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mercredi 18 janvier 2012

Frugivorie urbaine





Guerrilla grafters


Les arbres dans la famille des Rosacées sont très communs sur les trottoirs et dans les parcs en milieu urbain. C'est surtout leur spectaculaire floraison, souvent parfumée, qui les fait choisir. Pommiers, pommetiers, cerisiers et poiriers sont tous de cette famille et ici même à Montréal on en trouve beaucoup. Il n'est pas étonnant que de nombreuses techniques de greffe (ou d'hybridation) aient été développé depuis longtemps pour tous ces délicieux fruits. À San Francisco, des dizaines de millier de ces arbres fruitiers (ou leurs versions "décoratives") sont maintenant autant de ressources pour ces greffeurs urbains. On greffera par exemple une branche de poirier Bartlett sur un poirier décoratif. Why not?





Les greffes sont qualifiées de "Frankensteinish" par la jeune femme qui vient probablement de découvrir la chose... Comme si le greffage était une monstrueuse nouveauté! Ce travail de commando de trottoir est "radical" dit-elle. Je dirais plutôt latéral ou apical… Il s'agit de plus d'une "expérience délicieuse", mais bien sûr! N'oublions pas toutefois que chacun aura sa propre définition de ce qui est une expérience délicieuse… "Nous ne sommes que des catalystes de ce que peut faire la nature" et voilà, chacun aura sa propre définition de "nature" et de ce qu'il convient de catalyser…






Une greffe produit en fait une "chimère" : ce sont deux organismes génétiquement différents qui sont soudés par nos soins. En quoi cela est-il différent des souris-chimères et récemment de Macaque rhésus qui sont produits pour la recherche médicale? Le gradation de l'inacceptable culmine quand nous arrivons près de nous ou exactement à nous, bien qu'il existe naturellement des humains-chimères…






Ainsi les idées semblent bonnes dans la mesure de leur acceptabilité et utilité sociales telle que perçues par des activistes marginaux de la bénévolence et de la célébration de la nature. Mais attention à la célébration de ce que peut faire la nature, même sous le qualificatif "mère-nature". Nous sommes, nous les humains, tous des êtres naturels et le danger avec cette affirmation c'est évidemment de savoir où s'arrêter.

Il n'y a qu'une question de degré entre la pratique urbaine contemporaine qu'est le Guerrilla Grafting, jugée bonne parce que maternelle/nourrissante et naturelle et le travail du génie génétique. Les ingénieurs de la vie chez Monsanto vous dirons aussi qu'il ne sont que des catalystes de la nature...





vendredi 26 août 2011

Portraits d'oiseaux



Vireo solitarius, Viréo à tête bleue. Photo Alain Hogue.

Les touchantes photographies d'oiseaux d'Alain Hogue offrent un plus : ce sont de véritables portraits de ces individus ailés. Il les photographie souvent alors qu'ils chantent, ce qui me semble déjà rare. Les oiseaux gagnent en vie.

C'est ce que nous connaissons tous des oiseaux : leurs chants. On les entend avant de les voir.  Arrivés dans un nouveau territoire, les entendre nous a toujours satisfait : "il y a de la vie ici", c'est une impression "antédiluvienne", éthologique... Les oiseaux, si souvent symbole vivant d'une terre chargée de fruits, sont paradoxalement photographiés de façon figée. Une limite de la photographie, me direz-vous? Sur le Web le répertoire de photos magnifiques d'oiseaux est curieusement assez contraint. Il est aussi difficile de réussir une belle photo que de renouveler un genre bien fixé me semble-t-il.



Troglodytes troglodytes, Troglodyte mignon. Photo Alain Hogue.



Mais le répertoire des chants d'oiseaux est très grand, lui… Photographiées le bec ouvert rend ces petites créatures audibles en quelques sorte. En gros plan c'est en plus un individu que l'on rencontre. Le chant d'un oiseau est une manifestation de sa vie publique. M. Hogue est un photographe qui entend. Le répertoire de la photographie d'oiseaux gagne une dimension.


Voyez ses photos :

jeudi 16 décembre 2010

Sympathiques saltimbanques


Macro-video d’un Phidippus apacheanus mâle (Apache Jumper). Thomas Shahan.

Avec sa version de “While my guitar gently weeps” comme trame sonore, Thomas Shahan nous donne ici un film extraordinaire de sensibilité. Pareille dédramatisation des araignées par un contact privilégié et attentionné est une oeuvre d’art peu commune: ce sont nos représentations des araignées qu’il nous invite à revoir. L’instrument le plus utile de cet homme-orchestre est sans aucun doute son approche horizontale de ces arthropodes, d’égal à égal. Sur ce clip nous avons même l’illusion (?) que l’araignée lui retourne cette curieuse sollicitude...

Avec près de 5000 espèces les Salticidae (salticidées, araignées sauteuses) forment la plus grande famille d’araignées. Les sympathiques sauteuses font (ou devraient...) exception dans la perception générale des araignées. Leur vivacité attirent notre attention sans l’habituelle répugnance ou la peur que suscitent les autres araignées. Hautes sur pattes, leur démarche n’est pas associée à ces autres espèces qui rampent le ventre au sol, “sournoisement”. Évidemment tout cela est affaire de nos perceptions et de leurs ancrages au plus profond de notre mémoire: nous avons une peur atavique des “insectes” et des serpents “en général”. Ces atavismes sont “génériques” et deviennent généralisateurs parce qu’ils sont en fait des ancrages génétiques dans notre éthologie. Peut-on revoir cette crainte des araignées avec discernement?



Femelle adulte de l'espèce Phidippus mystaceus, araignée sauteuse de l'Oklahoma. Photo Thomas Shahan.


Les sauteuses chassent à vue avec une merveilleuse adaptation: elles possèdent huit yeux, détectent les mouvements avec précision, distinguent bien les couleurs et voient même dans l’ultra-violet. Elles bondissent sur leurs proies mais leurs pattes n’ont pas de muscles. Il s’agit plutôt d’un véritable système hydrolique, produit par l’influx instantané de l’hémolymphe (leur sang incolore) sous pression dans leurs articulations qui produit la force du saut. Mais une salticide sautera après avoir fabriqué et fixé un fil de soie: l’agilité n’exclue pas la prudence!

Cette famille d’araignées provoque plus facilement la sympathie: elles sont vives et curieuses et si nous n’avons pas ici d’espèces aussi grosses ou colorées nous avons quand même la commune Salticus scenicus ou saltique harlequin.

Chassant au soleil sur les murs de béton ou de brique cette araignée sauteuse est familière à tous. Elle entre souvent dans les maisons où, quand elle est aperçue, elle est plus facilement tolérée. Par un étrange phénomène que remarque souvent les observateurs quand on l’approche elle nous regarde et s’approchera même de votre doigt. Une étrange curiosité toute domestique, une rencontre d’un autre type... Les autres araignées ignorent ou fuient les humains. Le saltique harlequin a toutefois un comportement de bon voisinage!


 
Le petit zèbre Salticus scenicus. Photo-Wiki: Adam Opioła

Une des 40 ou 50 espèces présentes au Québec, le saltique harlequin ou saltique chevronné (Salticus scenicus, zebra spider) est une espèce holartique, “tout-artique”, signifiant qu’on la trouve tout le tour de l’hémisphère Nord: Eurasie et Amérique du Nord. Cette espèce est partout associée aux milieux humains. Un saltimbanque urbain au soleil... tiens, ça me rappelle quelque chose...

Culturellement les humains se targuent d’un discernement en toute matière. S’ils sont urbains ils en remettent toujours plus là-dessus (encore plus s’ils sont urbains et fortunés...). L’accès et l’appréciation subtile des arts (et bien souvent les arts de l’estomac...) sont prétexte à cette démonstration de subtiles distinctions. La biodiversité et, bien sûr, la biodiversité urbaine, interpellent nos prétentions de finesse du regard. Devant les araignées sauteuses, ces animaux fascinants qui nous observent, il semble que ce soient nous les monstres au regard imprécis et sans discernement.

Une araignée avec un cerveau gros comme une tête d’épingle fait preuve de plus de discernement du danger de l’autre que nous prétentieux humains. Il faut dire qu’elle a huit yeux!

Les sauteuses nous invitent à sauter les barrières ataviques de notre éthologie. Elles sont craquantes et invitantes... Je saute!


Aller tout de suite voir sa galerie de photos Flickr de Thomas Shahan:
Jumping Spiders of Oklahoma

Et visitez son site web pour y voir des photos et des films.