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vendredi 7 mai 2010

Vent, viorne et...


un dernier bourgeon de la viorne mancienne encore clos

... tchic-a-di di-di!! J’adore aller faire de la photo avec des nuages et ce vent! C’est pas facile pourtant, surtout en macro. C’est même un peu étourdissant d’essayer de faire le foyer et les réglages, avec en plus la frustration de manquer quelques clichés! Alors pourquoi j’adore? Parce que les nuages viennent et passent rapidement, m’offrant en quelques secondes toute une gamme de lumières. Tantôt crue et directe puis diffuse et surtout quand le soleil émerge d’un nuage encore partiellement voilé: la meilleure lumière.




la mésange me méduse (quelle assurance elle a!)


En quelques minutes donc j’ai photographié quelques insectes et un oiseau dans un bosquet de viornes manciennes (Viburnum lantana, wayfaring tree) en fleurs au Parc Jeanne-Mance. Je n’étais que de passage, me rendant en fait au pied de la montagne au coin de l’Avenue des Pins. Je me suis alors rappelé que les viornes auraient les fleurs épanouies. En effet et avec un léger parfum en prime!




deux diptères sous une lumière favorable: une syrphide et une rousse inconnue


Tchic-a-di di-di! C’est la mésange à tête noire (Poecile atricapillus, black-capped chickadee) qui m’attend! Ce n’est pas une formule, si vous connaissez un peu les oiseaux vous connaissez sûrement ce passereau, sinon son chant! Elle m’attendait en me regardant droit dans les yeux. Évidemment j’avais mon objectif macro, pas terriblement utile pour la circonstance. La gentille me laissa approcher, di-di! di-di! La mésange se gavait de petits insectes qu’elle attrape avec des déplacements rapides et sûrs. Son acuité visuelle est extraordinaire: je n’ai pas la moindre idée de son repas tellement les insectes qui la nourrissent sont petits! Elle s’envola vers un pommetier en fleurs pour quelques rapides coup de bec puis revint vers moi: tchic-a-di di-di!




une abeille et la coccinelle asiatique (Harmonia axyridis, asian lady beetle)

Quelques minutes et voilà un aperçu de la biodiversité sur une espèce de viorne. Les deux espèces de mouches que j’ai photographié (une troisième a échappé au photographe) ne visitent pas les fleurs pour la même raison. La syrphide est en fait occupée à manger du pollen. Ces mouches sont communes, avec de nombreuses espèces imitant habituellement des guêpes et je les vois souvent boire du nectar de carotte. Mais j’ignorais qu’elle consommait aussi du pollen. La deuxième espèce est une belle petite rousse poilue avec de grandes jambes. C’est la première fois que j’en vois et elle est pas mal plus farouche et empressée que la fausse-guêpe. Elle n’est pas ici pour le pollen, c’est le nectar qui l’intéresse. Je ne l’ai pas identifié, ce sera pour une autre fois mais il est intéressant de voir deux mouches sur les mêmes fleurs utilisant des ressources différentes.


J’aime le vent! Et la toujours amicale mésange! Tchic-a-di di-di!!

 



samedi 17 avril 2010

La pollution du pollen


Jonathan Drori parle du pollen


Nos représentations associent la fleur avec le féminin. Les analogies morphologiques ou autres, aussi intéressantes qu’elles soient, peuvent être trompeuses. En fait la très grande majorité des fleurs sont hermaphrodites, avec une partie femelle et une partie mâle issues toutes deux du même individu. La fleur serait plutôt le lit, le lieu du délit. C’est d’abord la séduction des insectes qui est visée. Notre regard est néanmoins piégé.



Différents modèles de véhicules à mâles. Photo Wikipedia

Bien que mâle, le pollen n’est pas non plus le spermatozoide des végétaux. Il serait un peu plus juste de dire qu’il est l’équivalent du sperme, le véhicule des spermatozoides, mais ici aussi les analogies ont des limitations. En fait le grain de pollen est bien une machine à voyager et elle sert au transport d’une autre machinerie, double celle-ci. Le pollen porte deux noyaux, le premier végétatif et le second génératif. Le noyau végétatif sert à l’élaboration du tube pollinique qui pénétrera le stigmate puis le style jusqu’à l’ovaire et les ovules. L’analogie avec l’érection est peut-être assez juste! Le noyau génératif, lui, se divise à son tour et produit deux cellules: la première fusionne avec l’ovule et l’autre formera l’albumen, la nourriture de l’oeuf.




 À gauche pollen de camomille et d'arabidopsis. Photos http://apiculture-populaire.com/pollen.html


Un grain de pollen ce n’est pas que “mâle” (en tant que qualificatif) c’est un mâle, le substantif! Et à voir les mille formes “décorées” de l’enveloppe du pollen, ce mâle voyage à bord d’une belle voiture, d’un bateau, d’une montgolfière ou d’une fusée... on comprend peut-être mieux l’amour des mille formes de véhicules de toutes sortes qu’affectionnent les mâles... Le déplacement dans l’espace de ceux-ci est déterminante pour les espèces.


D’une certaine façon le pollen est aussi une machine à voyager dans le temps. La couche externe (l’exine) est très résistante. Le contenu est disparu (le pollen n’est plus viable) mais les détails de l’exine permettent d’identifier l’espèce qui l’a produit et de reconstituer la flore d’une région donnée. Le carottage des sédiments d’un lac permet l’analyse de la composition de la flore environnante, quelquefois loin dans le passé. Les véhicules ayant survécus aux occupants...



 photo http://www.beekeeping.com


Ce qu’on appelle la fièvre des foins est une réaction allergique au pollen de plantes (vers la fin de l’été) et d’arbres (surtout au printemps) anémophiles, c’est-à-dire des espèces dont le pollen est transporté par le vent. Ce n’est pas le cas du pissenlit à moins d’y mettre le nez et de l’aspirer. À part l’herbe à poux les Astéracées sont des espèces entomophiles, les abeilles se chargeant du transport.






Ces temps-ci, plus tôt que les années précédentes, l’air est chargé de pollen de peuplier, d’érable ou de saule. Ce sont des mâles qui s’envoient en l’air...