lundi 20 septembre 2010

Saint-Christophe des ruelles


la guêpe germanique, commune en ville et très active à l’automne...

Saint-Christophe est le patron des voyageurs et des mecs qui vont prendre l’air un peu. Saint-Christophe est aussi le nom d’une de ces rues/ruelles de mon quartier. Le temps était magnifique dimanche et il fallait en faire le plein, parce que bientôt... J’étais passé quelques jours auparavent et un plok! avait attiré mon attention. De grosses poires tombaient d’un arbre, aidées par des écureuils qui faisaient clairement des excès: les poires devaient bien faire au moins trois ou quatre fois leurs poids... Les poires sont toujours là et ce sont des guêpes, Vespula germanica, qui en boivent le jus sucré.




 Parthenocissus quinquefolia, la vigne vierge en fruit prend ses bronzés incomparables.

J’ai fait bien des photos des guêpes vu l’ombre profonde qui n’aidait pas le temps d’obturation. Jusqu’à ce que les allemandes remarquent mon intrusion... Reculons quand même un peu... Deux gaillardes me prirent en chasse, heureusement sans grande conviction. Je suis quand même passé à autre chose... Curieux, non, ce manque de gaillardise des guêpes?




Sambucus canadensis, le sureau blanc, lourdement chargé de fruits.

Il y a quelques beaux spécimens de sureau dans le coin. Je suis toujours étonné de voir la quantité de fruits que l’arbuste produit, les lourdes grappes arquant les branches de toutes parts. Quelques fruits tombés au sol fermentaient, l’odeur étant bien perceptible. Et si les guêpes pas trop vaillantes de tantôt s’étaient enivrées en consommant de ces fruits? J’ai déjà vu des guêpes saoules (comme la Pologne cette fois...) du nectar fermenté de l’orchidée urbaine Epipactis helleborine. Les vespides en bacchanales! C’est bien la fin de la saison...




Un vitis sans identité précise

Et j’ai goûté aux très petits fruits du sureau, plusieurs en fait, je voulais m’assurer d’en apprécier la saveur. Mais celle-ci est indétectable. Comme les graines d’ailleurs... je devrai vérifier cela cette absence des graines. À moins qu’elles ne soient extraordinairement petites??? Bronwyn Chester me dit que le goût se révèle à la cuisson. J’en cuirai cette semaine. Tiens, pourquoi pas tout de suite?




Un des nombreux pommetiers de cette ruelle.




Et un bruit dans les branchages au-dessus de la tête..


Dans un billet précédent, L’art de la disparition, je vous parlais de cette espèce d’oiseau disparu, latour (oups! drôle de faute de frappe!), la TOURTE (oui je sais bien qu’ailleurs on dit la TOURTRE). Je me suis toujours interroger (faute de frappe volontaire cette fois) sur les conséquences de la disparition d’un vecteur de propagation des graines ayant certainement une importance écologique majeure. Il y avait des milliards de ces oiseaux consommant les fruits des arbres, semant ensuite dans leurs fientes les graines de nombreuses espèces partout en Amérique du Nord (ou presque). Combien espèces d’arbres ont souffert de la disparition de l’oiseau?

Encore: lisez cet excellent Wiki sur la tourte voyageuse.





Les pigeons urbains sont nombreux mais n'atteignent certainement pas les nombres fantastiques de la tourte. J’avais remarqué ces jours-ci que les fruits du micocoulier (Celtis occidentalis) étaient bien mûrs à en juger par leur couleur noire. Mais je n’avais jamais remarqué avant dimanche que les pigeons s’en nourrissaient! La technique me semble assez approximative, les pigeons se posant avec difficulté sur les petits rameaux flexibles de l’arbre et peinant à garder leur équilibre. Les fruits sont des drupes portés par de grêles pédoncules  avec bien peu de chair mais ils sont assez savoureux et un peu sucré.





Depuis une quinzaine d’années il y a un regain d’intérêt pour les arbres indigènes. On cherche parmi eux ceux qui sont adaptables au milieu urbain exigeant qu’est un trottoir. Sur la rue Duluth à Montréal on a donc planté plusieurs micocouliers, le “bois inconnu”, comme le nommaient les colons français parce qu’il ne ressemblait à rien de connu alors en Europe.

Je trouve des petits micocouliers spontanés dans le quartier depuis quelques années. Je crois que je viens de trouver les semeurs! Un exemple de ce que j’appelle novécologie: une espèce indigène, Celtis occidentalis, en lien écologique avec une espèce introduite: le pigeon biset (Columba livia).

À vos yeux le pigeon gagne-t-il un peu de respect pour son travail de préservation de ce cousin des ormes? Il y a un peu de la tourte dans nos rats volants...





Et pour terminer un tableau vite fait de mes trouvailles de dimanche, dans la ruelle Saint-Christophe. Patron des voyageurs, des promeneurs des ruelles et des tourtes voyageuses, parties pour de bon. La récolte est encore bonne cet automne mais elle a un petit goût amer...


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