pas l'ingérer car elle contiendrait de l'échiine, une substance aux propriétés analogues au curare.

    RépondreEffacer
  2. Tu mets l'eau à la bouche du dégustateur en moi !

    Une autre fenêtre ouverte sur le monde merveilleux du beau et du bon ,
    merci Roger .

    RépondreEffacer
  3. @ Jean-Pierre: le miel aussi appelle la prudence. Mais il s'agit d'un risque très faible (pour les enfants) avec une consommation fréquente. J'ai préféré ne pas en parler!

    @ Charles: merci de m'avoir fait goûter ce miel de miellat de hêtre de Nouvelle-Zélande. C'était doublement exotique!

    RépondreEffacer