samedi 18 mai 2013

Ptéléologie: Orme lisse (Ulmus laevis) à Montréal



 L'Orme lisse du parc La Fontaine

L'observation attentive des arbres apportent bien des surprises. Dans le cas de l'étude des Ormes (la ptéléologie) le plaisir est d'autant plus grand que ces arbres ne révèlent leur identité qu'avec bien du temps. Nous n'avons que trois espèces indigènes dans la région. Mais en milieu urbain on plante de tout et la documentation semble aussi mince que la plantation est ancienne. On trouve tant d'espèces (et d'hybrides) si similaires! Il faut se creuser la tête et être patient. Justement voilà qu'autour du bassin sud du parc La Fontaine on trouve trois ormes. Je les ai à l'oeil...

On ne s'attend certainement pas à faire des découvertes de ce côté! Au parc La Fontaine! Prenons ce premier des trois Ormes au parc. Je vous en ai parlé déjà:  

Encore au Parc La Fontaine
 
Cet arbre n'appartient pas à aucune de nos trois espèces indigènes. Alors, qu'est-ce que c'est? De quelle espèce s'agit-il? 


Sur l'inventaire des arbres publics de Montréal récemment rendu disponible en ligne*, on le dit Ulmus 'Homestead'** et le dossier serait clos. Mais l'arbre de ce nom n'a été produit par croisement que dans les années '70 et disponible dans les années '80!

C'est à l'évidence autre chose! 


 
À gauche les samares de l'Orme lisse et à droite celles de L'Orme d'Amérique.



Chez cet arbre tout est étrange et différent, son écorce floconneuse d'abord. Sa faible dimension ensuite: l'arbre est visible sur une photo aérienne de 1947 mais il a probablement été planté alors que le parc était tout neuf, au tournant du début du 20e siècle, vers 1915 selon l'état actuel de mes recherches. L'arbre serait centenaire mais il n'est pas très grand. Il est surtout méconnu!

Il ne peux s'agir que de l'Orme lisse (Ulmus laevis, European White Elm) un arbre Européen. Comme, entre autre, le nom commun anglais le suggère, il ressemble à l'Orme d'Amérique, souvent appelé Orme blanc (American white elm). Ces deux espèces  partagent des samares au contour cilié. La forme plus ronde de celles de l'Orme lisse les distingue de la forme en poire de l'Orme d'Amérique. C'est donc une nouvelle espèce que l'on trouve dans ce grand parc…

Ce premier orme du parc La Fontaine diffère de nos ormes indigènes par le port et l'écorce, les branches, les
feuilles plus petites et les bourgeons et, finalement, par les samares. Comme je l'ai souvent indiqué, pour les ormes la clé demeure essentiellement les détails que l'on trouve sur ces "graines". 


D'où ma chasse aux samares depuis quelques semaines! Et ça porte fruit...


S'agissant souvent d'arbres centenaires plantés dans les grands parcs de l'époque il ne fait pas de doute que le choix des "essences" avait une importance culturelle. Le temps aura fait que l'on oublie la présence (et l'identité) de ces arbres à Montréal. Même au coeur d'un de ses parcs les plus connus! Si l'on veut parler du patrimoine des arbres de la forêt urbaine et de sa protection il faudrait peut-être aussi parler de sa plus grande valorisation. Et pour commencer, un effort doit être fait pour bien les identifier!

Des arbres oubliés… et il y en a un peu partout. Charles L'Heureux et moi en avons trouvé une belle série… on y reviendra. Ici et dans un livre évidemment!





**U. 'Homestead' est un hybride (fait par l'USDA) entre U. pumila et l'hybride complexe hollandais (U. x hollandica 'Vegeta' x U. carpinifolia) x ( U. pumila pinnato-ramosa x U. carpinifolia 'Hoershoiimiensis') ou l'hybride suivant [U. pumila x (U. hollandica 'Vegetata' x U. minor) x (U. pumila 'Pinnatoramosa' x U. minor 'Hoersholmiensis')]. Bienvenue dans le casse-tête de la ptéléologie!




2 commentaires:

  1. Super intéressant, merci !!

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  2. Merci de ce commentaire! Nous sommes maintenant trois personnes à s'intéresser à la chose...

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