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jeudi 15 août 2013

Le monstre lacustre du parc La Fontaine



Ce film deviendra rétroviral, nous en sommes certains.


Flora Urbana explore sans cesse les régions les plus éloignées de son quartier. La région des Deux Grands Lacs du Plateau Mont-Royal (au parc La Fontaine, où on trouve aussi un ensemble de geysers uniques dans la République Sérénissime du Plateau-Mont-Royal) reçoit régulièrement la visite de notre équipe de choc spécialisée en cryptozoologie.

Nos commanditaires s'inquiétaient du coût annuel de cette surveillance incessante. Mais nous étions confiants qu'un jour nous ferions une découverte MAJEURE. C'est fait (je crois). Le Monstre Lacustre que l'on soupçonnait y vivre a été observé et filmé. Dans le Lac Sud. Clairement. En HD.  

Des rumeurs affirmaient que les autochtones de cette région à peine cartographiée l'ont déjà observé et l'ont même affectueusement nommé Logopogo. Nos recherches étymologiques ne sont pas concluantes. S'agit-il d'une TRÈS obscure allusion à: Ogopogo dans le lointain lac Okanagan?

Les enquêtes se poursuivent.


Cette autre vue nous donne beaucoup plus de détails. Notez notre tour d'observation à droite.

En plus de la présence de rongeurs géants fascinants et photogéniques (de nombreux touristes, visiteurs et, hélas, résidents français en ont témoigné) la vie animale est très riche dans ce parc sauvage. Ainsi ce n'est peut-être pas si étonnant qu'on y trouve un monstre lacustre.



Cette autre vue nous donne beaucoup plus de détails. Notez notre tour d'observation à gauche.


Sur cette photo nous avons un aperçu du Grand Geyser du Lac Nord. Des descendants de Ptérodactyle non encore identifiés menacent la tranquillité des lieux et la sécurité des autochtones. Les touristes ont fui. Ce devaient être des français.

Pour notre part toutefois, avec l'objectivité scientifique qui caractérise toutes nos entreprises, nous nous trouvons plongés (encore!) dans un autre mystère: il y aurait-il un deuxième monstre dans le Lac Nord? La trace n'est pas aussi nette et nous n'avons pas réussi à filmer. Mais...

Cette fois les commanditaires affirment nous accorder un appui sans aucune réserve. Nous avons carte blanche afin de poursuivre notre surveillance. Nous embauchons: faite parvenir votre CV.
 

Nous avons carte blanche: un blogue...




jeudi 6 décembre 2012

Les dragons de Scheuchzer



Source: Université de Lausanne


Deux planches illustrant des dragons, tirées du livre "Ouresiphoites Helveticus, sive itinera per Helvetiae alpinas regiones…"*, 1708. L'auteur est Johann Jakob Scheuchzer (1672-1733). Né à Zurich il était médecin et professeur de sciences. C'est un des pères de l'histoire naturelle en Suisse.

Même s'il a représenté les dragons par de nombreuses gravures, il doutait de leur existence. Début 18e siècle les rapports les décrivant étaient encore nombreux, il se devait tout simplement de relayer l'information! La connaissance du monde progressait mais c'était encore une époque de transition, pas tout à fait achevée. Toute science se mesurait alors encore à la bible. Il faudra encore un bon siècle pour qu'une échelle de temps géologique ante-diluvienne et énorme vienne étourdir et secouer tout le monde...


Source: Université de Lausanne


Scheuchzer est un des premiers à soutenir que les fossiles, dont il avait une importante collection, appartenait (façon de parler) au règne animal ou végétal. Les fossiles n'étaient pas des dessins fortuits d'un processus minéral quelconque. 

Le paléontologue, qui trouvait ces fossiles tout en haut dans les Alpes, devait malgré tout se demander comment expliquer la présence de toutes ces espèces disparues. Que de maux de têtes! Comme la réponse à toutes les questions se trouvait dans la bible, les fossiles étaient donc forcément des animaux et des plantes ensevelis par le déluge... Ça tombe sous le sens.


Pour ces deux gravures, source: Wikipedia

La foi en dieu a (presque) toujours bien calmé des doutes. Pour les dragons, c'est une autre histoire, bien des gens y croient encore!


*Les images de dragons proviennent de l'Université de Lausanne, consultez cette page pour l'ensemble. Il y en a plein! Et bien d'autres choses…


Téléchargez cet aperçu (PDF) de la vie de Scheuchzer.


jeudi 29 novembre 2012

Un Sasquatch pour Noël?




Une photo vaut mille mots. Et deux photos?


Depuis quelques jours sur le web, la blogosphère et Touitteur une nouvelle gagne en attention (le communiqué est ici). Il s'agit d'une étude (pas encore publiée) qui révèle l'existence d'une nouvelle espèce hybride d'homininé  inconnue jusqu'à ce jour. On disait ya pas si longtemps "hominiDé", mais ça c'est une autre histoire...



À droite Melba Ketchum, auteur principal de l'étude.



L'étude des séquences du code génétique de plusieurs spécimens suggère que le Sasquatch est un cousin des humains qui est apparu il y a environ 15,000 ans. Il résulte de l'union romantique de mâles d'une espèce inconnue et de femelles de Homo sapiens.



L'agrandissement rend ici la créature bien plus visible.


Donc non seulement la preuve est faite (…) que le Sasquatch existe mais en bonus il y a une nouvelle espèce cousine des humains qui est ainsi découverte… Deux découvertes pour le prix d'une!



Sasquatch sur la trace du docteur Ketchum.



John Hawks réserve son jugement sur ces allégations jusqu'à la publication qui heureusement doit inclure toutes les données de la séquence.



Jusqu'à récemment on ne pouvait s'expliquer les rapides déplacements de la furtive espèce.


Pourtant, comme vous le démontrent les photos qui illustrent mon billet, les preuves de l'existence de la bête ne manquaient pas. Signalons quand même toute notre reconnaissance au doc Ketchup qui nous rappelle une autre fois que l'amour vainc tous les obstacles. Même les plus improbables.




Manoel Santiago, 1926, 'Le Curupira'.
 

S'agissant de rêves et de fantasmes j'en profite pour vous présenter une autre espèce cryptozoologique: le Curupira au Brésil. Autre hémisphère autre moeurs, ici c'est le mâle qui découvre la femelle...





mercredi 31 octobre 2012

Cryptozoologie urbaine: l’Oursin des rails 2012




Puisque c'est le temps des citrouilles, je republie ce billet de novembre 2009 avec augmentation, correction, complément, etc.





L'automne est bien avancé déjà! C’est peut-être ma dernière occasion de visiter la voie ferrée et d'herboriser. Je suis venu chercher des graines d’Euphorbiacées pour l’étude de la myrmécochorie. 



Euphorbia davidii et Chamaesyce nutans


Les plantes de cette famille sont connues pour avoir des graines dont la dissémination (chorie) est assurée par les fourmis (myrméco…). Je cherche donc des fruits de Euphorbia davidii et Chamaesyce nutans qui ne pousse qu’ici dans le ballast, cet artificiel désert. On trouve aussi ici le bien plus commun Chamaesyce maculata qui pousse par contre un peu partout ailleurs où c'est sec. Ma recherche de spécimens a toutefois vite tourné en une aventure peu banale! Et ce sont de bien étranges fruits qui m’attendent...





Mon regard est interpellé par quelques chose d'inhabituel dans les arbres contre la clôture. Ce sont de bien curieux appâts qu’on a bizarrement coincé dans ces branches. Pomme, poire et prune… en bon état, à hauteur d’homme… Ce sont peut-être les fruits d'un cérémonial païen célébrant le temps de la récolte? Quelle époque! Les dieux ont été évacué pour un paganisme général qui ne vaut guère mieux. Je n’ai rien apporté à croquer ou à boire mais il vaut mieux être prudent, ce n’est sûrement pas pour moi ces fruits!





Un cri de faucon attire alors mon attention: je me tourne et c’est un Faucon émerillon (Falco columbarius) qui s’envole. Il est ensuite resté un bon moment perché au-dessus de ce petit terrain vague à côté de la voie ferrée. 





Je reprend ma marche mal-aisée dans la pierre inégale du ballast quand au loin j'aperçois quelque chose qui bouge dans le ballast. Mais qu'est-ce que c'est? Je me presse un peu et en me rapprochant cela ressemblait à un drôle d'oursin mais en tout mou… -ambulant (c'est le cas de le dire tant la -marche est maladroite) en tremblotant, faisant onduler les curieux appendices qui couvrent son corps… La chose semble elle aussi avancer péniblement dans les cailloux. Je crois reconnaître mais j'hésite un instant à nommer la bête… Mais oui! Quelle chance! Je crois bien qu’il s’agit de l’oursin des rails (Molliderma canularis), un de ces animaux tellement rare et étrange qu’on a peine à croire qu’ils existent vraiment! Je n’ose pas trop m’approcher de peur de le faire fuir.






Cette bête appartient à l’embranchement des Mollidermes (Mollidermata, "à peau molle") qui ne compte que très peu d’espèces, presque toutes dans l'archipel de Nouvelle-Calunarie*. L’oursin des rails est en fait la seule espèce que l’on trouve en Amérique du Nord. Aussi appelé oursin des ballasts, l’animal est très rarement observé. L'espèce a été originalement décrite par Constantine Samuel Rafinesque-Schmaltz en 1828. Comme les spécimens du naturaliste ont été perdu quelques années plus tard dans un incendie suspect, tout le monde croyait à une mystification comme le 19e siècle en a produit plusieurs (ici et ici). Ce n’est qu’en 1893 que la très rare créature fût à nouveau observé au Delaware. Les nouvelles observations ont été très rares depuis et son histoire naturelle demeure presque totalement inconnue. De quoi se nourrissent ces animaux? Comment se reproduisent-ils? Sur la photo ci-haut on voit l’oursin mou “courir” (pour ainsi dire) en direction de cette citrouille.






Incroyable! l’oursin des rails semble assurément intéressé par la cucurbitacée et tourne autour en grognant! Puis il se met à mordre le gros fruit! Voilà un signe d'intérêt qui ne laisse plus aucune place au doute. Bien que je suis témoin d'une scène aussi imprévue qu'effroyable, je dois me ressaisir afin de documenter l'événement. L'animal se nourrit donc de citrouilles! Voilà qui explique peut-être pourquoi toutes les observations sont faites tard à l’automne.






Le monstre est vorace! J’imagine que les occasions de se nourrir sont rares (je n’ai en effet pas souvent trouvé de citrouilles sur la voie ferrée). Avouez que c'est une bien curieuse adaptation alimentaire. On comprend la rareté de l'oursin des rails. Comme la citrouille est pleine de bêta-carotène, la peau de l'oursin prend cette couleur imitant selon plusieurs la carotte ou l'orange... Il est intéressant de noter que cette couleur si voyante dans la grisaille de la voie ferrée devient un parfait camouflage dans un autre contexte. Cela explique peut-être qu’on ne le remarque pas le molesque* sur les trottoirs où les citrouilles pulluleront en ce temps de l’année.






Voilà peut-être enfin l’explication du fait que l’oursin des rails semble n’être actif que tard à l’automne. Il faut supposer que l’utilisation de la citrouille à la fête de l’Halloween a probablement favorisé sa survie en milieu urbain. Mes photos montrent qu’il se nourrit aussi d’autres fruits dont la présence sur la voie ferrée reste à expliquer. Un autre naturaliste est peut-être occupé à étudier la bête? Ou s'agit-il d'un commerce illicite d'espèces rares?

Il semble donc possible que des gens appâtent les oursins. La méthode est en partie douteuse, les oursins ne grimpent jamais aux arbres. Placés sur la voie ferrée les fruits semblent faire l’affaire toutefois. Et cela indique aussi que je ne suis pas le seul à connaître la bestiole. La solitude du naturaliste urbain trouve enfin un rare soulagement.




Babar, l'éléphant du Parc LaFontaine d'autrefois. Photo: Archives de la Ville de Montréal.


Un fait mérite d'être connu par tous: les espèces de Mollidermes partagent avec les Pachydermes une passion déraisonnable pour les citrouilles. Vous voilà prêt à attraper des éléphants! Aucune donnée ne permet toutefois d'impliquer les Mollidermes ou les Pachydermes dans la dissémination des graines de citrouille. Comment toutes ses graines de Cucurbita arrivent-elles à voyager d'un bout à l'autre du continent?


C'est un autre mystère!


 


*ne pas confondre avec la Nouvelle-Canularie qui se trouve dans un tout autre océan. 

**francisation de l'espagnol Mulesca utilisé pour une espèce voisine aux Philippines.