mercredi 26 janvier 2011

Mon Heimat

La toile doit dater d'avant l'ouverture de la voie maritime en 1959. Au loin les montagnes Montérégiennes.

On nomme "vague de froid" l'air glacial, plutonien, qui emprisonne Montréal depuis quelques jours. Je ne supporte pas l'idée d'être vêtu comme pour visiter l'île d'Ellesmere… dans la maison! Imaginez ce qu'il faut pour sortir… Alors je sors virtuellement. Et je me dirige vers le paysage où je me suis fait. C'est en fait une co-production...

Je suis né à Repentigny dans la grande plaine de la vallée du Saint-Laurent entre ce fleuve et la rivière l'Assomption. C'est peut-être pour cela que j'ai tant aimé les Prairies canadiennes où le ciel doit faire dans les 420 degrés… c'est grand… Le paysage où je suis né est aussi un grand espace avec des ciels idem, surtout sur la rive du fleuve.



Lecteur, chien et pique-niqueur? Vers la fin d'août, n'est-ce pas?

J'ai passé mon enfance à quelques 500 mètres de cet endroit sur le bord du fleuve. Aujourd'hui c'est un parc, le Parc Saint-Laurent et les saules noirs (Salix nigra) qu'on y trouve sont les mêmes que ceux que j'ai connu depuis mon enfance jusqu'à ce que je parte pour Montréal. Ce sont encore ces saules qui sont représentés sur la toile que je vous montre aujourd'hui. Repentigny est aujourd'hui rien du tout: entièrement laminé les beaux paysages et même ce qui restait de forêt ou les ruisseaux entre les terres agricoles. Il ne reste que quelques rivages de battures.

Heimat, mère patrie ou père matrie? Je vis donc depuis toujours dans ce paysage qui m'a suivi jusqu'à mon salon. Bel héritage! La peinture est encore, après tout ce temps, en perpétuelle modulation: avec les saisons, les heures du jour et… les années… les couleurs ou l'organisation me semblent toujours se révéler différemment. 



Signature de Miss Claire. Photo Claire Fauteux, Montréal, QC, vers 1925 © Musée McCord

L'artiste qui l'a peint? Claire Fauteux née en 1890 décédée en 1988, deux semaines avant que je retrouve sa trace. J'aurais aimé prendre un thé avec Mlle. Fauteux: que faisait-elle dans mon bled? Connaissait-elle les Bergeron de qui ma mère acheta ce tableau? Ils vivaient eux aussi tout près, à l'ombre des Très Grands Peupliers au coin de ma rue. Le libraire Bergeron avait une collection de tableaux époustouflante: ils couvraient les murs de la maison, jusqu'au  plancher, faisant le premier musée que j'ai connu. J'allais entretenir les plate-bandes pour quelques sous, un verre de limonade et, surtout, surtout, le plaisir de voir du coin de l'oeil tous ces tableaux.

Je suis content d'avoir maintenant cette photographie de l'artiste. J'espère découvrir un jour ce qui l'amena ici faire cette précieuse toile au bord du fleuve. Peut-être avait-elle  entendu le vent dans mes peupliers?

Suivez ce lien pour voir un peu qui était cette femme intéressante: Claire Fauteux


Battures à Repentigny. Photo: Louis-Philippe Rousselle-Brosseau 

J'ai des photos et des diapos de mon Heimat mais elles ne sont pas numériques ou numérisées. Alors en attendant j'ai trouvé cette photo qui rend bien compte des battures où j'allais perdre le regard. J'irai voir cet été. Et je vous ferai rapport. Pour l'instant...

 Merci Claire.


8 commentaires:

  1. elle est belle cette femme avec son regard clair. je ne connaissais pas, merci de la découverte !

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  2. Beau témoignage de vie. Cela me rapproche de mes racines - Saint-Martin, Laval maintenant, 1954, exilé de Pointe-Saint-Charles, alors que j'avais sept ans et que je me perdais dans les champs et les petits boisés.

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  3. Ne connaissant pas le mot «Heimat», j'ai dû consulter Wikipedia, l'encyclopédie de ceux qui ne cherchent pas plus loin :

    Heimat [...] la "Patrie", en allemand "Vaterland" est devenu un concept politique : elle a des frontières, un drapeau, une capitale et un gouvernement, tandis que la "Heimat" n’a pas de drapeaux. C’est, selon Waltraud Legros, "le pays que chacun porte à l’intérieur de soi".

    C'est ce que je disais dans mon commentaire sur ton post du 18 janvier intitulé «Denis Hutton» : «Quant à la présence de symboles nationaux (drapeaux, personnages historiques), elle me sidère : vraiment, votre paysage intérieur idéal doit-être représenté à l'ONU ? Quel hippopotamesque manque de goût !»

    Quand les grands esprits se croisent, ils se reconnaissent. Merci de leur servir d'entremetteur !

    ;)

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  4. kyro (disent les québecwo)28 janvier 2011 à 00 h 01

    ah l'Été............................!

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  5. Merci Roger ,

    très très beau texte plein de sensibilité et d'amour de ton Heimat.

    Je ne savais pas que ces toiles que j'ai déjà vu chez toi représentaient Repentigny !

    Je ne connaissais pas cette admirable Claire Fauteux non plus .

    Un jour lorsque j'irai sur les battures dans ce coin de pays je prendrai un thé en contemplant le fleuve et la beauté des lieux .

    Je serai alors en compagnie ... de toi et de Claire !

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  6. Merci Roger pour cette belle histoire pleine de fils croisés, ceux de ton pays intérieur, de tes mémoires d'enfants, de la peinture d'une femme, les paysages de Repentigny...

    Merci aussi à Géo Gatineau qui a cherché le mot Heimat, car pour moi aussi, c'était tout nouveau: je l'aurais wikipédié également! Sachant dorénavant sa délicieuse définition, je l'adopte immédiatement.

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  7. Bonjour,

    Jai une toile de Claire Fauteux - Du bon vin
    Michel
    Ville de Québec

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  8. Bonjour Michel, vous avez une toile de Claire Fauteux? Vous trouverez peut-être le temps de me faire parvenir une photo??? En attendant, bon vin! Salutations!

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