samedi 4 juillet 2009

Affleurer la marguerite

 
Leucanthemum vulgare, syn. Chrysanthemum leucanthemum

Ce drôle de jeu, qui n’en est pas un, est une mathématique désirante: une subtile roue de fortune. Ce jeu d’origine française est joué partout dans le monde et ses règles semblent varier quelque peu. La plante pousse partout dans le monde et a été introduite par les colons en Amérique du Nord. C’est que son service est essentiel...

L'un après l’autre les pétales sont enlevés en récitant: "Il m’aime un peu, beaucoup, à la folie, passionnément, pas du tout", l’oeil de la jeune fille plongé sur l’oeil de la marguerite. Le dernier pétale donne la réponse. Quatre chances sur cinq que la réponse soit un sentiment amoureux favorable, ne serait-ce qu’un peu! La marguerite compte entre 13 et 34 (et plus) “pétales”. Les dés sont pipés et il semble bien que si le sentiment du jeune homme soit inconnu, celui de la jeune femme ne fait aucun doute...

Tic, tac, tic, tac...les rayons de la marguerite, s’envolant les uns après les autres. Compte à rebours d’une Ariane assurée.

En anglais (et dans presque toutes les autres langues) c’est une probabilité d’une chance sur deux: “He loves me, he loves me not”, "Mi ama, non mi ama". C’est radical et peut-être qu’un statisticien pourrait comparer les deux procédures probabilistes. Je parie qu’en présence du jeune homme le résultat serait le même...

Les russes en ont fait quelque chose de très amusant: “Il m’aime, il m’aime pas, il me crache dessus, il m’embrasse, il me prend dans ses bras, il m’envoie chez le diable”. C’est une variation du mode à deux temps avec une théâtralité burlesque, ludique et efficace.

La marguerite est une mauvaise herbe très utile...



jeudi 2 juillet 2009

Une étrange petite prairie


Qu’est-ce qu’elle a cette petite prairie? Vous ne l’aimez pas? Il y a peut-être trop de trèfles? Ou alors c’est qu’il manque quelque chose? Quoi? Notre poussière?

Ce qu’il manque c’est un peu de temps. Le patient monde végétal se fait avec l’assurance d’une longue expérience en matière paysagiste. Les plantes sont un entrepreneur général du “allons par là”. C’est le temps propre à notre rotation autour du soleil qui est le modèle du végétal. Les plantes sont épouses de la surface. Molécules de carbone, agrégats de photons matérialisés.

Vous doutez de la capacité des végétaux? Ils se débrouillent avec des photons et du carbone. Quel cirque est capable de pareil exploit de suprême économie. D’une parcimonie, un paysage. Silencieusement ce cirque du soleil, par ondes circulaires des trèfles, par têtes fleuries de sucre parfumé...avec des photons et du carbone.

Vous doutez de leurs intentions? Le trèfle est grégaire et cet effort collectif de faire un champs où il n’y a rien transforme nos cailloux en prairie. Le trèfle est un très honnête végétal...Et avec toutes ces autres plantes, s’installant où nous avons désinstallé, font d’étranges petites prairies.

Avec des photons et du carbone et... notre poussière.


Le temps de la carotte

 
un tas de pierre, de béton et un peu de terre...


 
...ou une plate-bande?



Nous y sommes déjà! Juillet! Tempus fugit...


C’est le temps de la carotte, du chardon penché et de l’onagre. Virgile a bien écrit sur le volcan Etna...je peux bien m’arrêter quelques instants sur ces mauvaises herbes...Je suis allé visité ce petit terrain vague tout en longueur à côté de l’École des métiers de l’automobile. C’est un butte toute en longueur en marge d’un stationnement.

La carotte sauvage commence sa grande période de floraison et c’est le premier spécimen que je vois en fleur. Elle étale son ombelle au sommet d’une longue tige, une grande inflorescence en forme d’assiette, et la table est mise pour une myriade d’insectes. C’est probablement l’espèce qui attirent la plus grande variété d’insectes de toutes les ordres et familles, qui se gavent en nectar facilement accessible. Il y a aussi les araignées, qui se fournissent ainsi en insectes facilement accessibles...L’ombelle de la carotte est une cité de lumière (et d’ombre...) sur piloti.

La première fois que je suis allé à cet endroit j’y avais trouvé mon premier Carduus nutans (chardon penché, musk thistle, p.109). Une plante magnifique et en un seul exemplaire. En fleur elle avait atteint plus de 2 mètres et elle en imposait par les épines grandes comme ça sur une tige dure comme du bois. Quatre ans plus tard c’est une colonie de cette plante qu’on y trouve. Je connais bien les alentours et elle a maintenant débordé de sa butte. Je la trouve maintenant pas loin à la voie ferrée et à quelques coins de rue. Les chardonnerets s’en nourrissent et sont probablement responsables de cette avichorie (aves: oiseau, chorie: dissémination).

L’onagre (non pas l’engin de siège, genre catapulte, ni l’âne sauvage...) aussi ouvre sa saison. Oenothera biennis (evening primrose, p.233) est une apophyte* et dans les nouveaux terrains vagues elle fait partie des pionnières qui s’installent dans un sol pauvre, sec et nu. Une plante peut produire 150,000 minuscules graines (un gramme en compte 2000!). Ces graines peuvent dormir 80 ans dans le sol. Les oiseaux qui s’en nourrissent et les disséminent sont en bonne santé: elles fournissent de l’acide gamma-linolénique (oméga-6). Les humains en profitent aussi et bien des suppléments alimentaires en contiennent.

*Apophyte: plante indigène capable de s’adapter au milieu urbain.