L’an passé on a coupé tout un groupe de pommetiers (et des ormes et des tilleuls) à la place Alfred-Duquesne à Montréal pour faire place à cette nouvelle piazzetta. La construction du Quartier des Spectacles nous privait ainsi d’un
spectacle printannier tout rose, incontournable depuis des décennies. Il y avait eu pas mal de
protestations. L’aménagement qui s’achève maintenant mérite à nouveau notre attention. On a bien replanté comme promis des pommetiers et ils sont même en fleurs. Par contre nous n'avons pas encore assimilé l'idée que les arbres, surtout de beaux arbres à fleurs, sont bien plus que du mobilier urbain ou un prétexte aux extravagances des redessinateurs en plan et élévation.

Un bien curieux design ces fosses d’arbres: on avait le choix de la surface et du volume de la fosse puisqu’on refaisait tout en neuf. On a opté pour des fosses aux dimensions assez médiocres. On nous avait pourtant promis des fosses plus grandes... Peut-être le seul aspect positif (à moins que ce ne soit qu’un accident...) les pierrres dans le sol sont un excellent moyen (largement expérimenté ailleurs) d’empêcher la compaction du sol sur les racines. Mais il y aura une grille... Mais...

... pourquoi n’a-t-on pas tout simplement planté ces arbres en pleine terre tout à côté!? On aurait aussi pu réduire la surface pavée qui n’est après tout qu’une minéralisation supplémentaire au centre-ville. Hélas, on a besoin d’espaces de festivals avec le moins d’ombre possible, les humains n’étant jamais assez bronzés! Et la solution c’est la procédure Autocad... des arbres bien droit, un seul par trou, planté dans une surface idéale et artificielle: une joyeuse plage bétonnée, faite pour donner soif... (vous croyez qu’on pensera à des abreuvoirs... rêvons un peu!) Les grands espaces vides, c’est pour la circulation des humains m’expliquent-on inmanquablement comme si quelque chose échappait à l’observateur... les humains requièrent du dur et du sûr pour se faire bronzer. (et s'acheter des consommations...). Je veux bien, mais les arbres, eux?

Les fausses-fosses ont une surface à 50% de béton. Il doit y avoir des grilles signatures bien intéressantes (valant bien plus cher que les arbres) qui seront installées. Des fosses inutiles recouvertes de grilles inutiles: on avait après tout qu’à planter les arbres à côté... C'est un aménagement dessiné dans un bureau aseptisé: le logiciel propose tant d’arbres par tant de mètres carrés. Une autre option du logiciel: “je dois planter quinze pommetiers, arrange-moi ça” et le logiciel répartit uniformément la verdure verticale sur la longueur bétonnée. Curieusement, en fait, un aménagement avec un souci premier de la santé et du respect des arbres et de leurs services (beauté, fraicheur, parfum...) aurait été source d’économie. La parcimonie du vivant échappe totalement à nos architectes. L’espace du monde vert doit être un peu plus qu’un résidu budgétaire. On y arrivera peut-être un jour... Je ne toucherai pas la question de la biodiversité, vous comprendrez... ce n'est pas la place!
Pour corriger (avec ennui) le slogan du Quartier des Spectacles: “C’est petit, mais c’est tellement petit...”