jeudi 3 septembre 2009

Portulaca oleracea, le pourpier potager 6




 l’opercule est le petit couvercle au sommet de la pyxide





La plante a colonisé toute la planète ou presque...En comptant les synonymes et les nombreuses sous-espèces et variétés nommées, ce sont plus de 30 noms latins qui lui ont été donnés. C’est souvent le cas de plantes largement cultivées pour un foule d’usages sur la planète, utiles donc. C’est aussi le cas des organismes remarqués partout parce que... remarquables.


Le nom commun le plus...délicieux est sans aucun doute celui-ci utilisé au Malawi: matakoatsanu, “fesses de la femme d’un chef”, d’après la forme des feuilles. Le chef savait sans doute se garder en santé!


C’est une herbe potagère idéale pour l’agriculture urbaine, une source nutritive intéressante et une valeur gustative rafraîchissante. C’est surtout l’illustration de l’intérêt de ces plantes des trottoirs qui ont toujours à nous apprendre quelque chose sur la résilience et l’adaptabilité. Contre mauvaise fortune, faites bon coeur: si vous ne pouvez vous débarrasser de la redoutable mauvaise herbe de votre jardin, mangez-la! Et semez-la!




la pyxide est un fruit qui s’ouvre de façon circulaire comme chez le plantain



Les graines sont minuscules, les ramasser semble dérisoire mais c’est la peine que se donnent autant les aborigènes australiens que les asiatiques, les arabes et les mexicains: elles sont assurément nourrissantes!


Il semble y avoir un assez bon consensus aujourd’hui pour reconnaître deux principales variétés: P. oleracea var. oleracea, la plante spontanée et P. oleracea var. sativa, la plante cultivée qui est plus grande et dressée. Les deux sont comestibles et la première, appelée aussi “petit pourpier”, est la plus adaptable et résistante. Le pourpier compte généralement peu d’insectes ravageurs, ce qui n’empêche pas ces pucerons de s’y fixer.


Il ne serait probablement pas étonnant de constater que différentes variétés se trouvent sur nos trottoirs. Certains spécimens que j’ai vu sont effectivement dressés, certains sont jaunâtres plutôt que rougeâtres, côte à côte on peut voir des plantes à l’aspect différent surtout par la taille des feuilles.




syrphide, visiteurs et habitants du village



Une plante produit jusqu’à 240,000 graines, une section de tige ou de racine peut régénérer une plante entière. Les animaux, oiseaux surtout, mangent les graines et assurent la dissémination au loin. Une colonie se maintient longtemps au même endroit et comme les graines peuvent germer immédiatement après avoir été relâché par le fruit, ce sont plusieurs générations, probablement deux sous nos climats, qui co-existent.


C’est tout un univers, une écologie, qui tourne autour du pourpier. Je n’ai pas photographié les guêpes (probablement Vespula germanica, active à la fin de l’été) qui tournaient sans cesse autour des plantes. Je ne sais si c’était les fleurs sur le point d’ouvrir ou les autres insectes qui les intéressaient. Une mouche syrphide, qui se déguise en guêpe, était occupée à pondre un oeuf sur la plante. Ce sont les pucerons qui l’intéresse, elle doit pondre le plus près possible de ceux-ci, ils seront le garde-manger de la larve qui émergera de l’oeuf...




on voit les poils à la base des pyxides



Les fourmis semblaient bien intéressées aux petits poils aux articulations de la tige, semblant y prélever quelque saveur...Bien d’autres insectes étaient présents mais je n’ai pas eu le temps d’en faire l’inventaire ou de les identifier.


Devant les paradoxes et incertitudes de sa biogéographie, déjà au 19e siècle le botaniste Asa Gray suggérait que les Vikings étaient responsables de l’introduction de la plante au Groenland et à Terre-Neuve. Les spéculations et les recherches vont continuer...certaines plantes ont cette détermination à piquer notre curiosité en se rappelant constamment à notre attention.


Pourpier, petit pourpier...





mercredi 2 septembre 2009

Portulaca oleracea, le pourpier potager 5




merci à François Jobin pour cette photo de Branta canadensis




On a vu que le pourpier potager était largement cultivé à travers l’Asie et partout en Europe, jusqu’aux pays nordiques. Il est par ailleurs une mauvaise herbe partout dans ces régions. Les français l’ont introduit dans leurs jardins ici. Les espagnols l’ont donc probablement introduit, volontairement ou non, dans leurs colonies du Nouveau-Monde. Mais peut-être y était-il déjà présent...




le naturaliste urbain est très fier d'avoir enfin trouvé du pourpier en fleur!



Assez étonnants sont les résultats suivants de fouilles archéologiques qui ont trouvé du pollen et des graines de pourpier pré-colombiens. Près de Toronto dans les sédiments du lac Crawford on a trouvé du pollen et des graines de maïs, citrouille, haricot, tournesol, tabac, rien d’étonnant. Mais on a aussi trouvé du pourpier: tout ça dans les déjections d’oies (Branta canadensis) qui se nourrissaient dans les champs cultivés des Iroquoiens...entre les années...1268 et 1520!


Des graines de pourpier ont aussi été trouvé dans des sites archéologiques au Kentucky (datant de plus de 2,000 ans) et en Louisiane (il y a 1,500 ans). Le petit pourpier a tout simplement suivi la propagation vers le nord des différentes plantes cultivées depuis l’Amérique Centrale et du Sud. Il est une mauvaise herbe pré-colombienne! C’est assez intéressant!




après cinq jours de recherche: je suis bien content d'avoir ces fleurs!


Des résultats récents de biologie moléculaire indiquent une origine sud-américaine du groupe d’espèces apparentées auquel appartient le pourpier potager. Cela ajoute à la probabilité que notre pourpier soit originaire du Nouveau-Monde. Mais de plus cette dernière espèce semble ne pas être monophylétique. Cela signifie qu’il y a peut-être des espèces très similaires extérieurement mais différentes au niveau génétique. Il pourrait s’agir de deux espèces distinctes, chacune originaire d’une région différente et mises en contacts par les voyages humains. Le tableau était assez complexe déjà...



Cela rappelle le célèbre cas de la patate sucrée: Ipomoea batatas qui se trouvait en Polynésie avant l’arrivée des européens. C’est une plante qui est d’origine sud-américaine! Qui l’a transporté? Des polynésiens qui auraient visité l’Amérique du Sud, des sud-américains qui auraient navigué vers le Pacifique? Ou un vecteur non-humain, nos grandes voyageuses d'oies, courant d’eau, etc. Qui se souvient de Thor Heyerdahl...on révise beaucoup ses théories, mais le mystère demeure sur la présence inexpliquée de nombreuses plantes à travers le Pacifique.




encore les fleurs...quelle satisfaction!



Il semble donc que les plantes spontanées de Portulaca oleracea, en milieu agricole ou urbain, soient d’origines variées. Il y auraient des plantes synanthropiques européennes (qui contiennent elles-mêmes peut-être quelques variétés) et des plantes pré-colombiennes introduites avec la propagation de l’agriculture depuis le sud du continent Nord-Américain jusqu’à nos régions, avant l’arrivée des européens. D'anciennes échappées de différents jardins!


Si vous en voyez sur le trottoir, ne lui marchez pas dessus! Ramassez des graines et dites-vous “Pourpier, petit pourpier! Tu nous fait voyager...”


Demain (ou bientôt!), je crois bien que ce sera le dernier billet sur notre mystérieuse mauvaise herbe pré-colombienne!




mardi 1 septembre 2009

D’herbes faire foin déjà...

 
moisson du regard


...septembre est là...

 
lupuline, mon ami plantain, petit gland de chêne, potentille


À voir mon attrape-plante on croît la saison à son achèvement. Tout est fruit, graine, tout est blondi, bruni, roussi...souplesse perdue. Il s’en va l’été, on n’est pas même convaincu qu’il soit venu...encore quelques beaux jours...et...Noël!



 
fou foin, fol éole

En faisant une inspection, une moisson du regard, j’ai eu au moins quelque surprise. Je sais pas d’où elle vient celle-là...la fleur blanche? Comme un mufflier. Je ne me souviens pas d’en avoir vu le feuillage, discrète croissance végétative... fleur blanche comme... neige?


 
et toi la blanche? que me veux-tu?


Septembre est une longue répétition pour la lumière d’octobre. Celle-là j’en aurai besoin... je ferai provision...