samedi 10 avril 2010

Le tact et l’odorat d’une plante: cuscute!


Film: De Moraes and Mescher Labs

Je vous ai parlé déjà de la cuscute la plante qui parasite les autres plantes. À Montréal nous avons Cuscuta gronovii (cuscute de Gronovius, scaldweed, p.186p.) et 4 autres espèces, mais sur ce film il s’agit de Cuscuta pentagona qui veux se faire amie d’un jeune plant de tomate.

Sur le clip on voit bien le mouvement giratoire de la cuscute qui explore les environs tout en s’alongeant. Le contact avec le plant de tomate se fait sur un des cotylédons (les fausses-feuilles pré-formées qui émergent d’une graine qui germe) et je ne peux m’empêcher de croire que la cuscute “sait” qu’en cherchant plus bas que le cotylédon elle trouvera la tige: en effet après le contact la cuscute cherche plus bas! L’aveugle cuscute connaît bien la morphologie de ses victimes... quel sens tactile!



la cuscute en conversation avec un trèfle (ah! la belle lumière d'été!)


La cuscute qui a trouvé un “hôte” n’a plus de racine, n’a à toute fin utile plus de chlorophylle et se trouve réduite à un mince spaghettini orange ou or. Elle développe des suçoirs qui pénètrent la tige de la plante et se nourrira de sa sève. Mais elle a aussi un sens de l’odorat. Elle cherche des proies spécifiques. Les trèfles par exemple (sur mes photos).

La fascinante animalité des végétaux. Nous sommes des animaux et ne pouvons appréhender le végétal que lorsqu’il fait des choses que l’on peut comprendre, des choses animales: les plantes carnivores fascinent et il y a aussi la cuscute au sens tactile et à l’odorat si fin. Quand vous plongerez votre nez dans une rose pensez que les parfums sont des signaux que les végétaux font aux animaux et aux autres végétaux. Respirez une rose c’est entendre sa conversation.

Mes autres billets sur la cuscute:

mardi 6 avril 2010

Rapport de l’inspecteur des bourgeons 2


dimanche de Pâques: peuplier deltoide, saule discolore et érable à Giguère


Ma petite tête est occupée à des choses à la limite du possible. Par exemple ce réseau de réserves de biodiversité urbaine (RéBU). Ce terrain vague, en voie de précision dans un sens qui ne me convient pas je crains, est situé sur la rue Saint-Grégoire au nord du Parc Laurier à Montréal. Je lui ai même donné un nom: RéBU des Saules. On y trouve des saules... et on en trouve pas souvent en milieu urbain si dense. Et où on trouve des saules il y a de l’eau.

Voyez ce billet sur l’endroit:
Timide zone humide?




au lieu d’une RéBU: un correcteur de situation, un planteur de condos


Les condos à l’arrière-plan ne sont pas tous vendus et on se presse d’en construire plus! “Vivre au coin du parc Laurier” dit le grand panneau. Ben...justement ça vit déjà ici... les tussilages en fleurs depuis une dizaine de jours par exemple. À choisir le jaune de la machine ou celui de Tussilago farfara... aucune importance!


tussilage, nectar des insectes printaniers



 condos ou RéBU?


Le choix de l’endroit pour devenir une RéBU est déterminé par la présence de l’eau. Et la moindre petite mare reçoit la visite des canards. Il ne serait pas si étonnant qu’ils y fassent leur nid. Peu probable vu les travaux qui s’en viennent, mais pas impossible!




un étang produit par le chaos ordinaire du développement


Je songe à une plantation riche et complexe d’arbustes fruitiers et de noisettiers dans la pente à l’arrière-plan. Quand aux quenouilles et autres plantes de milieux humides elles arriveront et s’ajouteront aux espèces déjà présentes. Une RéBU est une collaboration entre la biodiversité et les humains. Faites l'habitat les espèces viendront... même les canards l'ont compris!



lundi 5 avril 2010

Arbre à frissons


brise de printemps, brise d'automne


Un des arbres les plus communs en Amérique du Nord est très rare à Montréal. Pourquoi le peuplier faux-tremble n’est-il pas plus souvent planté sur les trottoirs ou dans les parcs? Il est magnifique en toutes saisons pourtant. Un choix moins bête que l’érable de Norvège par exemple. Sans doute à cause de considérations découlant de sa relative brève existence. C’est un arbre pionnier, il colonise le premier des sites de feux de forêts par exemple. Les arbres plus “nobles” se développeront sous sa protection. À se demander qui est le plus noble?




les chatons femelles du faux-tremble vendredi dernier


Les essences d’arbres qui constituent le catalogue actuel des “bons arbres” exclue notre peuplier. La courte vie d’une essence n’est pas le meilleur critère. La dureté du milieu des trottoirs s’occupant déjà très bien de “faucher” les espèces dites nobles ou résistantes... Le milieu urbain est l’espace que nous traversons à tous les jours. Marchant ainsi dans la forêt urbaine nous apprécions la fraîcheur de l’ombre ou de rares parfums. Il s’agit d’une source de bien-être et d’une expérience sensorielle que l’on peut enrichir avec le faux-tremble justement. Si nous acceptons l’idée de biodiversité il faut accepter et inclure non seulement le maximum d’espèces mais aussi le maximum de processus biologiques. Les arbres à vie brève ont aussi une croissance accélérée. Les accommoder nous donnerait une ressource paysagère de premier ordre. Sans oublier la grande qualité de chanteur de  peuplier faux-tremble, offrant les frissons audibles de ses feuilles à la moindre brise. La brièveté de l'existence ne mérite-t-elle pas un espace de représentation en ville?

À quand des plantations de Populus tremuloides?