mercredi 8 février 2012

Discrète disparition






Xénique de Stephens (Xenicus lyalli). D'après John Gerrard Keulemans, tirée du livre Extinct birds de Baron Lionel Walter Rothschild, 1907.*



L'archipel de la Nouvelle-Zélande est isolée géographiquement, les plus proches voisins sont à 1000 ou 1500 kilomètres. Pas étonnant que sa faune comporte des singularités. On y trouve par exemple de nombreuses espèces d'oiseaux qui ne volent pas. Nous connaissons tous les pingouins et les kiwis. Peut-être connaissez-vous le Kakapo, un perroquet terrestre géant (Strigops habroptilus) ou les grands Moas disparus. Sur ces îles se trouvent de nombreuses autres espèces d'oiseaux sans vol (ou presque), y compris un groupe discret de petits oiseaux, ressemblant à notre Troglodyte : les Xéniques. Ce sont de minuscules oiseaux de 7-10 cm. Leur famille est endémique de la Nouvelle-Zélande et des six espèces connues, seules deux existent encore…


Il n'y avait pas de mammifères prédateurs sur ces îles et les oiseaux y ont évolué en s'adaptant pour la vie au sol, perdant souvent la faculté de voler et prenant des niches écologiques occupées ailleurs par des mammifères. Tout allait bien pour eux jusqu'à l'arrivée des polynésiens il y a environ 800 ans. Les Maoris avait apporté le kioré ou rat polynésien (Rattus exulans), considéré comme mets de choix et source de fourrure pour des vêtements traditionnels. Le kioré était un co-migrateur des Polynésiens et a donc une valeur culturelle pour ces grands navigateurs du Pacifique. Mais voilà, comme tous les rats, le kioré est omnivore et les oeufs et oisillons font partie de sa diète. Sur des îles où de nombreuses espèces d'oiseaux ne volent pas l'omelette allait devenir un plat populaire chez ces "rongeurs".






L'histoire particulière du Xénique de Stephens est aussi brève que l'oiseau est petit… et elle s'est abruptement terminée. Disons que si l'oiseau ne volait pas, l'espèce, elle, s'est vite envolée… disparue. Aux oubliettes Xenicus lyalli !

L'oiseau se trouvait probablement sur les grandes îles de l'archipel avant l'arrivée des Maoris puis les rats colonisateurs l'ont fait disparaître. Il semble que notre oiseau avait trouvé un dernier refuge, loin des rats, sur la petite île de Stephens. Les colons, Européens cette fois, décideront d'y installer un phare à la fin du 19e siècle. Une bonne partie de la forêt a alors été coupé, le phare construit, puis David Lyall, son gardien, s'y est installé avec un compagnon inconnu des Xéniques : Tibbles, un chat…

Le gardien était un amateur d'oiseaux et son chat lui apportait régulièrement des cadavres d'un petit oiseau inconnu. Ces dépouilles allaient devenir des spécimens d'histoire naturelle et voyager jusqu'en Grande-Bretagne. Fournir aux institutions des spécimens servant à décrire la biodiversité était un commerce courant à l'époque. Tous les douze spécimens du Xénique de Stephens alors connus de l'ornithologiste Rothschild (qui a décrit la nouvelle espèce en 1894) provenaient de cette île et avaient été rapporté à la maison du gardien du phare… par son chat!







Petits oiseaux sans vol, petite île, petit prédateur… la conclusion était inévitable! Une culbute dans l'oubli, en un fatal coup de griffe, l'oiseau n'est plus. Éteint. Discrète disparition. Tibbles le chat a donc été le découvreur et l'exterminateur de la nouvelle espèce d'oiseau! Malgré des recherches approfondies sur l'île on ne retrouva plus jamais le Xénique de Stephens, disparu avant même de nous apparaître.


L'anecdote ci-haut est bien documentée mais ne dit évidemment pas tout. L'histoire des disparitions de nombreuses espèces de la Nouvelle-Zélande ne se résume aux conséquences de l'introduction des rats polynésiens ou du seul minet Tibbles. Il semble par exemple que l'on trouva d'autres spécimens du Xénique un peu plus tard jusqu'en 1899. Il semble aussi qu'il y avait en fait plus d'un chat (une colonie "sauvage" se trouvait sur l'île) et que (eh! oui!) d'autres espèces que notre Xénique aient été exterminé par ces prédateurs. 






Quel rapport avec la biodiversité urbaine?


Comme le rat polynésien, le chat domestique a une place de choix dans notre culture. Nous n'en faisons pas de brochette ni de chaussette. Nous sommes trop éclairés pour ça, n'est-ce pas? Pourtant il semble bien que nous ne portions pas davantage attention à l'impact sur la biodiversité de notre animal fétiche que ne le faisaient les Maoris avec leur rat. 

Dans notre contexte urbain actuel les services qu'offre le chat, dévermination et support affectif, comportent un coût que nous préférons ne pas voir: les oiseaux.


*Le livre est consultable et téléchargeable ici: Extinct Birds


Pour en savoir plus sur les Oiseaux de la Nouvelle-Zélande


Ce billet est repris sur le Huffington Post Québec : ici



mardi 7 février 2012

Nature de l'Anthropocène




 Emma Marris à San Francisco. Photo : Mathew Sumner San Francisco Chronicle


La journaliste scientifique américaine Emma Marris sera à Montréal et donnera une conférence à l'Université Concordia :


Vendredi le 10 février à 15h00
Local MB-2.210, John Molson School of Business Building
1450 rue Guy




Trouvez son livre ici : Rambunctious Garden


Je l'ai connu par un article sur Dirt : Interview

À propos de changements climatiques, je vous traduit ce passage d'une entrevue à l'American Society of Landscape Architect. :



"Récemment je parlais à des scientifiques de Nature Conservancy à propos de leur travail visant à protéger et restaurer des bassins versants dans le Sud-Ouest dans une époque plus sèche et inflammable. Je leur ai demandé s'il y avait des pins qui résistaient mieux au feu et à la sécheresse que les pins que l'on trouvait dans la région. Il m'ont dit que oui, il y en avait au Mexique qui supportaient mieux des conditions plus sèches et plus chaudes. J'ai suggéré d'en planter quelques-uns et ils me regardèrent comme si j'avais suggéré quelque chose d'offensant ou d'impensable. Les espèces indigènes c'est très bien mais des espèces qui viennent de quelques centaines de kilomètres qui survivent c'est mieux que des troncs carbonisés."



 Une autre nature.



J'ajouterai que ce principe énoncé par Marris s'applique aussi à des habitats spontanés comme des friches ou des terrains vagues en milieu urbain : faire avec dans des conditions changeantes, c'est peut-être loin d'un idéal mais proche de ce qui sera utile à la biodiversité. 


Qu'est-ce qui sera dominant dans le 21e siècle : notre attachement à des représentations de la nature d'une autre époque ou notre volonté de faire le mieux possible? 




lundi 6 février 2012

Biotope City




Vogelhotels


Biotope City est une fondation et une revue en ligne publiée par une équipe multidisciplinaire européenne avec un correspondant à New-York.

Le concept de "Biotope City" – la ville vue comme nature – se veut plus largement inclusif que les concepts de "ville durable" et "ville verte". Nous et nos villes ne sommes pas en opposition avec la nature. La ville n'est qu'un des biotopes (savane, forêt, tourbière, etc.) de la planète.


Allons-y d'un néologisme Biotopolis, la Biotopole?




Le toit de l'Hôtel de ville d'Amsterdam. Photo : Leora Rosner.


Trouvez ici le BIOTOPE CITY JOURNAL


Ne manquez pas de voir les différents modèles de Vogelhotels, des structures offrant abri et site de nidifications pour oiseaux et insectes. J'ai toujours pensé que de pareilles installations devraient être faites dans nos espaces verts publics et pourquoi pas chez vous?


Ces structures verticales qui prennent peu de place au sol sont parfaites!

Voyez en plus ici et ici.


Pied d'arbre enrichi. Photo : Helga Fassbinder