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samedi 7 septembre 2013

Découvrir la disparition





C'est un petit boisé installé sur une friche clôturée à Westmount près du métro Vendôme. C'est sûrement le seul endroit du genre dans cette ville de gens plus à l'aise qu'ailleurs. Ils ont de beaux parcs avec des arbres plus que centenaires. Et ce petit boisé sauvage...

Je suis passé par ici à quelques reprises mais sans pouvoir y entrer. Aujourd'hui alors que je me rends au parc Westmount, une surprise: c'est ouvert!

Cliquez ici pour une localisation sur une carte Google.



Le sol est encore en bonne partie recouvert d'asphalte et de légères dépressions retiennent un peu d'eau. Cela permet habituellement aux mousses d'y prendre pied. Mais cella-là est un peu haute pour de la mousse...



 ...ce n'est pas de la mousse ...c'est du pourpier (Portulaca oleracea, Common Purslane). Je ne me souviens pas d'en avoir vu de cette curieuse forme, courte et en colonie étendue imitant les mousses. C'est plutôt une plante de milieux secs et sablonneux. Elle pousse très bien sur les trottoirs par exemple. Les feuilles sont juteuses et charnues à la façon des plantes grasses. Le plante supporte ainsi la chaleur et la sécheresse sans problème.



Il faut croire que la dépression est parfaitement ajustée aux besoins de la plante. Ou, pour dire autrement, la plante trouve ici assez de ce qu'elle a besoin pour y survivre! Si la dépression était quelques millimètres plus profonde elle garderait trop d'eau pour notre pourpier qui nécessite un milieu sec. Mais comme il n'y a pas de sol à proprement parler la plante souffre de ce manque et ne peut se développer plus. Elle adopte cette forme courte et déprimée... un équilibre précaire!

Je me rends compte que j'ai souvent parlé de cette plante, voyez ces billets et constatez les formes plus habituelles du pourpier:

Ici, ici, ici, ici et encore ici, ou finalement, je crois, ici.



Un peu plus loin une autre dépression et une autre colonie de pourpier, traversée par les deux vignes soeurs des friches: en haut la Vigne des rivages (Vitis riparia, River Bank Grape) et en bas la Vigne vierge à cinq folioles (Parthenocissus quinquefolia, Virginia creeper). Ces grimpantes (qui rampent ici) ont des intentions de verdissement...



Vue de cet habitat asphalté d'une friche, où le pourpier dispute l'espace aux mousses. Vous voyez le petit drapeau orange tout au fond?



Je ne croise pas souvent des mûriers sauvages. Je n'ai pas fini l'examen des spécimens que j'ai pris alors je ne prononce pas: il s'agit du Mûrier blanc (Morus alba, White mulberry, très probablement) ou du Mûrier noir (Morus nigra, Black mulberry) beaucoup moins probable...



Une vue d'ensemble de la friche et des bosquets qui l'entourent. Derrière, à droite, pour vous situer, on voit le nouvel Super-Hôpital McGill. 

Vous voyez les traits de peintures orangées au sol?

Outre le mûrier on y trouve des Érables ginnala (Acer ginnala, Amur Maple), Érables à Giguère (Acer negundo, Manitoba maple), Peupliers deltoïde (Populus deltoides, Eastern cottonwood) des Ormes de Sibérie (Ulmus pumila, Siberian Elm) et des Ormes d'Amérique (Ulmus americana, American elm).



C'était la première fois que je pouvais explorer un peu cette friche. Au centre vous voyez (enfin... justement, vous ne la voyez pas!) la porte de la clôture ouverte pour la première fois. Il semble que le lieu soit enfin ouvert pour mieux être fermé. Les drapeaux orangés signalent des intentions de développement. 

C'est la fin de ce boisé.


dimanche 8 août 2010

Dans un cinéma près de chez moi....



Ma belle grande onagre!


Voici quelques photos et notes éparses relevées hier en quelques instants, dans un mini-terrain vague.




L’impatience de l’abeille



Les bourdons raffolent du nectar des impatientes. Mais voilà: il se trouve tout au fond du long éperon et il faut de grands efforts pour l’atteindre. Une étreinte incomparable (?) où l’abeille déploie toute son énergie afin d’y enfouir la tête et allonger la langue.  Elle doit aussi se faire déchiqueteuse et réduire la fleur en lambeaux, déchirant les pétales afin d’aider la manoeuvre. Regardez la fleur à l’arrière-plan de la photo de droite. De rudes noces de nectar!


C’est une espèce du genre Bombus, une cousine des abeilles à miel mais plus grosse et plus poilue. Comme l’abeille domestique, elle cherche le nectar et le pollen. Les quelques vingt espèces de bourdons que nous avons au Québec sont de très utiles pollinisatrices. Je ne donne pas le nom latin de cette impatiente, vu que je n’ai toujours pas reçu les bonnes réponses à la question de vendredi (voyez les commentaires de ce billet plus bas). Il y a bien quelques lecteurs qui ont un exemplaire de mon livre, non...?





L’ombelle de la carotte, elle, ne cache pas son nectar au fond d’un éperon. Les insectes à langue plus courte y ont donc accès facilement. Et il y en a pour tout le monde! C’est bien trois espèces de guêpes qui sont réunies ici. C’est l’ordinaire de la tablée chez Daucus carota.




Les spécimens de Persicaria lapathifolia (p. 246) atteignent ici leur plein développement: il y a peu de compétition sur un sol encore pas mal dénudé. Les noeuds de la tige sont rouges en plein soleil et l’attache du pétiole de la feuille se termine en une pellicule translucide (un ochréa) dont la base aussi est colorée. Cet organe est un caractère particulier et distinctifs de la famille des Polygonacées. Chaque espèce a un modèle différent.

Papillon urbain probablement le plus fréquent le piéride du choux (Pieris rapae) se prend une lampée de nectar sur une vesce jargeau (Vicia cracca, p.209) . Pourquoi pas? Il venait tout juste de visiter les fleurs d’un vélar fausse-giroflée, une plante de sa famille de prédilection: celle des Brassicacées, famille du... choux!






Ben là, je suis surpris! Quand même! Je passe ici tous les jours et m’arrête au moins une fois la semaine. Une raiponce (Campanula rapunculus) et une verveine (Verbena hastata). Étonnant!






Et pour me faire plaisir (et à une lectrice du blogue aussi) un peu de pourpier (Portulaca oleracea), voyez les libellés (cliquez sur Portulacacées) dans la colonne de droite pour ma série de billets sur cette plante.




La dangereuse gluante!!!! 

J’avais photographié cette plante il y a quelques semaines n’ayant aucune idée de ce que c’était. Les feuilles étaient alors bien plus petites. Si j’avais alors pris la peine de les toucher comme je l’ai fait hier, je l’aurais reconnu! Maintenant c’est clair et assez extraordinaire. Je ne la vois pas souvent et je ne l’ai pas croisé depuis trois ans. Je suis comblé! J’ai le goût de vous faire cogiter un peu... Allez! Un autre concours! Je sais bien que vous ne pouvez pas la toucher et la reconnaître tactilement comme moi (à supposer que vous connaissiez la plante bien sûr). Alors je vous donne des indices: famille des Solanacées, les feuilles sont souples, molles, velues et collantes... (oui... elle est dans mon guide). Ses graines survivent longtemps enfouies dans le sol et si des travaux les font remonter à la surface: elles germent. Cela constitue un indice intéressant (qui ne vous aidera peut-être pas... j’en conviens) qu’il devait y avoir une ferme et un jardin avec des plantes “médicinales” ici. Il y a bien longtemps...


Vu le niveau de difficulté de ce concours je donne 5 points F.U. à la première personne qui me donne le nom de la plante! Si vous avez le livre: c’est gagné!






Et où-donc se passe tout ça? Dans un cinéma près de chez moi.... Ici dans ce petit terrain vague des plus ordinaires et temporaires. Avec encore des découvertes à offrir. Évidemment j’aurai l’endroit à l’oeil pour la floraison de l’extraordinaire Solanacée...

Et pour le concours: lecteurs à vos recherches!





vendredi 9 octobre 2009

Saison du sommeil

 




Mais qui n’a pas encore dit son dernier mot! Un petunia “sauvage” joue du coude avec les plantains et fleurit encore.









La rose trémière en arrive à ses dernières fleurs, les fruits murissent les graines et la vie embryonnaire se prépare à passer l’hiver.





Une plante qui origine du sud le pourpier se porte encore à merveille, comme le vinaigrier il ne s’est pas encore adapté aux saisons de nos latitudes.





La vigne vierge (Parthenocissus quinquefolia) est un élément important de la biodiversité urbaine: abri et nourriture de nombreux oiseaux. C’est un verdissement rapide et généreux qui offre de nombreux services de régulation de la température en milieu densément peuplé.





Tout l’habituelle vitalité de la famille de la vigne et ces couleurs d’automne cuivrées sont un rappel constant de la bonne volonté du végétal. C’est aussi une bonne compétition (ou un complément?) aux grafitteurs.



jeudi 3 septembre 2009

Portulaca oleracea, le pourpier potager 6




 l’opercule est le petit couvercle au sommet de la pyxide





La plante a colonisé toute la planète ou presque...En comptant les synonymes et les nombreuses sous-espèces et variétés nommées, ce sont plus de 30 noms latins qui lui ont été donnés. C’est souvent le cas de plantes largement cultivées pour un foule d’usages sur la planète, utiles donc. C’est aussi le cas des organismes remarqués partout parce que... remarquables.


Le nom commun le plus...délicieux est sans aucun doute celui-ci utilisé au Malawi: matakoatsanu, “fesses de la femme d’un chef”, d’après la forme des feuilles. Le chef savait sans doute se garder en santé!


C’est une herbe potagère idéale pour l’agriculture urbaine, une source nutritive intéressante et une valeur gustative rafraîchissante. C’est surtout l’illustration de l’intérêt de ces plantes des trottoirs qui ont toujours à nous apprendre quelque chose sur la résilience et l’adaptabilité. Contre mauvaise fortune, faites bon coeur: si vous ne pouvez vous débarrasser de la redoutable mauvaise herbe de votre jardin, mangez-la! Et semez-la!




la pyxide est un fruit qui s’ouvre de façon circulaire comme chez le plantain



Les graines sont minuscules, les ramasser semble dérisoire mais c’est la peine que se donnent autant les aborigènes australiens que les asiatiques, les arabes et les mexicains: elles sont assurément nourrissantes!


Il semble y avoir un assez bon consensus aujourd’hui pour reconnaître deux principales variétés: P. oleracea var. oleracea, la plante spontanée et P. oleracea var. sativa, la plante cultivée qui est plus grande et dressée. Les deux sont comestibles et la première, appelée aussi “petit pourpier”, est la plus adaptable et résistante. Le pourpier compte généralement peu d’insectes ravageurs, ce qui n’empêche pas ces pucerons de s’y fixer.


Il ne serait probablement pas étonnant de constater que différentes variétés se trouvent sur nos trottoirs. Certains spécimens que j’ai vu sont effectivement dressés, certains sont jaunâtres plutôt que rougeâtres, côte à côte on peut voir des plantes à l’aspect différent surtout par la taille des feuilles.




syrphide, visiteurs et habitants du village



Une plante produit jusqu’à 240,000 graines, une section de tige ou de racine peut régénérer une plante entière. Les animaux, oiseaux surtout, mangent les graines et assurent la dissémination au loin. Une colonie se maintient longtemps au même endroit et comme les graines peuvent germer immédiatement après avoir été relâché par le fruit, ce sont plusieurs générations, probablement deux sous nos climats, qui co-existent.


C’est tout un univers, une écologie, qui tourne autour du pourpier. Je n’ai pas photographié les guêpes (probablement Vespula germanica, active à la fin de l’été) qui tournaient sans cesse autour des plantes. Je ne sais si c’était les fleurs sur le point d’ouvrir ou les autres insectes qui les intéressaient. Une mouche syrphide, qui se déguise en guêpe, était occupée à pondre un oeuf sur la plante. Ce sont les pucerons qui l’intéresse, elle doit pondre le plus près possible de ceux-ci, ils seront le garde-manger de la larve qui émergera de l’oeuf...




on voit les poils à la base des pyxides



Les fourmis semblaient bien intéressées aux petits poils aux articulations de la tige, semblant y prélever quelque saveur...Bien d’autres insectes étaient présents mais je n’ai pas eu le temps d’en faire l’inventaire ou de les identifier.


Devant les paradoxes et incertitudes de sa biogéographie, déjà au 19e siècle le botaniste Asa Gray suggérait que les Vikings étaient responsables de l’introduction de la plante au Groenland et à Terre-Neuve. Les spéculations et les recherches vont continuer...certaines plantes ont cette détermination à piquer notre curiosité en se rappelant constamment à notre attention.


Pourpier, petit pourpier...





mercredi 2 septembre 2009

Portulaca oleracea, le pourpier potager 5




merci à François Jobin pour cette photo de Branta canadensis




On a vu que le pourpier potager était largement cultivé à travers l’Asie et partout en Europe, jusqu’aux pays nordiques. Il est par ailleurs une mauvaise herbe partout dans ces régions. Les français l’ont introduit dans leurs jardins ici. Les espagnols l’ont donc probablement introduit, volontairement ou non, dans leurs colonies du Nouveau-Monde. Mais peut-être y était-il déjà présent...




le naturaliste urbain est très fier d'avoir enfin trouvé du pourpier en fleur!



Assez étonnants sont les résultats suivants de fouilles archéologiques qui ont trouvé du pollen et des graines de pourpier pré-colombiens. Près de Toronto dans les sédiments du lac Crawford on a trouvé du pollen et des graines de maïs, citrouille, haricot, tournesol, tabac, rien d’étonnant. Mais on a aussi trouvé du pourpier: tout ça dans les déjections d’oies (Branta canadensis) qui se nourrissaient dans les champs cultivés des Iroquoiens...entre les années...1268 et 1520!


Des graines de pourpier ont aussi été trouvé dans des sites archéologiques au Kentucky (datant de plus de 2,000 ans) et en Louisiane (il y a 1,500 ans). Le petit pourpier a tout simplement suivi la propagation vers le nord des différentes plantes cultivées depuis l’Amérique Centrale et du Sud. Il est une mauvaise herbe pré-colombienne! C’est assez intéressant!




après cinq jours de recherche: je suis bien content d'avoir ces fleurs!


Des résultats récents de biologie moléculaire indiquent une origine sud-américaine du groupe d’espèces apparentées auquel appartient le pourpier potager. Cela ajoute à la probabilité que notre pourpier soit originaire du Nouveau-Monde. Mais de plus cette dernière espèce semble ne pas être monophylétique. Cela signifie qu’il y a peut-être des espèces très similaires extérieurement mais différentes au niveau génétique. Il pourrait s’agir de deux espèces distinctes, chacune originaire d’une région différente et mises en contacts par les voyages humains. Le tableau était assez complexe déjà...



Cela rappelle le célèbre cas de la patate sucrée: Ipomoea batatas qui se trouvait en Polynésie avant l’arrivée des européens. C’est une plante qui est d’origine sud-américaine! Qui l’a transporté? Des polynésiens qui auraient visité l’Amérique du Sud, des sud-américains qui auraient navigué vers le Pacifique? Ou un vecteur non-humain, nos grandes voyageuses d'oies, courant d’eau, etc. Qui se souvient de Thor Heyerdahl...on révise beaucoup ses théories, mais le mystère demeure sur la présence inexpliquée de nombreuses plantes à travers le Pacifique.




encore les fleurs...quelle satisfaction!



Il semble donc que les plantes spontanées de Portulaca oleracea, en milieu agricole ou urbain, soient d’origines variées. Il y auraient des plantes synanthropiques européennes (qui contiennent elles-mêmes peut-être quelques variétés) et des plantes pré-colombiennes introduites avec la propagation de l’agriculture depuis le sud du continent Nord-Américain jusqu’à nos régions, avant l’arrivée des européens. D'anciennes échappées de différents jardins!


Si vous en voyez sur le trottoir, ne lui marchez pas dessus! Ramassez des graines et dites-vous “Pourpier, petit pourpier! Tu nous fait voyager...”


Demain (ou bientôt!), je crois bien que ce sera le dernier billet sur notre mystérieuse mauvaise herbe pré-colombienne!




dimanche 30 août 2009

Portulaca oleracea, le pourpier potager 4



 salade des trottoirs



La répartition géographique de l’espèce sur la planète est un sujet riche et complexe. Il serait probablement moins long de nommer les pays ou régions du monde où on ne trouve pas cette plante. On la trouve partout donc, surtout dans les régions tropicales et sub-tropicales, où on la cultive (et se trouve aussi à l’état spontané) ainsi que dans les climats tempérés de nos latitudes.


J’ai lu et entendu à quelques reprises que la plante était d’origine asiatique. Cela me laissait perplexe parce que je savais que Champlain parle “du pourpié, qui vient en quantité parmi le blé d’Inde, dont ils ne font non plus d’état que de mauvaises herbes”. Le pourpier était donc présent dans les jardins Iroquoiens de la Nouvelle-Angleterre mais ceux-ci ne semblaient pas le consommer. La plante était alors largement cultivée et bien connue partout en Europe ainsi qu’autour de la Méditerranée. Elle venait de l’est de cette mer, de la Grèce jusqu’en Inde.



les variétés connues en 1557


En France on connaissait deux variétés: le pourpier vert, sous le nom d’alors Portulaca sativa viridis, et le pourpier doré, Portulaca sativa flava “qui eft plus tendre et plus eftimé”. Bien plus tard Vilmorin-Andrieux ajoutera la variété cultivée “pourpier doré à large feuille” aux feuilles deux fois plus grandes que les autres variétés. La plante est très variable et on a fait de la sélection pour le potager.


En 1618 Champlain décrit le jardin de Louis Hébert à Québec et déjà la plante s’y trouve. Comme ce jardin est un mélange de plante du Nouveau et de l’Ancien Monde il est difficile de connaître la provenance du pourpier. En 1632 le Jésuite Paul Le Jeune mentionne aussi la plante qu’on vient de semer dans le jardin de la mission à Québec.


Pierre Boucher (seigneur de Boucherville) énumère en 1663 quelques “herbes sauvages” les plus communes de la colonie, comparant celles-ci aux herbes qu’il connaît en France: 

“Le pourpier vient naturellement dans les terres désertées sans y estre semé: mais il n’est pas si beau que celuy que nous cultivons: il se trouve dans les prairies d’une herbe qu’on appelle Voisseron”. 

Je n’ai pas identifié ce “voisseron”. Je ne sais pas non plus ce qu’il entend par “terres désertées”: terres cultivées abandonnées par les colons ou les autochtones?



en direct de ma rue...




Présent en Nouvelle-Angleterre et en Nouvelle-France donc, dans les jardins des Amérindiens et des tout premiers colons, cultivé ou spontané, le pourpier est présent en Amérique du Nord au 17e siècle. De plus les arabes l’ayant introduit en Espagne, où la plante a été largement cultivé, elle a sans doute atteint les colonies espagnoles des Antilles, de l’Amérique du Sud et Centrale. Les hispano-arabes la nommaient “missita” (mélangée) “car elle est parfois maraîchère et parfois sauvage”. Décidemment la plante est partout remarquée pour sa capacité de s’échapper des jardins... et à y revenir!


Mais ici, en Amérique, la plante serait-elle, avec le plantain et quelques autres, une des toutes premières mauvaises herbes anthropophytes? Ou était-elle déjà présente avant la colonisation?



Le pourpier est-il indigène ou fût-il introduit dans le Nouveau-Monde? Du côté des ouvrages de référence Flora of Missouri dit qu’il est indigène, mais Flora of North America dit que c’est une plante introduite. Asa Gray dit qu’il est naturalisé de l’Europe, Marie-Victorin dit qu’il est “naturalisé du sud-ouest de l’Amérique”.



Je continue sur cette succulente plante demain!





jeudi 27 août 2009

Portulaca oleracea, le pourpier potager 3





une trentaine de centimètres de largesse d’esprit


Nous sommes, contrairement à notre habitude, sur le sujet des plantes comme ressources alimentaires et médicinales, poussons un peu plus loin. Mon objectif est de montrer tout l’intérêt qu’il y a à porter attention à la flore spontanée...aux mauvaises herbes.


Avec des variations d’usages dans le temps, surtout en Europe, peu de plantes sont aussi largement cultivées ou utilisées dans le monde que le pourpier. C’est l’oeuf et la poule: elle est mauvaise herbe partout (surtout dans les zones tropicales et sub-tropicales) et elle est cultivée partout. Même où elle n’est pas vraiment cultivée, elle se trouve comme mauvaise herbe dans les autres cultures et est alors récoltée.


Le portulache (autre nom commun français) serait cultivé depuis plus de 4000 ans aux Indes puis en Perse, en Grèce et tout autour de la Méditerranée. C’est un des plus anciens légumes-feuilles qui soit. On le trouve en culture domestique ou en mauvaise herbe partout en Afrique, surtout au Soudan et en Égypte, où il se vend dans les marchés locaux. Comme ailleurs les feuilles sont consommées fraiches ou cuites, on fait des marinades et une farine avec les graines.



on lui marche dessus: elle prend alors une forme différente


J’ai mentionné hier son contenu important en acide gras omega-3, il est aussi riche en minéraux et vitamines: il est anti-scorbut. Dans les champs de maïs au Mexique cette mauvaise herbe (et quelques autres, évidemment) est récoltée et consommée par les humains et les animaux. La biomasse de toutes ces plantes augmentent la productivité sans nuire au rendement du maïs: c’est une culture intégrée. Elles réduisent l’érosion du sol et améliorent l’alimentation des fermiers tout en contribuant aux profits. Autres pays, autres perception des mauvaises herbes...


En tant que plante médicinale son usage remonte loin dans les temps anciens et est une des des plus largement utilisées. En usage externe pour les soins de la peau, comme diurétique, traitement de vers intestinaux, etc.


Voici deux salades “historiques” qui sont de véritables festins de couleurs et de textures qu’il serait intéressant de faire revivre. Celle mentionnée par Tirso de Molina (1583-1648) le premier à mettre Don Juan au théâtre: coriandre, cresson, pourpier, bourrache et menthe. Ou cette autre, qui s’en inspire, élaborée pour Charles II (1630-1685) le roi anglais demi-français: feuilles de pourpier hachées, avec laitue, cerfeuil, fleurs de bourrache et pétales de tagètes (oeillet d'Inde) huile et jus de citron. Plaisir des yeux, plante succulente dans les deux sens du terme!



il ouvre quand ton bouton?


François Jobin suggère de la cultiver sur les toits verts. L’idée est excellente: la plante est parfaitement adaptée aux conditions chaudes et ensoleillées. Elle pousse dans le béton...dans un sol pauvre et même le sable. Laissée à elle-même elle serait peut-être un peu encombrante: je le répète c’est une espèce prolifique. Cela est aussi une qualité toutefois: si l’on s’assure de régulièrement récolter en coupant le bout des tiges, avant la floraison, on évitera une production trop importante de graines et la plante produira des branches comme les fines herbes que l’on pince. On peut probablement en récolter plusieurs fois dans l’été de cette façon. Avis à nos amis qui s’intéressent à l’agriculture urbaine: la plante est un bon et nutritif sujet!


Je crois que j’ai bien exploré les usages et les vertus, pour les humains, de cette plante. La plante en elle-même, sa biologie et les questions de biogéographie... je vous en parle demain... Quel suspens!




  

mercredi 26 août 2009

Portulaca oleracea, le pourpier potager 2





on marche souvent sur le garde-manger


Tout lecteur d’un blogue d’ornithologie serait horrifié et scandalisé d’y lire des recettes pour apprêter des mésanges ou même des moineaux domestiques! Préléver des plantes urbaines spontanées pour un usage alimentaire, médicinal, voire “décoratif”, n’est pas très différent pour moi. Assurez-vous dans la mesure du possible de laisser des graines ou de laisser intactes les parties souterraines de la plante. C’est alors une utilisation “soutenable” de ces ressources!


La récolte intelligente assure mieux une récolte continue... La récolte intelligente devrait tenir compte de la contamination du sol en ville: avec la combustion des moteurs automobiles il y du plomb partout... y compris dans des boutures de pourpier, comme il y du mercure dans tous les poissons du fleuve... question de quantité et de dosage, donc. Mais pas de panique et pour le pourpier, allez-y pincer quelques bouts de tiges, lavez-les et goûtez...



 
remarquablement prolifique et généreux


Ce n’était que récemment que j’avais goûté au pourpier, cultivé bio évidemment. Je n’ai pas recherché la question mais la production de cette plante doit être assez limitée au Québec. Cru, ajouté aux salades, bouilli ou cuit à la vapeur, c’est une excellente saveur à ajouter au menu et c’est une plante très nutritive. Le pourpier a le plus haut contenu d’anti-oxydants et d’acide gras omega-3 de tous les légumes-feuilles examinés jusqu’à maintenant. On dit avec raison que la plante devrait être considéré positivement pour sa valeur alimentaire plutôt que son état de “mauvaise herbe”! Je suis d’accord...


Vous en voulez plus dans mon essai de réhabilitation des mauvaises herbes? On s’en sert aussi dans l’alimentation de la volaille afin de réduire le taux de cholestérol dans les oeufs. La plante se meurt vraiment d’envie d’améliorer notre santé!


D’accord, dites-vous, c’est nourrissant et tout et tout... “Mais d’où vient cette plante?”. Et surtout la question que nous avons l’habitude de poser: “Est-elle indigène?”. Ah! ça c’est toute une question! J’y reviens demain parce que l’affaire, le cas du pourpier n’est pas simple du tout...


En attendant écrivez à La Ferme de Bullion (le fermier bio qui me l’a fourni) pour voir s’il ne peut pas vous en trouver: debullion(arobas)sympatico(point)ca. Ou arpentez les trottoirs. Et si vous la voyez en fleur...vous me le direz n’est-ce pas?




mardi 25 août 2009

Portulaca oleracea, the purslane 1





is the purslane a prayer plant?


Yes, I work night and day to document the Urban Flora. Well... some nights anyway! The purslane is a fairly common inhabitant of sidewalks, curiously forming some rather big colonies on certain street blocks then absent on a few neighbouring ones. It is classified as “one of the ten most noxious weeds worldwide”. Before running away let’s learn a bit more about that most interesting “pest”, one of the world’s most interesting weed.


Three years in a row, while researching for my book, I tried to find a specimen of it with some flowers to take a photograph. But there was no way to manage that! I did see the flowers on the plant but that was a long time ago... And I don’t remember the circumstances: at what time in the season or the day, what weather, etc. So I would be going out early in the morning, or at noon, or on a cloudy day, or when high winds were blowing or even when rain was making my quest funnier... Still no flowers to be seen!


So I thought “maybe they open at night”... But no! they do not... Perhaps as a minimal reward to my dedication I managed to observe that the leaves fold against the stems when the sun is down... I found no reference to that fact in the litterature... interesting surely... but when do they flower!?


Well this will turn into an fascinating enquiry and will have us travel through history and across oceans... We might even get some flowers shots!


For Rosemary the Toronto blogger: Toronto Gardening